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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201058

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201058

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantAARPI DS AVOCATS - PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 février 2022, 31 juillet 2022, 16 janvier 2023 et 13 juin 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. et Mme D et B F, représentés par Me Garderes, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le maire d'Orgeval a délivré à M. E un permis de construire pour un projet de construction d'une maison individuelle sur un terrain cadastré section AO 13 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Orgeval une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- leur requête est recevable, la notification du recours contentieux ayant été adressée au demandeur et titulaire du permis de construire, tel que mentionné dans l'arrêté attaqué et sur le panneau d'affichage sur le terrain, la circonstance qu'un arrêté rectificatif d'une erreur matérielle ait été pris le 22 décembre 2021 étant sans incidence sur cette recevabilité ; de même, est sans incidence la circonstance que la demande de permis de construire a été signée par M. E et Mme A ; ils ont, par ailleurs, en leur qualité de voisin immédiat, intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ; en outre, le projet en litige présente des enjeux en termes de sécurité des personnes et des biens eu égard à la proximité du mur de grande hauteur et d'un arbre monumental ;

- le permis de construire est entaché d'une première fraude, la demande faisant abstraction de la question, non tranchée et en litige, de la propriété du mur situé en limite séparative, alors que la construction projetée est située à moins de trois mètres de ce mur, qui s'élève à une hauteur de plus de sept mètres ;

- il est entaché d'une seconde fraude au vu des incohérences du dossier concernant la désignation des parcelles, le formulaire Cerfa mentionnant des parcelles différentes de celle indiquée sur l'arrêté accordant le permis de construire ; en outre, la surface de terrain déclarée dans la notice, de 2 041 mètres carrés, correspond à la surface totale des trois parcelles, alors que la parcelle AO 265, de 1 317 mètres carrés, n'est pas intégrée au projet et ne devait donc pas être prise en compte ; par ailleurs, les mesures prises aux limites séparatives apparentes, qui s'écartent de la contenance cadastrale, sont fantaisistes et tendent à confirmer que le mur litigieux fait partie de l'ancienne parcelle AO 13 et non de la parcelle AO 15 ;

- le dossier comporte des contradictions quant à la surface de plancher créée, la notice indiquant une surface créée de 178 mètres carrés, tandis que le formulaire mentionne 207 mètres carrés ;

- au vu de la fragilité du mur situé à proximité de la construction projetée, alors en outre qu'un terrassement est prévu, risquant de déstabiliser ce mur, et qu'un puisard doit être creusé à proximité de ce même mur, non représenté sur les plans, le permis, qui n'est sur ce point pas assorti de prescriptions spéciales, méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- en n'assortissant pas le permis accordé de prescriptions sur ce point, le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors qu'il ne peut être regardé comme précisant la superficie du terrain où prendra place la construction, ainsi que le prévoit l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- le plan de masse mentionne, à tort, le mur de soutènement comme appartenant à la parcelle AO15 ; il n'indique pas la hauteur de ce mur et la notice sous-évalue la hauteur de ce mur ; ce plan n'est pas coté dans les trois dimensions et ne mentionne notamment pas les cotes des constructions projetées, ces données ne figurant par ailleurs pas sur les autres plans ; l'arbre monumental situé sur la parcelle AO15 n'y est pas figuré alors que ses branches débordent sur la parcelle AO 266 ; les réseaux et modalités de raccordement n'y sont pas représentés ; la distance entre les limites séparatives et l'emprise de la construction ne sont pas indiquées, en méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, plus précisément vis-à-vis de la clôture dépendant de la parcelle AO15 ; il ne figure pas une rangée de cyprès de taille significative, plantés derrière le mur donnant sur le clos de Tressancourt ;

- les plans de coupe ne font pas apparaître l'état initial et l'état futur du profil du terrain en méconnaissance du b) de l'article R. 431-10 du code ;

- la notice architecturale ne répond pas aux exigences de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ; elle comporte une indication erronée en ce qui concerne la hauteur du mur de soutènement ; elle ne mentionne pas l'arbre déjà évoqué ; elle utilise la qualification trompeuse d'arbustes pour trois arbres situés sur le terrain ; aucune indication n'est donnée concernant la parcelle AO 265, qui est pourtant construite ; le projet est présenté comme devant se déployer sur un terrain de 2 041 mètres carrés, alors pourtant que seule la parcelle AO 266 semble concernée ; la question du puisard n'est pas abordée, malgré la problématique majeure de sécurité qu'il représente ;

- les angles des prises de vue figurant au dossier ne sont pas reportés sur le plan de masse, en méconnaissance du d) de l'article R. 431-10 ; en insérant le projet dans un environnement arboré touffu correspondant à l'existant, alors que le projet ne le conserve pas, le photomontage est mensonger et a trompé le service instructeur ;

