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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201259

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201259

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEBUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2201321 du 16 février 2022, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. A enregistrée le 9 février 2022.

Par cette requête enregistrée le 16 février 2022, au tribunal administratif de Versailles, M. A représenté par Me Debut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 de la préfète du Val-de-Marne prononçant le retrait de sa carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur pour une durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de plusieurs vices de procédure ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait l'article L. 3124-11 du code des transports ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, la préfète du Val de Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports ;

- l'arrêté du préfet de police n° 2021-764 du 8 juin 2021 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement de la commission de discipline des conducteurs de voitures de transport avec chauffeur ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 avril 2024 :

- le rapport de Mme Rivet ;

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D A conducteur de voiture de transport avec chauffeur (VTC) depuis 2017, a été interpellé et verbalisé le 5 avril 2021, à l'aéroport d'Orly, au terminal 3, à proximité de la porte 22, par les services de police pour des faits de démarchage d'un client en vue de sa prise en charge sans réservation préalable par un véhicule de transport routier de personnes à titre onéreux. Le 14 décembre 2021, il a été invité à présenter ses observations devant la commission de discipline des conducteurs de voiture de transport avec chauffeur. Par un arrêté du 20 janvier 2022, notifié le 24 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a, sur la proposition de la commission de discipline des conducteurs de VTC qui s'est réunie le 14 décembre 2021, procédé au retrait de sa carte professionnelle de conducteur de VTC pour une durée de 45 jours ferme. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction. ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté en litige rappelle les éléments de faits, vise les dispositions du code de transport dont il est fait application et notamment l'article L. 3124-11 du code des transports, le procès-verbal du 5 avril 2021, la convocation à se présenter devant la commission de discipline des conducteurs de voiture de transport avec chauffeur du 20 novembre 2021 et mentionne que cette commission a donné son avis ainsi que les faits reprochés de façon détaillée. Cet arrêté comporte donc l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Dès lors, et alors même que le sens de l'avis de la commission n'est pas indiqué, l'arrêté n'est pas insuffisamment motivé. Le moyen sera écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du préfet de police n° 2021-764 du 8 juin 2021 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement de la commission de discipline des conducteurs de voitures de transport avec chauffeur : " La convocation du conducteur de voitures de transport avec chauffeur concerné doit indiquer qu'il a le droit d'obtenir communication des pièces à l'origine de la procédure engagée, ainsi que la possibilité de se faire assister d'un défenseur de son choix. " Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le conducteur de voitures de transport avec chauffeur concerné peut présenter, devant la commission de discipline, des observations écrites ou orales et citer des témoins. " Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " Avant son audition par la commission de discipline, le conducteur convoqué justifie de sa qualité en déposant sa carte professionnelle de conducteur de voitures de transport avec chauffeur. Lorsque la commission de discipline examine l'affaire au fond, le président porte, en début de séance, à la connaissance des autres membres de la commission, les pièces à l'origine de la convocation du conducteur de voitures de transport avec chauffeur et rappelle les faits qui lui sont reprochés. Les observations écrites éventuellement présentées par le conducteur de voitures de transport avec chauffeur sont lues en séance. "

5. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction constatée le 5 avril 2021 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal de contravention, signé par M. A et qui lui a été communiqué par le courrier du 20 novembre 2021 par lettre recommandée avec accusé réception. Par le même courrier, le préfet l'a convoqué devant la commission de discipline des conducteurs de voitures de transport avec chauffeur à laquelle le requérant s' est rendu et y a été entendu. Il s'ensuit, que contrairement à ce que soutient le requérant, il a eu connaissance du procès-verbal avant son audition devant la commission de discipline le 14 décembre 2021 et a été en mesure de présenter des observations sur les faits qui lui étaient reprochés conformément à l'article 5 de l'arrêté du préfet de police n° 2021-764 du 8 juin 2021 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement de la commission de discipline des conducteurs de voitures de transport avec chauffeur. Le moyen tiré du non-respect du contradictoire doit être écarté.

6. En troisième lieu, la circonstance qu'il a dû remettre sa carte professionnelle, comme le prévoit l'article 7 de l'arrêté du 8 juin 2021 avant la notification de la sanction prononcée le 27 janvier 2022 n'est pas de nature à entacher la régularité de la procédure. Le moyen sera écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 429 du code de procédure pénale : " Tout procès-verbal ou rapport n'a de valeur probante que s'il est régulier en la forme, si son auteur a agi dans l'exercice de ses fonctions et a rapporté sur une matière de sa compétence ce qu'il a vu, entendu ou constaté personnellement. "

