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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200861

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200861

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE SAGALOVITSCH EGLIE RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2022, M. A B, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Massy à lui verser la somme de 6 230,16 euros due au titre des heures supplémentaires travaillées les samedis, des 20 jours cumulés sur son compte épargne temps et des frais avancés pour l'acquisition de la chienne nécessaire à l'exercice de ses fonctions de maître-chien ;

2°) de condamner la commune de Massy à lui verser la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, assortie des intérêts de droit à compter de sa demande préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Massy la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune de Massy a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- elle devait lui rémunérer les 31 samedis travaillés sur son contingent d'heures supplémentaires ; compte tenu de ce qu'il aurait par ailleurs dû être reclassé au grade de brigadier-chef principal, son préjudice s'élève à la somme de 3 430,16 euros ; à titre subsidiaire, à supposer que son reclassement n'était pas erroné, son préjudice s'élève à la somme de 3 419,08 euros ;

- compte tenu de l'impossibilité de solder son compte épargne temps (CET) avant la fin de son détachement, en raison de son placement en congé de maladie, la commune devait l'indemniser des 20 jours accumulés sur ce compte ; ce préjudice doit être évalué à la somme forfaitaire de 2 000 euros ;

- il a été contraint d'avancer des frais pour l'acquisition d'une chienne nécessaire à l'exercice de ses nouvelles fonctions de maitre-chien pour le service de la commune de Massy, qui ne lui ont jamais été remboursés ; son préjudice s'élève à la somme de 800 euros ;

- ces erreurs et carences fautives de la commune de Massy lui ont causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il y a lieu d'indemniser à hauteur de 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la commune de Massy, représentée par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 800 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune des fautes exposées par le requérant ;

- à titre subsidiaire, le montant des préjudices invoqués au titre du paiement des heures supplémentaires et des jours épargnés sur le CET doivent être revus à de plus justes proportions ;

- le préjudice moral n'est pas justifié et ne présente aucun lien de causalité avec les fautes invoquées.

Par ordonnance du 25 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n°2001-623 du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale ;

- le décret n°2002-60 du 14 janvier 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires ;

- le décret n°2002-634 du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;

- le décret n°2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est fonctionnaire titulaire de l'administration pénitentiaire, détaché du 1er octobre 2018 au 1er octobre 2021, comme gardien-brigadier au sein de la police municipale de la commune de Massy. Par un courrier du 4 octobre 2021, il a demandé à la commune de Massy de l'indemniser des heures supplémentaires réalisées les samedis durant sa période de détachement, de solder son compte épargne temps et de l'indemniser des 20 jours épargnés, et de l'indemniser du coût d'achat du chien acquis dans le cadre de l'exercice de ses fonctions au sein de la brigade cynophile. Par un courrier du 8 décembre 2021, la commune de Massy a rejeté ces demandes. M. B demande au tribunal de condamner la commune de Massy à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, alors applicable : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du premier alinéa. Ce décret prévoit les conditions dans lesquelles la collectivité ou l'établissement peut, par délibération, proposer une compensation financière à ses agents, d'un montant identique à celle dont peuvent bénéficier les agents de l'Etat, en contrepartie des jours inscrits à leur compte épargne-temps. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé, applicable à la fonction publique territoriale par renvoi de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 susvisé : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat ainsi que dans les établissements publics locaux d'enseignement. Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail. Les horaires de travail sont définis à l'intérieur du cycle, qui peut varier entre le cycle hebdomadaire et le cycle annuel de manière que la durée du travail soit conforme sur l'année au décompte prévu à l'article 1er. () Pour les agents relevant d'un régime de décompte horaire des heures supplémentaires, celles-ci sont prises en compte dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. Elles font l'objet d'une compensation horaire dans un délai fixé par arrêté du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, après avis du comité social d'administration ministériel. A défaut, elles sont indemnisées. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 14 janvier 2002, rendu applicable à la fonction publique territoriale par les dispositions de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 : " La compensation des heures supplémentaires peut être réalisée, en tout ou partie, sous la forme d'un repos compensateur. Une même heure supplémentaire ne peut donner lieu à la fois à un repos compensateur et à une indemnisation au titre du présent décret. ". Enfin, aux termes de l'article 7 de ce même décret : " A défaut de compensation sous la forme d'un repos compensateur, les heures supplémentaires accomplies sont indemnisées dans les conditions ci-dessous. ". Ces dispositions ne font obligation à l'autorité territoriale dont l'organe délibérant décide de la possibilité de payer les heures supplémentaires de ses agents, de payer les heures supplémentaires effectuées que dans le cas où il n'est pas demandé à l'agent concerné de récupérer ses heures supplémentaires, ou qu'une telle récupération est impossible.