- le dossier ne comporte pas l'attestation de prise en compte des exigences de performance énergétique et environnementale prévue par le j) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

- compte tenu du caractère particulier de la construction, de l'implantation " plein sud " de grandes baies vitrées, un descriptif technique du projet regroupant la typologie de l'enveloppe, des menuiseries extérieures et des équipements thermiques était obligatoire avec indication des différents coefficients de performances (" BBIO, CEP, TIC ") ;

- au vu de l'ancienneté du quartier dans lequel s'inscrit le projet, de la valeur historique du mur d'enceinte donnant sur le clos de Tressancourt et des édifices protégés au titre du patrimoine urbain et rural situés dans les deux rues concernées, et alors que la parcelle sur laquelle s'implante le projet était classée en zone UAa par l'ancien plan local d'urbanisme, correspondant à un tissu bâti ancien et traditionnel, et qu'elle est désormais classée en zone UAd du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) dans laquelle l'objectif est de préserver la morphologie traditionnelle et l'identité des tissus, l'architecte des Bâtiments de France aurait dû être consulté ;

- en ce qu'il prévoit trois ouvertures dans le mur donnant sur le clos de Tressancourt, sur une largeur totale supérieure à 4 mètres, le projet n'est pas conforme à l'article 4.2.4.3 des dispositions communes du PLUi ;

- la construction étant implantée en retrait de 80 cm de l'alignement et le mur ancien n'étant pas préservé, il méconnaît l'article 2.1 de la zone UAd du PLUi ;

- l'article 2.2 de la zone UAd est méconnu, les plans de masse, de coupe, des façades et des toitures démontrant que le retrait minimal de quatre mètres par rapport aux limites séparatives n'est pas respecté ;

- l'article 2.4.1 de la zone UAd est méconnu dès lors que le projet est frauduleusement présenté sur un terrain de 2 041 mètres carrés correspondant à la totalité de la superficie de la parcelle AO13 avant division, alors que ce terrain a fait l'objet d'une division foncière en 2021, de sorte que les calculs du coefficient d'emprise au sol sont faux ;

- l'article 2.5.1 de la zone UAd est méconnu, la hauteur de la façade de la construction étant de 9,40 mètres par rapport à la cote du trottoir et la dérogation prévue à l'article 2.5.3 ne pouvant s'appliquer en l'espèce ;

- l'article 3.2 de la zone UAd est méconnu, les calculs du coefficient de pleine terre reposant sur une superficie erronée du terrain d'assiette du projet ;

- l'article 4.2.3 de la zone UAd est méconnu, le toit terrasse prévu par le projet rompant l'harmonie d'ensemble des constructions avoisinantes, un tel type de toiture étant proscrit sous l'empire de l'ancien PLU ;

- l'article 4.3 de la zone UAd est méconnu au regard des ouvertures prévues dans le mur de pierres situé en limite de voie.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2022, M. C E et Mme G A, représentés par Me Mathieu, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit prononcé un sursis à statuer en vue de permettre la régularisation du permis attaqué et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors, d'une part, que la notification du recours contentieux, adressée à M. E exclusivement, n'a pas été effectuée conformément aux exigences de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ; en effet, le permis de construire a été délivré à M. E et Mme A, l'ensemble des pièces du dossier de demande a été signé des deux pétitionnaires, le nom de Mme A ayant été ajouté en tant que bénéficiaire dans l'arrêté du 22 décembre 2021 accordant le permis de construire modificatif, et le panneau d'affichage mentionne que le permis est délivré aux deux noms ;

- d'autre part, les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er décembre 2022 et 3 février 2023, la commune d'Orgeval, représentée par Me Guillot, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit prononcé un sursis à statuer en vue de permettre la régularisation du permis attaqué et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir des requérants ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 février 2023.

Par un courrier du 14 juin 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations dans l'hypothèse où le tribunal, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, retiendrait comme fondés les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd du plan local d'urbanisme intercommunal et de la méconnaissance de l'article R. 431-10 c) du code de l'urbanisme, en ce qui concerne le document graphique d'insertion du projet, et déciderait en conséquence de surseoir à statuer, pendant un délai de quatre mois, dans l'attente de la régularisation du permis de construire attaqué.

Des observations en réponse à ce courrier d'information ont été successivement présentées, le 20 juin 2024, pour la commune d'Orgeval et le 21 juin 2024 pour M. E et Mme A, d'une part, et M. et Mme F d'autre part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garderes, représentant M. et Mme F, et celles de Me Pupponi, représentant la commune d'Orgeval.

Considérant ce qui suit :

1. M. E et Mme A ont déposé, le 2 septembre 2021, une demande de permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée AO 266, sur le territoire de la commune d'Orgeval. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le maire d'Orgeval a accordé ce permis de construire. M. et Mme F demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () ".

