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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200867

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200867

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2022, M. A B, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Massy a refusé sa demande tendant à son reclassement au grade de brigadier-chef principal à compter de son recrutement par voie de détachement ;

2°) d'enjoindre à la commune de Massy, à titre principal, de le reclasser à l'échelon 1 du grade de brigadier-chef principal du corps des policiers municipaux à la date de son détachement initial le 1er octobre 2018, à titre subsidiaire, de le reclasser au 7ème échelon du grade de gardien-brigadier à compter du 1er janvier 2021 avec une ancienneté au 26 septembre 2019 ou, à tout le moins, de réexaminer son dossier dans le sens du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Massy une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 11-1 du décret du 13 janvier 1986 relatives aux conditions de reclassement en cas de détachement dès lors que le grade de surveillant pénitentiaire ne comporte aucun cadre d'emploi équivalent dans le corps des policiers municipaux ; en conséquence son reclassement aurait dû être opéré dans le grade dont l'indice sommital est le plus proche de l'indice sommital de son grade d'origine, soit le grade de brigadier-chef principal ;

- à titre subsidiaire, à compter de son avancement au 5ème échelon de son grade d'origine à compter du 1er janvier 2020, la commune de Massy ne pouvait légalement le classer au 6ème échelon du grade de gardien-brigadier, comportant un indice brut inférieur à celui qu'il détenait dans son corps d'origine.

Malgré une mise en demeure qui lui a été adressée le 2 février 2023 en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, la commune de Massy n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 25 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2023.

Par un courrier du 11 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 décembre 2021 qui doit être regardée comme une décision confirmative, insusceptible de recours, de l'arrêté du 23 janvier 2019 ayant procédé au reclassement de l'intéressé au 5ème échelon du grade de gardien-brigadier à compter du 1er octobre 2018, devenu définitif en l'absence de recours formé à son encontre dans un délai raisonnable.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller

- et les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est fonctionnaire titulaire de l'administration pénitentiaire, détaché depuis le 1er octobre 2018 comme gardien-brigadier au sein de la police municipale de la commune de Massy. Par une décision du 4 août 2021, le maire de Massy lui a indiqué que son détachement ne serait pas renouvelé et qu'il serait radié des effectifs de la ville à compter du 1er octobre 2021. Par un courrier du 4 octobre 2021, M. B peut être regardé comme ayant demandé à la commune de rectifier les modalités de son reclassement à compter du 1er octobre 2018 en le reclassant rétroactivement au grade de brigadier-chef principal. Par un courrier du 8 décembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, la commune de Massy a refusé de procéder à cette modification.

2. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

3. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que M. B, agent de l'administration pénitentiaire au grade de " surveillant ", échelon 4, a été recruté en détachement par la commune de Massy dans le cadre d'emploi des agents de police municipal, sur le grade de " gardien-brigadier " et reclassé au 5ème échelon de ce grade à compter du 1er octobre 2018, date de son début de détachement. Ce reclassement de grade lui a été indiqué tant dans l'arrêté du ministre de la justice du 27 août 2018 le plaçant en position de détachement que dans l'arrêté du maire de Massy du 23 janvier 2019 portant reclassement de l'intéressé. Même en l'absence de pièce justificative de la date de notification de ces deux arrêtés, qui comportent les mentions conformes des voies et délais de recours, M. B a nécessairement eu connaissance des modalités de son reclassement, au plus tard à la fin du mois de janvier 2019, date à laquelle il a bénéficié d'une rémunération correspondant à sa nouvelle situation administrative telle qu'exposée dans l'arrêté précité du 23 janvier 2019. Il lui appartenait ainsi de contester les modalités de son reclassement dans un délai raisonnable à compter de cette date, qui, en l'absence de circonstances particulières, ne pouvait excéder un an. Par suite, le courrier du 4 octobre 2021 par lequel il demande à la commune de le reclasser rétroactivement au grade de brigadier-chef principal et qui doit ainsi être regardé comme un recours gracieux formé contre l'arrêté initial ayant procédé à son reclassement de grade et d'échelon, a été présenté après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet arrêté. Par suite, la décision du 8 décembre 2021, qui rejette la demande de M. B n'a pu avoir qu'un caractère confirmatif et n'est, par conséquent, pas susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées comme étant irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Massy.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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