3. Il est constant en l'espèce que durant sa période de détachement au sein des services de la commune de Massy, M. B a effectué des heures supplémentaires en travaillant certains samedis et dimanches. Il résulte de l'instruction que, tandis que les heures effectuées les dimanches ont été indemnisées, celles effectuées les samedis ont fait l'objet systématiquement d'un repos compensateur octroyé le lundi suivant pour une durée égale au temps de travail effectivement réalisé. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les heures supplémentaires réalisées les samedis, qui ont fait l'objet d'une compensation conforme aux textes en vigueur, auraient dû faire l'objet d'une indemnisation. Par suite, la commune de Massy n'a pas commis de faute en refusant cette indemnisation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 du décret du 29 avril 2002 susvisé : " I. L'agent conserve les droits qu'il a acquis au titre du compte épargne-temps : 1° En cas de mutation, d'intégration directe ou de détachement dans les conditions prévues à l' article 14 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions ; () En cas de mutation, de détachement en application du 1° et du a du 4° de l'article 14 du décret du 16 septembre 1985 précité ou de mise à disposition en application du 1° du I de l'article 42 de la loi du 11 janvier 1984 précitée , les droits sont ouverts et la gestion du compte épargne-temps est assurée par l'administration ou l'établissement d'accueil. En cas de mobilité dans l'une des positions énumérées aux 1°, 3° et 4° du I du présent article auprès d'une collectivité ou d'un établissement public relevant de la fonction publique territoriale ou de la fonction publique hospitalière, l'agent conserve également le bénéfice des droits aux congés acquis au titre de son compte épargne-temps. L'utilisation des droits qui sont ouverts à compter de la date d'affectation est régie par les règles applicables dans la collectivité ou l'établissement d'accueil, en application des dispositions du décret n° 2002-788 du 3 mai 2002 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique hospitalière, ou du décret n° 2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale. () Au plus tard à la date de réintégration de l'agent dans son administration ou établissement d'origine, l'administration, la collectivité ou l'établissement public d'accueil lui adresse, ainsi qu'à l'administration ou l'établissement dont il relève, une attestation des droits à congés existant à l'issue de la période de mobilité. ".

5. Il résulte de l'instruction qu'en application des dispositions citées au point précédent, le compte épargne temps (CET) dont bénéficiait M. B au sein de la commune de Massy a été, au terme de son détachement, transféré à son administration d'origine muni du solde de vingt jours épargnés dont il conserve le bénéfice des droits. Par suite, M. B ne peut se prévaloir de l'existence d'aucune faute ni d'aucun préjudice résultant du refus de la commune de Massy d'indemniser, postérieurement à la fin de son détachement, les jours épargnés sur son CET.

6. En troisième lieu, il est constant que M. B conserve la propriété du chien acquis sur ses deniers personnels en vue d'exercer des fonctions de maître-chien auprès de la commune de Massy. Par suite, et alors qu'il n'est pas contesté que la commune a pris en charge tant la formation rémunérée du requérant que les frais d'entretien et de nourriture du chien durant la période de détachement, M. B ne peut se prévaloir de l'existence d'aucun préjudice résultant du refus de la commune de lui rembourser les frais d'acquisition du chien.

7. En quatrième lieu, les faits précédemment cités ne caractérisent ni des erreurs ni des carences susceptibles d'engager la responsabilité de l'administration.

8. Il découle de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Massy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Massy.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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