3. Lorsqu'un permis de construire est délivré à plusieurs bénéficiaires, la notification prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être effectuée à l'égard de chacun des bénéficiaires du permis, tels que désignés, avec leur adresse, dans l'acte attaqué.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme F ont notifié leur recours contentieux à M. E, désigné dans l'arrêté attaqué comme étant le bénéficiaire du permis de construire en litige. Par suite, cette notification a été effectuée conformément aux exigences de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, sans que les défendeurs puissent utilement faire valoir, d'une part, que certaines pièces du dossier de demande de permis de construire ont été signées de M. E et de sa compagne, Mme A, d'autre part, que le nom de cette dernière a été ajouté comme bénéficiaire dans l'arrêté du 22 décembre 2021 accordant pour le projet en litige un permis de construire modificatif, et, qu'enfin, le panneau d'affichage sur le terrain a mentionné que le permis de construire a été délivré aux deux noms. Cette première fin de non-recevoir doit donc être écartée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient, dans tous les cas, au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme F occupent une maison d'habitation implantée sur une parcelle jouxtant le terrain d'assiette du projet. Ils doivent ainsi être regardés comme ayant la qualité de voisins immédiats du projet. Les requérants font notamment valoir qu'ils subiront des vues directes sur la future construction, située en contrebas de leur propriété, et que les terrassements prévus par le projet sont susceptibles de fragiliser le mur de soutènement séparant les deux propriétés. Les requérants font ainsi état d'éléments précis relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction de nature à établir que celui-ci est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Les éléments avancés en défense ne permettent pas d'établir que les atteintes ainsi alléguées seraient dépourvues de réalité. Par suite, les requérants justifient d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité du permis de construire :

S'agissant de l'illégalité entachant l'arrêté :

8. Aux termes de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) approuvé par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) : " - Le traitement des toitures* / La conception des toitures* est guidée par une simplicité des formes. / Différents types de toiture* tels que terrasse, à pans ou formes contemporaines sont admis dès lors qu'ils respectent une harmonie d'ensemble et des proportions cohérentes avec ceux des constructions avoisinantes. () ". Par ailleurs, le préambule de la zone UAd dite " cœur de village et hameau " précise que cette zone " réunit les centres anciens à identité villageoise ou les hameaux ", que " ces centres se caractérisent par des éléments bâtis, constructions, murs, qui constituent un front bâti le long de voies souvent étroites " et que " l'objectif est de préserver la morphologie traditionnelle et l'identité de ces tissus et de permettre une mixité des fonctions ".

9. Les dispositions précitées de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd autorisent l'installation d'une toiture terrasse, à la condition, toutefois, que ce type de toiture respecte une harmonie d'ensemble avec celles des constructions avoisinantes. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'exception de la maison d'habitation des requérants, constituée d'une toiture dite à la " Mansart ", la totalité des constructions situées à proximité immédiate du projet présente des toitures à double pente. Si, ainsi que le font valoir les défendeurs, l'environnement immédiat du terrain d'assiette du projet compte des constructions présentant une certaine hétérogénéité, celles-ci sont toutes de style traditionnel et présentent ainsi qu'il a été dit des toitures à double pente. Par ailleurs, si les défendeurs évoquent l'existence d'une maison individuelle présentant une toiture terrasse, celle-ci est située à une centaine de mètres du terrain d'assiette du projet en litige, dans une rue distincte et n'est pas visible depuis ce terrain. En outre, cette construction existante est située en zone UDa, laquelle ne répond pas aux mêmes caractéristiques que la zone UAd. Enfin, si les défendeurs font valoir que plusieurs projets en cours de construction présentent une toiture terrasse, ceux-ci sont également situés à une distance de plus d'une centaine de mètres, hors de la zone UAd, dans une rue parallèle à celle desservant le projet en litige, et séparés de celui-ci par de grandes propriétés arborées et des maisons d'habitation empêchant toute co-visibilité entre ces constructions présentant une toiture terrasse et le projet en litige. Ainsi, la toiture terrasse prévue par le projet rompt l'harmonie d'ensemble constituée par les toitures à double pente des constructions avoisinantes. Par suite, et alors, en outre, que le projet est situé face à une maison d'habitation en pierres présentant un toit à double pente, au demeurant choisie pour illustrer la charte architecturale communale, les requérants sont fondés à soutenir que le projet n'est pas conforme aux dispositions précitées de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd du PLUi.

