vendredi 15 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2201388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAZZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février 2022 et le 21 octobre 2023, Mme C D, représentée par Me Mazza, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne a rejeté sa demande tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle et a refusé de lui communiquer le dispositif de signalement mis en place au titre de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 ;
2°) d'enjoindre au département de l'Essonne de mettre en œuvre la protection fonctionnelle en assortissant cette injonction de mesures d'exécution, à savoir la prise en charge intégrale des frais et honoraires de justice des contentieux administratifs en cours, y compris les frais acquittés antérieurement à la décision à intervenir, le retrait de son dossier administratif de tout élément concernant la situation de harcèlement moral dénoncée et la réparation intégrale du préjudice subi ;
3°) de condamner le département de l'Essonne à lui verser une somme de 10 000 euros au titre du préjudice subi des suites de l'illégalité de la décision contestée ;
4°) de condamner le département de l'Essonne à lui verser une somme de 4 000 euros hors taxes (HT) au titre des frais et honoraires de procédure qu'elle a été amenée à débourser ;
5°) de mettre à la charge du département de l'Essonne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de la décision du 22 décembre 2021 ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ; la délégation produite par le département en défense est générale et imprécise ;
- cette décision n'est pas motivée en tant qu'elle rejette la demande indemnitaire et la demande de protection fonctionnelle ; elle se borne à lui opposer l'absence d'éléments de fait susceptibles d'établir une situation de harcèlement moral alors même que le département n'a pas mis en œuvre le dispositif de signalement qui lui aurait permis de recueillir ces éléments ;
- le refus de protection fonctionnelle est entaché d'erreur de droit dès lors que l'administration s'est prononcée sans attendre de recevoir les éléments dans le cadre du dispositif de signalement dont elle a demandé la communication ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle est victime d'une situation de harcèlement moral, notamment de la part du gestionnaire du collège dans lequel elle exerce, depuis que son poste a dû être aménagé en 2017 en raison de son état de santé, dans un contexte professionnel très compliqué avec un sous-effectif chronique et un manque de moyens ;
- le refus de mettre en œuvre le dispositif de signalement est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 ;
- la responsabilité du département de l'Essonne doit être engagée à raison du refus de mise en œuvre de la protection fonctionnelle compte tenu du harcèlement moral dont elle a été victime ; le département devra être condamné à verser à ce titre la somme de 4 000 euros HT à parfaire au titre des frais de procédure ;
- la responsabilité du département de l'Essonne doit également être engagée au titre du manquement à son obligation de protection dès lors qu'il n'a pris aucune mesure pour la protéger ni pris en compte aucune de ses alertes concernant les dysfonctionnements du service et plus particulièrement les sous-effectifs chroniques et les absences régulières de certains agents ; elle a dû pallier ces absences en faisant, seule, le travail de plusieurs agents ; l'inaction de l'administration lui a causé un préjudice de santé et de carrière, qui doit être indemnisé à hauteur de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 août 2022 et le 27 décembre 2023, le département de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 2 mai 2024, la clôture de l'instruction est intervenue en dernier lieu le 3 juin 2024.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le 2 mai 2024 que le jugement à intervenir était susceptible de s'appuyer sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 en tant qu'elle porte refus de transmission du dispositif de signalement prévu par l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983, une telle décision étant inexistante dès lors que le département de l'Essonne a transmis à Mme D l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le président du conseil départemental de l'Essonne a mis en place un dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A, représentant le département de l'Essonne ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est fonctionnaire titulaire, adjointe technique de 1ère classe des établissements d'enseignement, affectée au poste de cheffe de cuisine au sein du service de restauration scolaire du collège Louis Pasteur E. Par un courrier réceptionné le 25 aout 2021, elle a demandé au département de l'Essonne, par l'intermédiaire de son conseil, de lui transmettre le dispositif de signalement que la collectivité a mis en place au titre du décret n°2020-256 du 13 mars 2020 et de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle. Cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite et par courrier du 17 novembre 2021, la requérante a demandé la communication des motifs de la décision ainsi que l'indemnisation des préjudices subis. Par une décision notifiée le 22 décembre 2021, le département de l'Essonne a, d'une part, transmis à la requérante l'arrêté du 2 avril 2021 relatif au dispositif de signalement, et d'autre part, rejeté expressément sa demande de protection fonctionnelle ainsi que sa demande indemnitaire. Mme D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision ainsi que de condamner le département de l'Essonne à l'indemniser des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par son courrier du 22 décembre 2021, le département de l'Essonne a transmis à Mme D l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le président du conseil départemental de l'Essonne a mis en place un dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes et ainsi accédé à la demande de la requérante formulée le 21 août 2021. Par suite, Mme D n'est pas recevable à demander l'annulation de cette décision en tant qu'elle porterait refus de transmission du dispositif de signalement prévu par l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, une telle décision étant inexistante.