8. Le procès-verbal du 5 avril 2021 constitue un acte de procédure pénale dont la régularité ne saurait être appréciée que devant les tribunaux de l'ordre judiciaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de son irrégularité est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il n'aurait pas abordé une voyageuse à l'aéroport d'Orly et qu'il ne lui aurait pas davantage proposé de la transporter, et ceci d'autant plus qu'il ne travaillait pas ce jour-là et était sur place pour modifier son billet d'avion. Toutefois, s'il ressort du procès-verbal de contravention du 5 avril 2021 que le requérant n'a pas reconnu l'infraction qui lui était reprochée de démarchage d'un client en vue de sa prise en charge sur une voie ouverte à la circulation publique, sans réservation préalable d'un véhicule de transport routier de personnes à titre onéreux, il a toutefois reconnu avoir indiqué à une voyageuse qu'il était chauffeur Uber. De plus, le contrôle du requérant a été effectué après que la voyageuse a confirmé à l'agent de police que M. A lui avait proposé de la prendre en charge afin de la transporter. Ensuite, il ressort du procès-verbal de la commission de discipline du 14 décembre 2021, que cette commission, après audition du requérant, a retenu les infractions suivantes : " arrêt ou stationnement sur la voie ouverte à la circulation publique en quête de clients " et " démarchage d'un client en vue de sa prise en charge sans réservation préalable ". Il est également constant que le requérant s'est garé sur le parking professionnel dans la zone d'attente des véhicules des chauffeurs de VTC disposant d'une réservation et non sur un parking dédié aux usagers de l'aéroport. Ainsi, à supposer établi qu'il se soit rendu à l'aéroport pour modifier son billet d'avion, cette circonstance ne fait pas obstacle à la commission des faits reprochés. Enfin, les attestations établies par son épouse et par M. C, pour les besoins de la cause, ne permettent pas de remettre en cause le démarchage effectué par le requérant envers une voyageuse. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 3120-2 du code des transports : " I.- Les véhicules qui effectuent les prestations mentionnées à l'article L. 3120-1 ne peuvent pas être loués à la place, sauf s'ils font l'objet d'une réservation préalable dans les conditions définies par un décret en Conseil d'Etat. II.-A moins de justifier de l'autorisation de stationnement mentionnée à l'article L. 3121-1, le conducteur d'un véhicule mentionné au I du présent article ne peut :1° Prendre en charge un client sur la voie ouverte à la circulation publique, sauf s'il justifie d'une réservation préalable ; 2° S'arrêter, stationner ou circuler sur la voie ouverte à la circulation publique en quête de clients ; 3° Stationner sur la voie ouverte à la circulation publique, à l'abord des gares et des aérogares ou, le cas échéant, dans l'enceinte de celles-ci, au-delà d'une durée, fixée par décret, précédant la prise en charge du client qui a effectué une réservation préalable. III.- Sont interdits aux personnes réalisant des prestations mentionnées à l'article L. 3120-1 et aux intermédiaires auxquels elles ont recours, notamment les centrales de réservation au sens de l'article L. 3142-1 : 1° Le fait d'informer un client, avant la réservation mentionnée au 1° du II du présent article, quel que soit le moyen utilisé, à la fois de la localisation et de la disponibilité d'un véhicule mentionné au I quand il est situé sur la voie ouverte à la circulation publique sans que son propriétaire ou son exploitant soit titulaire d'une autorisation de stationnement mentionnée à l'article L. 3121-1 ; 2° Le démarchage d'un client en vue de sa prise en charge dans les conditions mentionnées au 1° du II du présent article ; 3° Le fait de proposer à la vente ou de promouvoir une offre de prise en charge effectuée dans les conditions mentionnées au même 1°. "

11. Aux termes de l'article L. 3124-11 du code des transports : " En cas de violation de la réglementation applicable à la profession par le conducteur d'un véhicule de transport public particulier de personnes, l'autorité administrative peut lui donner un avertissement ou procéder au retrait temporaire ou définitif de sa carte professionnelle ".

12. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué s'est fondé sur l'avis de la commission de discipline ainsi que sur le procès-verbal de contravention du 5 avril 2021 qui reconnaissent les infractions suivantes : " arrêt ou stationnement sur la voie ouverte à la circulation publique en quête de clients " et " démarchage d'un client en vue de sa prise en charge sur une voie ouverte à la circulation publique, sans réservation préalable d'un véhicule de transport routier de personnes à titre onéreux " qui sont mentionnées à l'article L. 3120-2 du code des transports. Ainsi, en décidant du retrait de la carte professionnelle de conducteur de VTC du requérant pour une durée de 45 jours en application des dispositions de l'article

L. 3124-11 du code des transports, la préfète du Val de Marne n'a pas méconnu ces dispositions.

13. En troisième lieu, la sanction de retrait d'une durée de 45 jours qui demeure temporaire et ne prive pas de manière définitive le requérant de son activité professionnelle de conducteur de VTC n'est pas disproportionnée au regard des infractions commises. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la sanction prononcée doit être écarté.

14. En dernier lieu, en se bornant à indiquer avoir fait l'objet d'une discrimination du fait de sa couleur de peau, sans assortir ses déclarations d'éléments plus précis et factuels, le requérant ne peut être regardé comme présentant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une discrimination opérée à son encontre. Par suite, le détournement de pouvoir n'est pas établi et le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2022 de la préfète du Val-de-Marne prononçant le retrait de sa carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la préfecture du Val de Marne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et à la préfète du Val de Marne.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la préfète du Val de Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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