S'agissant des moyens devant être écartés :

Sur les prétendues fraudes entachant le dossier de demande de permis :

10. Une autorisation d'urbanisme n'ayant d'autre objet que d'autoriser un projet conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'administration n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joints à la demande, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

11. En premier lieu, les requérants font valoir que le dossier de demande de permis de construire serait entaché de fraude en ce qu'il " ferait abstraction de la question, non tranchée et en litige, de la propriété du mur situé en limite séparative ", alors que, d'après eux, la construction projetée serait située à moins de trois mètres de ce mur. Toutefois, les plans du dossier figurent le mur auquel font référence les requérants. Ces derniers ne soutiennent pas qu'en tenant compte d'une implantation du mur en litige au sein de la parcelle des pétitionnaires, le projet ne serait pas conforme aux règles de distance par rapport aux limites séparatives. Dès lors, les requérants, qui ne précisent pas la règle d'urbanisme à laquelle les pétitionnaires auraient cherché à échapper en ne faisant pas état de la propriété de ce mur, et en ne le faisant pas figurer explicitement sur leur parcelle, n'établissent pas la fraude dont ils se prévalent.

12. En deuxième lieu, les requérants font valoir que le dossier de demande de permis de construire comporte des indications erronées concernant la désignation des parcelles, ce qui caractériserait une fraude. Ils font valoir, en particulier, à juste titre, que le formulaire Cerfa renseigne, parmi les références cadastrales du projet, la parcelle AO 265, d'une superficie de 1 317 mètres carrés, laquelle est issue de la division de la parcelle initiale, alors que celle-ci, pourtant, ne figure pas dans le terrain d'assiette du projet. Ils font valoir également à juste titre que la superficie totale du terrain déclarée dans la notice, de 2 041 mètres, tient compte, à tort, de cette parcelle AO 265. Toutefois, la notice descriptive indique par ailleurs que " le projet sera implanté sur les parcelles 266 et 14, accessibles depuis le Clos de Tessancourt ". En outre, le plan de masse figure, sans ambiguïté possible, que le projet s'implante sur les parcelles cadastrées section AO 266, dont la superficie renseignée est de 689 mètres carrés, et sur la parcelle AO 14, dont la superficie est de 35 mètres carrés. Dès lors, l'indication erronée, dans le formulaire, de la parcelle AO 265 comme étant incluse dans le terrain d'assiette du projet, qui ne peut être regardée comme constitutive d'une fraude en l'absence de tout élément de nature à établir l'intention des pétitionnaires de tromper l'administration, n'a, en toute hypothèse, pas pu empêcher le service instructeur d'identifier le terrain d'assiette. Enfin, si les requérants font valoir que les mesures figurant au dossier, prises aux limites " apparentes ", s'écarteraient de la contenance cadastrale, seraient " fantaisistes " et tendraient à confirmer que le mur litigieux serait inclus dans l'ancienne parcelle AO 13, divisée, et non dans la parcelle AO 15 leur appartenant, ils n'assortissent pas cette branche du moyen des précisions suffisantes pour en apprécier l'éventuel bien-fondé, et par suite, n'apportent pas les éléments permettant d'établir, de ce point de vue, l'existence d'une fraude. Ils ne précisent pas davantage la règle d'urbanisme à laquelle les pétitionnaires auraient cherché à échapper en faisant état de telles mesures, prétendument erronées. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur les inexactitudes, incomplétudes et incohérences entachant le dossier :

13. La circonstance que le dossier de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

14. En premier lieu, ainsi que le font valoir les requérants, le dossier de demande de permis de construire comporte une contradiction quant à la surface de plancher créée, la notice indiquant une surface créée de 178 mètres carrés, tandis que le formulaire Cerfa mentionne une surface créée de 207 mètres carrés. Toutefois, l'arrêté attaqué autorise une surface de plancher de 178 mètres carrés seulement et il n'est ni établi, ni même soutenu que la contradiction entachant sur ce point le dossier a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme applicables.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () c) La localisation et la superficie du ou des terrains () ". Il résulte de ce qui a été dit au point 11 ci-dessus qu'en dépit des inexactitudes entachant, sur ce point, le formulaire Cerfa, le dossier de demande de permis de construire précise la localisation et la superficie du terrain d'assiette du projet. Le moyen tiré du non-respect des exigences fixées par ces dispositions doit donc être écarté comme manquant en fait.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".

17. D'une part, le plan de masse du projet représente le mur situé en limite séparative des propriétés des pétitionnaires et des requérants. S'il mentionne, à tort selon les requérants, que ce mur dépend de la parcelle AO 15 alors que celui-ci se trouverait sur la parcelle voisine anciennement cadastrée AO 13, il n'est ni établi, ni même allégué qu'une telle erreur, à la supposer avérée, a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

18. D'autre part, s'ils reprochent au plan de masse de ne pas mentionner la hauteur de ce mur, les requérants n'explicitent pas la règle d'urbanisme que le service instructeur n'aurait pas été en mesure d'apprécier du fait de cette omission.

