vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2201222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BAZIN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février 2022 et le 27 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Guiorguieff, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines lui a infligé une sanction déguisée ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de lui octroyer la protection fonctionnelle ;
3°) d'enjoindre au département des Yvelines de lui accorder la protection fonctionnelle dans un délai de dix jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département des Yvelines une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en décidant de ne pas la réaffecter sur son poste à l'issue de sa période de suspension administrative, le département a entendu lui infliger une sanction déguisée illégale ;
- la décision lui refusant l'octroi de la protection fonctionnelle n'est pas motivée ;
- cette décision est illégale en raison du harcèlement moral dont elle est victime de la part de sa supérieure hiérarchique ainsi qu'en atteste la sanction déguisée qui lui a été infligée, le refus de lui faire bénéficier d'autorisations spéciales d'absence en raison de sa vulnérabilité à la Covid-19 et le comportement de son chef de service à son égard.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 24 janvier 2023, le département des Yvelines, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le requête est irrecevable dès lors qu'il s'agit d'une requête collective visant deux décisions distinctes, portant sur des questions indépendantes l'une de l'autre ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,
- les observations de Me Guiorguieff,
- et les observations de Me Wullschleger, substituant Me Bazin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, infirmière puéricultrice de classe supérieure, est affectée au centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Conflans-Sainte-Honorine. Le 6 juillet 2020, elle a établi une ordonnance de prescription vaccinale portant les nom, prénom et fonction du chef de service, médecin référent au centre de protection maternelle et infantile, absent à ce moment-là, mais en signant de son propre nom avec l'indication " P/O ". Ces faits ont fait l'objet d'une enquête administrative, à l'issue de laquelle, Mme A a été suspendue à titre conservatoire du 27 septembre 2021 au 27 janvier 2022, postérieurement à une période de congé de maladie ordinaire. Par une décision du 18 janvier 2022, le président du conseil départemental des Yvelines lui a indiqué qu'à l'issue de sa suspension elle ne serait pas réaffectée sur son poste initial mais maintenue en sureffectif dans l'attente de lui trouver une nouvelle affectation. Mme A demande d'une part au tribunal d'annuler cette décision. Elle demande d'autre part d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande du 13 octobre 2021 tendant à l'obtention du bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de maintien en sureffectif :
2. Une décision portant sur l'affectation d'un fonctionnaire constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.
3. Par la décision attaquée du 18 janvier 2022, le président du conseil départemental des Yvelines a décidé de ne pas réaffecter Mme A sur son poste d'origine à l'issue de sa période de suspension. D'une part, si cette décision indique qu'elle est prise " dans l'intérêt du service " mais également " au regard de la gravité des faits reprochés ", il est constant que la relation de travail et de confiance entre la requérante et son chef de service, déjà difficile, s'est fortement dégradée suite aux faits rappelés au point 1 du présent jugement. Mme A a d'ailleurs demandé par courrier du 13 octobre 2021 au président du conseil départemental des Yvelines de lui accorder la protection fonctionnelle en raison de faits de harcèlement moral dont elle accuse le médecin chef de service. Il apparaît ainsi que le président du conseil départemental des Yvelines était dans l'impossibilité de maintenir ces deux effectifs dans le même service sans porter atteinte à son bon fonctionnement. Dans ces conditions la décision de ne pas réaffecter Mme A dans son service d'origine, toujours dirigé par le même médecin en qualité de chef de service à la date de la décision contestée, apparaît motivée par des considérations tirées de l'intérêt du service et non par une volonté de sanctionner l'agent à raison des faits commis le 6 juillet 2020, sur lesquels le conseil de discipline s'est par ailleurs prononcé le 15 février 2022. D'autre part, cette décision de maintien en sureffectif, qui n'a entrainé aucune perte de revenu pour la requérante, a été strictement limitée au temps nécessaire pour identifier un poste adapté à la situation professionnelle, personnelle et médicale de la requérante, cette dernière ayant pu effectivement reprendre sur un poste adapté au sein du service de protection maternelle et infantile d'Achères, proche de celui de Conflans-Sainte-Honorine, à compter du 9 mai 2022, après avoir exécuté la sanction de quinze jours d'exclusion temporaire de fonction prononcée à raison des faits commis le 6 juillet 2020. Ainsi, cette décision n'a, par elle-même, pas porté atteinte à la situation professionnelle de Mme A et cette dernière n'est par suite pas fondée à soutenir qu'elle constituerait une sanction déguisée. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 janvier 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'octroi de la protection fonctionnelle :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.
Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait demandé au président du conseil départemental des Yvelines la communication des motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande de protection fonctionnelle. En conséquence, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Aux termes du I de l'article 11 de la même loi, alors en vigueur : " A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. ". Le IV du même article, alors en vigueur, précise que : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".
7. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. D'une part, les courriels et rapports établis par le médecin chef de service et produits au dossier, en particulier ceux directement adressés à Mme A, rédigés en des termes toujours mesurés, traduisent des relations hiérarchiques normales entre un chef de service et sa subordonnée. Aucun de ces écrits ne fait usage de termes, de demandes, voire de l'emploi d'un ton susceptible de faire présumer l'existence d'agissements répétés de harcèlement moral à l'encontre de la requérante. D'autre part, si le conseil de discipline, statuant sur les faits précédemment évoqués du 6 juillet 2020, a estimé que, dans un " contexte managérial marqué par le caractère flou des consignes délivrées pour l'essentiel par oral " dans le service, il était vraisemblable, au vu du témoignage écrit d'un autre agent du service, au demeurant contradictoire avec ceux des autres agents entendus dans le cadre de l'enquête administrative, que la " pratique de permettre à certaines infirmières d'utiliser des ordonnances pré-remplies par les médecins et de les faire signer en P/O par les infirmières à titre de dépannage " était tolérée, contrairement à ce que soutenait le médecin chef de service, cette seule circonstance ne permet pas pour autant de présumer, ainsi que le soutient Mme A, que ce médecin aurait entendu établir un stratagème dans le seul but d'obtenir son départ du service. Enfin, la décision précitée du 18 janvier 2022 ainsi que celle du 31 mai 2021 rejetant la demande de Mme A de requalifier ses arrêts de maladie à compter du 14 septembre 2020 en autorisations spéciales d'absence, ont été prises par le service ressources humaines du département et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le médecin chef de service aurait interféré dans ces prises de décision, à fortiori en vue de nuire à Mme A, et alors que l'illégalité de ces décisions n'est pas établie. En conséquence, les pièces du dossier ne permettent pas de présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral dont serait victime Mme A et cette dernière n'est, par suite, pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder la protection fonctionnelle, le président du conseil départemental des Yvelines aurait méconnu les dispositions précitées au point 6 du présent jugement.
9. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus d'octroi de la protection fonctionnelle doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Yvelines, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A, le versement de la somme demandée par le département des Yvelines en application des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Yvelines en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
B. Maitre
Le président,
Signé
C. Gosselin
Le greffier,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026