3. En deuxième lieu, Mme D, qui a présenté des conclusions de plein contentieux tendant à la réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la protection fonctionnelle, de la situation de harcèlement moral vécue et du manquement du département de l'Essonne à son obligation de protection de ses agents, ne peut utilement demander l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 en tant qu'elle rejette sa demande indemnitaire, une telle demande ayant pour seul objet de lier le contentieux.
4. En troisième lieu, par un arrêté n°2021-ARR-DGS-0612 du 1er juillet 2021, régulièrement publié au bulletin officiel du département de l'Essonne, le président du conseil départemental de l'Essonne a délégué à M. B, directeur général des services, le soin de signer notamment tout acte de gestion du personnel à l'exception des arrêtés nommant ou mettant fin aux fonctions des directeurs généraux adjoints. Par suite, M. B, signataire de la décision attaquée était compétent pour signer la décision refusant à Mme D le bénéfice de la protection fonctionnelle et ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.
5. En quatrième lieu, le respect des procédures prévues par les dispositions du premier alinéa de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 susmentionnée et des articles 1er et 5 du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique ne constitue pas un préalable obligatoire à l'instruction par l'autorité administrative d'une demande de protection fonctionnelle et à sa décision sur une telle demande. Alors qu'il lui appartenait nécessairement, en réponse à la demande de communication des motifs formée par la requérante le 17 novembre 2021, d'expliquer les raisons pour lesquelles il avait implicitement rejeté sa demande de protection fonctionnelle, sauf à entacher sa décision d'un défaut de motivation, le président du conseil départemental de l'Essonne a présenté, dans sa décision du 22 décembre 2021 les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour prendre sa décision. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée ou entachée d'une erreur de droit faute pour le département de l'Essonne d'avoir attendu de recevoir son signalement avant de rejeter sa demande en s'appuyant sur l'absence d'éléments de fait susceptibles d'établir une situation de harcèlement moral.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
7. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, des faits qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits d'un agent et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 29 septembre 2017, un technicien du service restauration du département de l'Essonne a effectué une visite de contrôle des cuisines du collège Louis Pasteur E et rédigé un rapport pointant de nombreux manquements, notamment relatifs à l'hygiène, et sollicité un recadrage de la requérante, en sa qualité de cheffe de cuisine. Si, ainsi que le fait valoir Mme D, cette visite a eu lieu alors qu'elle se trouvait en congé de maladie, il ressort des pièces du dossier d'une part que certains dysfonctionnements avaient déjà été relevés lors d'une précédente visite le 19 mai 2017 en présence de l'intéressée, et n'avaient pas fait l'objet d'une amélioration, notamment s'agissant de la présentation des entrées, produits laitiers et desserts, de la détermination des menus, et de la réalisation d'un planning de production, et d'autre part, que parmi les problématiques d'hygiène identifiées le 29 septembre 2017, certaines relèvent de l'organisation pérenne du service telles que la traçabilité de la production, le stockage des vêtements de travail non protégés, l'utilisation interdite de torchons ou encore le stockage d'éléments interdits en cuisine tels que seaux, cartons ou bacs de ménage. Dans ces circonstances, Mme D ne peut sérieusement soutenir qu'aucun des dysfonctionnements relevés ne lui serait imputable. Par suite, en se bornant à adresser à la requérante un courrier de rappel à ses obligations professionnelles, le département de l'Essonne n'a pas excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique alors même que ce courrier lui a été adressé durant son congé de maladie.
