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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201273

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201273

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELACHARLERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2022 et un mémoire enregistré le 15 mars 2024, M. A B, représenté par Me Delacharlerie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne, d'une part, lui a ordonné de se dessaisir des armes, munitions et éléments d'armes de toute catégorie en sa possession, dans le délai de trois mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA), et d'autre part, a invalidé son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre au préfet de le radier du FINIADA ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure et méconnaît l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure et l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, le préfet s'étant borné à prendre en considération les mentions figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), et les procureurs de la République compétents n'ayant pas été saisis aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires avant la décision défavorable ;

- ce vice l'a privé d'une garantie, les parquets concernés n'ayant pu préciser le classement sans suite de l'ensemble des faits retenus par la préfecture, à l'exception de la condamnation de 2005 pour outrage ;

- l'arrêté a été pris sur le fondement d'informations constituant une ingérence disproportionnée dans sa vie privée puisqu'à la date de consultation du TAJ le maintien de ces informations n'était plus justifié par des motifs de sécurité publique, de défense des libertés et de prévention des infractions pénales, et méconnaît par suite les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- l'arrêté a été pris au terme d'une appréciation erronée de son comportement, dès lors qu'il ne constitue pas un danger pour l'ordre public ou les personnes, un seul fait pouvant être regardé comme matériellement établi.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 février 2024 et 3 avril 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir, d'une part, que celle-ci est irrecevable faute de comporter l'exposé de faits et moyens précis, d'autre part, que le moyen tiré du vice de procédure est irrecevable car il a été présenté tardivement, enfin, que le moyen d'erreur d'appréciation doit être écarté.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 avril 2024 par une ordonnance du 4 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathou,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delacharlerie, représentant M. B.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 12 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne, d'une part, lui a ordonné de se dessaisir des armes, munitions et éléments d'armes de toute catégorie en sa possession, dans le délai de trois mois à compter de sa notification, d'autre part, lui a interdit d'en acquérir ou d'en détenir, a enregistré cette interdiction dans le FINIADA, et, enfin, a invalidé son permis de chasser.

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du même code dans sa version applicable : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. " Aux termes de l'article L. 312-13 du même code, dans sa version applicable : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. / Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes, de munitions et de leurs éléments. / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes. "

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dans sa version résultant du décret du 10 juin 2015 : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; . / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () " Aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " Les décisions administratives () d'autorisation () prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant () l'utilisation de matériels ou produits présentant un caractère dangereux, peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques () intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () ; 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ". Aux termes de l'article 26 de la loi du 6 janvier 1978 dans sa rédaction à laquelle renvoie l'article R. 312-67 précité : " I. - Sont autorisés () les traitements de données à caractère personnel mis en œuvre pour le compte de l'Etat () qui ont pour objet la prévention, la recherche, la constatation ou la poursuite des infractions pénales ou l'exécution des condamnations pénales ou des mesures de sûreté ".

4. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre sa décision, le préfet s'est fondé, non pas seulement sur la mise en cause de l'intéressé dans de très nombreux faits mentionnés dans le TAJ, mais également sur un rapport administratif établi par la direction centrale de la sécurité publique de la police nationale, sur la base d'une enquête diligentée par les services de la police nationale d'Evry-Corbeil le 10 mai 2021, un avis défavorable ayant été émis par les forces de l'ordre. Cette enquête confirme la consultation du TAJ par un agent des services de la police nationale, et non par un agent investi de missions de police administrative. Par suite, les dispositions précitées du 5° de l'article 40-29 du code de procédure pénale n'étaient pas applicables, et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux ne révèle aucun défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait irrégulièrement pris connaissance d'informations figurant au TAJ. Par suite il n'est pas davantage fondé à soutenir que cette consultation aurait méconnu son droit au respect de la vie privée garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, pour justifier sa décision de dessaisir M. B de ses armes, notamment de son fusil à pompe et de lui interdire d'en acquérir ou d'en détenir, le préfet de l'Essonne a relevé qu'il ressort de la consultation du TAJ par les services de police que l'intéressé a été mis en cause pour dix-huit faits, commis entre le 15 novembre 2000 et le 2 juillet 2017, notamment outrage à une personne chargée d'une mission de service public, fait pour lequel l'intéressé à été condamné par le tribunal correctionnel de Dijon le 9 juin 2005, mais aussi, plus récemment, usage de stupéfiants, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, menace de mort, viol. Si certains faits sont anciens, et si le requérant, qui est aujourd'hui inséré dans la société, n'a pas été condamné pour la majorité des faits dans lesquels il a été mis en cause, ces mises en cause présentent un caractère récurrent, et pour certaines, correspondent à des faits très graves. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Mathou, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Mathou

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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