19. En outre, si les requérants reprochent au plan de masse de ne pas être coté dans les trois dimensions, celui-ci mentionne les cotes de la future construction, notamment au niveau du rez-de-jardin, du niveau R+1 et de l'acrotère et, si ce plan ne comporte pas les niveaux du terrain naturel, ceux-ci figurent sur le plan de coupe. Dès lors, le service instructeur a été en mesure de déterminer la hauteur des différents niveaux de la future construction, et, par suite d'apprécier le volume de la construction. Il n'est donc pas établi que l'omission entachant sur ce point le plan de masse a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

20. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement reprocher au plan de masse de ne pas mentionner l'arbre situé sur leur propre parcelle, qu'ils qualifient de " monumental ", dès lors que celui-ci n'est pas situé sur le terrain d'assiette du projet, ce, quand bien même ses branches déborderaient sur la parcelle AO 266. Ils ne peuvent davantage reprocher au plan de masse de ne pas indiquer la distance entre l'emprise de la future construction et la limite séparative avec la parcelle AO 15, ce qui manque en fait.

21. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le plan de masse représente les réseaux d'eau potable, d'eaux usées, de gaz et d'électricité, ainsi que les modalités de raccordement, et il figure un dispositif de collecte des eaux de pluie sur le terrain.

22. Enfin, si les requérants reprochent au plan de masse de ne pas avoir représenté la rangée de cyprès plantés le long du mur donnant sur le clos de Tressancourt, ils n'établissent, ni même n'allèguent, que l'omission entachant sur ce point le plan de masse a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

23. Il résulte de ce qui a été dit aux points 17 à 22 que le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

24. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".

25. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les plans de coupe A et B représentent le niveau du terrain naturel, ainsi que le niveau du terrain après travaux. S'ils font valoir que les hauteurs représentées seraient erronées et minorées par rapport à la réalité, ils n'apportent aucune précision permettant d'étayer leurs allégations. Le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.

26. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ".

27. D'une part, si les requérants reprochent à la notice architecturale d'indiquer, à tort, que la hauteur du mur séparant le terrain d'assiette du projet de la parcelle AO 15 s'élève à trois mètres, en lieu et place d'une hauteur de près de sept mètres, elle n'apporte aucune précision tendant à démontrer que l'inexactitude entachant de ce point de vue la notice a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

28. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la notice comporte des indications relatives à l'implantation de la future construction par rapport aux constructions avoisinantes. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement reprocher à la notice de ne pas comporter d'indication précise concernant l'arbre, qu'elle qualifie de " monumental ", situé sur leur propre parcelle, les dispositions précitées de l'article R. 431-8 n'exigeant pas une description aussi précise concernant le parti pris pour assurer l'insertion du projet par rapport aux paysages avoisinants.

29. Les requérants reprochent encore à la notice de qualifier, de façon trompeuse, d'arbustes les trois arbres situés en " limite nord " du terrain d'assiette, dont le projet prévoit la suppression. Il n'est pas contesté que la végétation à laquelle fait ainsi référence la notice correspond aux trois arbres indiqués par les requérants, dont la suppression est d'ailleurs matérialisée sur le plan de masse, lesquels ne correspondent pas à de simples arbustes. Toutefois, ainsi que l'indiquent eux-mêmes les requérants, ces arbres sont représentés sur les photographies de l'état initial du terrain, et le plan de masse figure explicitement leur suppression. Dès lors, l'inexactitude entachant la notice, en ce que celle-ci qualifie d'arbustes ces arbres, n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

30. Ainsi qu'il a été dit précédemment, si les requérants font valoir, en outre, à juste titre, que la superficie totale du terrain déclarée dans la notice, de 2 041 mètres, tient compte, à tort, de la parcelle AO 265, qui n'est pas incluse dans le terrain d'assiette du projet, il ressort également de cette notice que " le projet sera implanté sur les parcelles 266 et 14 " et que le plan de masse figure, sans ambiguïté possible, que le projet s'implante sur la parcelle cadastrée section AO 266, dont la superficie renseignée est de 689 mètres carrés, et sur la parcelle AO 14, dont la superficie est de 35 mètres carrés. Par ailleurs, si les requérants reprochent à la notice de ne comporter aucune indication concernant la parcelle AO 264, désignée de façon erronée n° 265, jouxtant le terrain d'assiette du projet, laquelle comporte une maison d'habitation, le plan de géomètre joint au dossier figure partiellement cette construction et une photographie aérienne en représente l'implantation par rapport aux constructions voisines. Dès lors, ces inexactitudes et insuffisances de la notice n'ont pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

31. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la notice architecturale évoque le puisard destiné à récupérer les eaux pluviales sur la parcelle et celle-ci ne peut donc être regardée comme insuffisante.

32. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : " () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

33. D'une part, si le point et l'angle des prises de vue PC6 et PC7 sont reportés sur le plan de masse, les requérants soutiennent à juste titre que tel n'est pas le cas de la prise de vue PC8. Toutefois, ces indications figurent sur le plan cadastral joint au dossier de demande de permis de construire. Dès lors, l'omission entachant sur ce point le plan de masse n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

34. D'autre part, les requérants font valoir que les documents visant à rendre compte de l'insertion du projet ont inséré la future construction dans un environnement arboré " touffu " correspondant à l'état existant, lequel ne serait pourtant pas conservé, induisant ainsi en erreur le service instructeur. Toutefois, s'il est exact que le document d'insertion du projet représente, à proximité de la future construction, des arbres dont la suppression est prévue, cette inexactitude entachant le document d'insertion ne peut avoir induit en erreur le service instructeur, qui disposait de photographies de l'état initial du terrain et du plan de masse représentant les arbres maintenus et abattus sur cette partie du terrain d'assiette. Dès lors, cette représentation inexacte de l'insertion du projet n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa conformité à la réglementation applicable.

35. En septième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () j) L'attestation de respect des exigences de performance énergétique et environnementale, lorsqu'elle est exigée en application de l'article R. 122-24-1 du code de la construction et de l'habitation, ou l'attestation de respect de la réglementation thermique, lorsqu'elle est exigée en application de l'article R. 122-22 du même code ; () ".

36. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'attestation de prise en compte de la règlementation thermique figure au dossier joint à la demande de permis de construire. S'ils font valoir, dans leurs dernières écritures, que le caractère particulier de la construction, qui comporte notamment de grandes baies vitrées, rendait nécessaire un descriptif technique du projet regroupant la " typologie de l'enveloppe, des menuiseries extérieures et des équipements thermiques " et l'indication des différents coefficients de performances " BBIO, CEP, TIC ", les dispositions précitées de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ne comportent pas une telle exigence et les requérants n'assortissent pas cette branche du moyen des précisions en droit permettant d'en apprécier l'éventuel bien-fondé. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur la consultation de l'architecte des bâtiments de France :

37. Les requérants ont fait valoir dans leur requête qu'au vu de l'ancienneté du quartier dans lequel s'inscrit le projet, de la valeur historique du mur d'enceinte donnant sur le clos de Tressancourt et des édifices protégés au titre du patrimoine urbain et rural situés à proximité, l'architecte des bâtiments de France (ABF) aurait dû être consulté. Toutefois, il résulte des indications non contestées de la commune d'Orgeval que le projet n'est situé ni dans le périmètre des abords d'un monument historique, ni à proximité d'un site patrimonial remarquable. Le moyen tiré du défaut de consultation de l'ABF, à le supposer soulevé, doit donc être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

38. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

39. Les requérants font valoir qu'au vu de la fragilité du mur situé à proximité de la construction projetée, la délivrance du permis de construire en litige, lequel n'est pas assorti, sur ce point, de prescriptions spéciales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, d'une part, la prétendue fragilité du mur séparatif de soutènement de la propriété des requérants n'est pas établie, notamment par l'étude réalisée à leur demande par l'Office national des forêts qui conclut au bon état général de l'arbre situé au-dessus de ce mur et n'évoque pas de risque de fragilisation de ce mur en lien avec la présence de cet arbre. D'autre part, la future construction ne prend pas appui sur ce mur, dont elle est éloignée de plusieurs mètres et le risque lié à la mise en place d'un puisard à proximité de ce mur n'est pas établi. Si les requérants font valoir que des murs situés à proximité du projet se sont effondrés, cette circonstance ne démontre pas la fragilité du mur en cause. Enfin, si les requérants font valoir que la parcelle est située en zone d'aléa fort concernant le risque de retrait-gonflement des argiles, ils n'apportent aucun élément tendant à établir qu'à la supposer établie, cette exposition induirait un risque d'effondrement du mur séparatif. Ils ne peuvent davantage utilement critiquer l'absence de réalisation préalable de l'étude géotechnique prévue par l'article L. 112-21 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté attaqué au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article 4.2.4.3 des dispositions communes du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) approuvé par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) :

40. Aux termes de l'article 4.2.4.3 des dispositions communes du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) approuvé par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) : " () En cas de nouveaux percements ou d'agrandissements d'une ouverture dans la clôture, ceux-ci sont réalisés avec soin, sans rupture de matériaux, de préférence en s'appuyant sur une ouverture existante par démolition partielle et déplacement de pilier (). / Dans la catégorie continuité bâtie : Les murs identifiés sur le plan de zonage sont conservés, restaurés ou reconstitués dans les mêmes conditions, sauf en cas d'impossibilité technique justifiée. Une seule ouverture par terrain d'une largeur de 4 mètres maximum, et strictement nécessaire à l'accès vers la construction, est admise () ".