9. D'autre part, si Mme D fait valoir qu'elle a subi, à compter de 2017, des propos et comportements vexatoires de la part de deux adjointes gestionnaires successives, elle se borne à produire à ce titre essentiellement ses propres courriels et plaintes dans lesquels elle dénonce, de manière d'ailleurs peu circonstanciée, le comportement de ces gestionnaires auprès de la cheffe d'établissement et des services du département de l'Essonne. S'agissant de l'entrave alléguée dans l'exercice de ses fonctions, Mme D n'appuie son argumentation que sur un seul courriel du 5 février 2020 dans lequel elle demande à la gestionnaire de ne plus intervenir dans l'élaboration des menus alors que, ainsi que l'indique le département, il découle du II de l'article R. 421-13 du code de l'éducation que les adjoints gestionnaires des collèges ont pour compétence d'organiser " le travail des personnels administratifs et techniques affectés ou mis à disposition de l'établissement " dont fait partie la requérante. Aucune pièce du dossier n'étaye par ailleurs l'argument tiré de ce que les gestionnaires auraient instauré une ambiance de travail malveillante. Par suite, les pièces du dossier ne permettent pas de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral imputable aux adjointes gestionnaires. Ces mêmes pièces ne permettent pas plus de faire présumer l'existence d'une situation de discrimination liée à son âge, que la requérante impute à la cheffe de service des agents des collèges du département de l'Essonne.
10. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une réunion avec les services départementaux en charge des ressources humaines, le 27 février 2020, Mme D a signé un document indiquant son acceptation d'une mutation pour un poste de cheffe de cuisine dans un autre collège du département. Aucune de ces pièces ne vient au soutien de l'argument tiré de ce que son employeur l'aurait forcée à accepter ce changement de poste, alors que le département de l'Essonne fait valoir que cette proposition a été faite, au contraire, pour trouver une solution aux difficultés relationnelles existantes sur son poste actuel et dénoncées par la requérante elle-même. Il est constant par ailleurs qu'à la suite des courriers de la requérante du 25 mars 2020 indiquant son refus d'accepter cette mutation, le département de l'Essonne y a renoncé. Ces éléments ne permettent ainsi pas de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral qui serait caractérisée par une volonté du département de l'évincer de son poste, a fortiori pour des motifs discriminatoires tenant à son âge ou à son état de santé.
11. Il ressort ensuite des pièces du dossier que le département de l'Essonne a engagé en janvier 2021 une procédure disciplinaire à l'encontre de la requérante, l'a suspendue à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du conseil de discipline puis lui a finalement infligé une sanction de trois jours d'exclusion temporaire de fonctions par une décision du 6 juillet 2021. Si Mme D fait état de ces éléments au soutien de son moyen tiré de l'existence d'une situation de harcèlement moral, elle ne développe aucune argumentation étayée de nature à établir que ces décisions excéderaient les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. A cet égard, si elle fait valoir que son employeur l'aurait empêchée de suivre des formations internes durant cette période, une telle interdiction découle nécessairement de la portée d'une décision de suspension de fonctions. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le département de l'Essonne a saisi le conseil de discipline, en vue d'une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans, en motivant sa saisine par de nombreux griefs relevant d'une part de manquements dans la gestion de la cuisine et d'autre part de postures inappropriées de Mme D vis-à-vis de sa hiérarchie ou de ses collègues. Dans son avis du 10 mai 2021, le conseil de discipline a estimé que si certains griefs relevaient de l'insuffisance professionnelle et non de fautes disciplinaires, des manquements fautifs pouvaient être reprochés à Mme D s'agissant des règles d'obéissance hiérarchique et des difficultés importantes dans les relations professionnelles justifiant qu'une sanction d'exclusion de trois jours soit prononcée à son encontre. Il ressort en effet des pièces du dossier qu'outre les manquements professionnels relevés par diverses inspections menées par le département, dont certains caractérisent de la négligence fautive, il peut être reproché à Mme D de ne pas avoir respecté le circuit de demande des heures supplémentaires, d'avoir été volontairement absente le 6 janvier 2021 lors d'une importante inspection des cuisines diligentée par le département alors qu'elle avait été prévenue de cette visite et qu'elle n'avait pas été autorisée à s'absenter, et d'avoir adopté une attitude vindicative à l'égard de plusieurs agents du département, en multipliant les rapports les mettant en cause et en sollicitant des sanctions, y compris à l'encontre d'agents qui n'étaient pas placés sous son autorité. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'engagement de poursuites disciplinaires à l'encontre de la requérante caractériserait des actes susceptibles d'être qualifiés de harcèlement moral.
12. Enfin, à supposer même, ainsi que le soutient Mme D, qu'elle aurait été amenée à travailler dans un contexte professionnel marqué par un sous-effectif chronique et un manque de moyens, cette seule circonstance ne permet pas, à elle seule, de faire présumer des agissements constitutifs de harcèlement moral à son encontre.
13. Il découle de ce qui précède que la situation de harcèlement moral invoquée ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de l'Essonne a pu refuser d'accorder à Mme D le bénéfice de la protection fonctionnelle.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité de cette décision, Mme D n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité pour faute du département à raison de son refus de lui accorder la protection fonctionnelle.
16. En deuxième lieu, il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale.
17. Mme D fait valoir que la responsabilité pour faute du département de l'Essonne doit être engagée sur ce fondement dès lors qu'il n'aurait pris aucune mesure pour la protéger ni pris en compte aucune de ses alertes concernant les dysfonctionnements du service et plus particulièrement les sous-effectifs chroniques et les absences régulières de certains agents. Toutefois, d'une part, la situation de sous-effectif alléguée n'est pas étayée en dehors de quelques courriels de la requérante à sa hiérarchie faisant état d'une telle situation, concentrés sur le 1er semestre 2020, et de deux témoignages peu circonstanciés indiquant que la requérante avait beaucoup de travail et devait pallier les carences de ses collègues. Aucune pièce n'est notamment de nature à éclairer la juridiction sur ce qu'aurait dû être un effectif normal de fonctionnement au regard des missions attendues du service. D'autre part, il résulte de l'instruction que le département de l'Essonne a, à plusieurs reprises, affecté des personnels en renfort pour pallier des absences au sein du service. Par suite, l'existence de la faute invoquée par Mme D n'est pas rapportée. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que cette faute invoquée présenterait un lien direct et certain avec le préjudice de santé invoqué par Mme D, l'existence d'un syndrome dépressif réactionnel majeur n'étant pas suffisamment documenté par la seule production d'une attestation d'un psychothérapeute indiquant qu'elle reçoit la requérante en entretien pour des " souffrances liées à sa situation au travail " et une note d'honoraire pour deux séances de psychothérapie en mars 2020 et alors que Mme D fait état dans sa requête d'autres éléments sans lien avec la situation de sous-effectif invoquée susceptibles d'être en rapport avec la souffrance morale qu'elle invoque, notamment les difficultés relationnelles éprouvées au sein du service. Par suite Mme D n'est, en tout état de cause, pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute du département de l'Essonne à raison d'un manquement à son obligation de protection.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D doivent être rejetées.
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département de l'Essonne, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à verser une somme à Mme D au titre des frais de l'instance. Par suite, les conclusions de la requête à ce titre doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au département de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.
Le rapporteur,
signé
B. Maitre
La présidente,
signé
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026