41. Les dispositions citées au point précédent prennent place sous l'article 4.2.4, relatif aux " Dispositions spécifiques applicables aux édifices, ensembles bâtis, continuités bâties et ensembles cohérents patrimoniaux ". Le mur concerné par les ouvertures critiquées par les requérants, qui longe le clos de Tressancourt, qui n'est pas représenté au plan de zonage parmi les " linéaires de façades homogènes, murs de pierre, porches et portails " identifiés au titre de la " continuité bâtie ", n'est recensé dans aucune des catégories bénéficiant de la protection spéciale édictée par les dispositions précitées de l'article 4.2.4.3 des dispositions communes du PLUi. Le moyen tiré du non-respect de ces dispositions, inopérant, doit donc être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article 2.1 du règlement de la zone UAd du PLUi :

42. Aux termes de l'article 2.1.1 du règlement de la zone UAd du PLUi : " Les constructions principales sont implantées en limite de voie sur un linéaire continu minimal de 6 mètres ou sur toute la façade du terrain lorsque cette dernière est inférieure à 6 mètres ". Toutefois, aux termes de l'article 2.1.2 du règlement de la même zone : " Dans l'objectif d'une meilleure intégration du projet à son environnement, une implantation différente de celle prévue ci-dessus peut être admise ou imposée dans les cas suivants : () 3. dans le cas où un mur ancien de pierres longe la limite de voie et qu'il est préservé, voire restauré, la construction peut être entièrement implantée en recul de la limite de voie ".

43. Les requérants font valoir que la dérogation prévue au point 3 de l'article 2.1.2 du règlement de la zone UAd ne peut être invoquée. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que le projet prévoit, sur le mur de pierres longeant le clos de Tressancourt séparant la propriété de la voie, trois ouvertures destinées à l'accès des piétons et des véhicules. S ces trois ouvertures s'étendent au total sur une longueur d'environ 13 mètres, il n'en demeure pas moins que ce mur ancien, d'une longueur totale d'environ 37 mètres est préservé. Le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 2.1 du règlement de la zone UAd du PLUi doit donc être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article 2.2 du règlement de la zone UAd du PLUi :

44. Aux termes de l'article 2.2 du règlement de la zone UAd du PLUi relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " () 2.2.1.1 Pour les constructions en premier rang / Les constructions sont implantées sur une limite séparative latérale au moins. En cas de retrait, ce dernier est au moins égal à 4 mètres () ".

45. Il ressort des indications portées sur le plan de masse qu'un retrait de 4 mètres est prévu entre la construction projetée et la partie de cette construction la plus proche du mur constituant la limite séparative de la parcelle AO15. Les requérants n'établissent pas que cette indication serait contredite par les mesures effectuées à l'échelle du plan de masse, et les autres pièces du dossier, notamment les plans de coupe, des façades et des toitures, le document d'insertion n'ayant pas pour objet de préciser de telles mesures. Par suite, et alors que l'arrêté a pour seul objet d'autoriser la construction selon les indications figurant au dossier, le moyen tiré du non-respect des dispositions de l'article 2.2 du règlement de la zone UAd du PLUi doit, en tout état de cause être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article 2.4 du règlement de la zone UAd du PLUi :

46. Aux termes de l'article 2.4.1 du règlement de la zone UAd : " Le coefficient d'emprise au sol* des constructions est limité à 60 % de la superficie du terrain () ".

47. La notice décrivant le projet déclare une surface d'emprise au sol de 114 mètres carrés. Le coefficient d'emprise au sol, calculé au regard de la superficie du terrain d'assiette du projet, laquelle, ainsi qu'il a déjà été dit, est de 689 mètres carrés, ainsi qu'il ressort de l'ensemble des pièces du dossier, est de 16 %, ce qui est inférieur au coefficient maximal de 60%. Le moyen tiré du non-respect de l'article 2.4.1 de la zone UAd doit donc être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article 2.5.1 du règlement de la zone UAd du PLUi :

48. Aux termes de l'article 2.5.1 du règlement de la zone UAd : " Les constructions à destination d'équipements d'intérêt collectif et services publics et de services urbains* peuvent avoir une hauteur* différente de celles fixées ci-après, dès lors qu'existent des contraintes ou spécificités architecturales, techniques ou fonctionnelles. Dans ce cas, la hauteur* de la construction est déterminée afin de répondre à ces contraintes tout en prenant en considération les caractéristiques dominantes de l'environnement urbain dans lequel s'inscrit la construction. / La hauteur en gabarit* des constructions est définie par : - une hauteur de façade* limitée à 7 mètres (Hf = 7 m) ; () ". Aux termes de l'article 2.5.3 des définitions et dispositions communes au règlement du PLUi : " La hauteur de façade des constructions est la différence d'altitude mesurée verticalement entre le niveau de référence bas et le niveau de référence haut de la façade. / Cette mesure s'effectue en tout point de la façade. / Le niveau de référence bas est situé : - au niveau altimétrique de la limite de voie*, pour les constructions implantées sur cette limite ; / - au niveau du sol existant avant travaux, pour les autres constructions. () ".

49. Il ressort des indications portées sur les plans de coupe que, mesurée entre le pied de l'acrotère et le niveau du terrain naturel avant travaux, la hauteur de la façade de la construction donnant sur la voie, sans être implantée sur la limite séparant la propriété de cette voie, est inférieure à sept mètres. Par suite, le moyen tiré de la non-conformité du projet à l'article 2.5.1 du règlement de la zone UAd doit être écarté, sans que les requérants puissent utilement soutenir que les conditions de la dérogation prévue à l'article 2.5.3 du même règlement ne sont pas remplies.

Sur la méconnaissance de l'article 3.2.1.1 du règlement de la zone UAd du PLUi :

50. Aux termes de l'article 3.2.1.1 du règlement de la zone UAd : " Le coefficient de pleine terre* minimal est de 20% de la superficie du terrain* () ".

51. La notice décrivant le projet déclare une surface d'espaces verts de pleine terre de 457 mètres carrés. Le coefficient minimal de pleine terre, calculé au regard de la superficie du terrain d'assiette du projet, laquelle, ainsi qu'il a déjà été dit, est de 689 mètres carrés, est de 66 %, ce qui excède le coefficient minimal de 60%. Le moyen tiré du non-respect de l'article 3.2.1.1 de la zone UAd doit donc être écarté.

Sur la méconnaissance de l'article 4.3 du règlement de la zone UAd du PLUi :

52. Aux termes de l'article 4.3.1 du règlement de la zone UAd : " - Les clôtures implantées en limite de voie* / Dans cette zone de villages et de hameaux où les constructions sont, en règle générale, implantées en limite de voie*, les clôtures le long de l'espace public sont rares. / Dans le cas de l'implantation d'une construction en recul*, la clôture est conçue afin de créer une continuité en harmonie avec le front urbain constitué. / Dans le cas de murs de clôture de pierres, ces derniers sont préservés et mis en valeur, sauf contrainte technique dûment justifiée. Toutefois, ils peuvent être réduits en hauteur pour permettre d'offrir des vues vers des cœurs d'îlot ou sur des perspectives, ou partiellement démolis pour créer l'accès* à la construction principale. ".

53. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a déjà été dit, que les ouvertures prévues dans le mur de pierres séparant le terrain de la voie ont pour objet de créer les accès à la construction. Dès lors, et à supposer même que ce mur de pierres puisse être regardé comme subissant une démolition partielle, le moyen tiré de la non-conformité du projet à l'article 4.3.1 du règlement de la zone UAd doit être écarté.

54. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le projet en litige méconnaît les seules dispositions de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd du PLUi approuvé par la communauté urbaine GPSEO.

Sur l'application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

55. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

56. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

57. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à soutenir que le permis de construire en litige n'est pas conforme aux dispositions de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd du PLUi approuvé par la communauté urbaine GPSEO. Les règles d'urbanisme en vigueur permettent une mesure de régularisation de ce vice qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. En outre, il affecte une partie identifiable du projet. Il y a donc lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de ne prononcer l'annulation de l'arrêté attaqué qu'en tant qu'il autorise une toiture terrasse, en méconnaissance de ces dispositions, la demande, présentée en défense, tendant à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme devant être écartée. Il y a par ailleurs lieu de fixer à cinq mois à compter de la notification du présent jugement le délai dans lequel les pétitionnaires pourront demander la régularisation du permis de construire en litige.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

58. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que demandent la commune d'Orgeval et les bénéficiaires du permis, sur ce fondement. Il y a lieu, par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Orgeval, d'une part, et de M. E et Mme A, d'autre part, la somme globale de 1 800 euros, à répartir à parts égales, sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 décembre 2021 du maire d'Orgeval accordant à M. E un permis de construire est annulé en tant qu'il autorise une toiture terrasse, en méconnaissance des dispositions de l'article 4.2.3 du règlement de la zone UAd du PLUi approuvé par la communauté urbaine GPSEO.

Article 2 : La commune d'Orgeval, d'une part, et M. E et Mme A, d'autre part, verseront, à parts égales, la somme globale de 1 800 euros à M. et Mme F, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme B F, à la commune d'Orgeval et à M. C E et Mme G A.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Mathou, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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