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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201604

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201604

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantTUENDIMBADI KAPUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, M. A B, représenté par Me Tuendimbadi Kapumba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il souffre de fuites urinaires, de diabète et de tension artérielle ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet, dès lors qu'il est présent en France depuis dix ans et y a exercé une activité professionnelle.- il est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'un défaut de prise en charge médicale l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas recevoir un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Benoit, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 2 août 1967, de nationalité congolaise (République démocratique du Congo), a déclaré être entré en France le 28 mai 2010. Sa demande d'asile a été rejetée le 9 août 2010 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, puis le 5 octobre 2012 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 6 avril 2016, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette obligation. Par un jugement (n° 1603314) du 30 septembre 2016 puis par un arrêt (n° 16VE03171) de la cour administrative d'appel de Versailles du 28 février 2017, le recours pour excès de pouvoir que M. B a formé contre cet arrêté a été rejeté. Un titre de séjour lui a été délivré le 23 juillet 2020 pour la période du 11 juin 2020 au 10 juin 2021. M. B a sollicité le 31 mai 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'avis émis le 9 septembre 2021 par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), aux termes duquel l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale, mais que son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Le requérant se borne à produire aux débats des résultats d'analyses biologiques des 6 novembre 2013, 26 juillet et 13 septembre 2016, un certificat médical du 18 septembre 2015 indiquant que son état de santé nécessite un traitement médical, des ordonnances médicales des 28 septembre 2016 et 13 janvier 2017, un compte-rendu d'endoscopie digestive du 4 avril 2019, un compte-rendu d'hospitalisation du 5 avril 2019, et une lettre du 10 mai 2019 prescrivant un traitement médicamenteux. Toutefois, aucun de ces éléments n'est de nature à contredire l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Si le préfet dispose par ailleurs d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un étranger ne répondant pas à ces conditions, il n'est toutefois pas tenu de procéder à cet examen. Ce n'est que s'il y procède qu'il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne n'a pas examiné la demande de titre de séjour de M. B au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Au demeurant, le requérant n'a produit aux débats, pour l'année 2013, qu'un résultat d'analyses médicales du 6 novembre et une convocation datée du 19 avril à un examen médical prévu le 24 juillet. Pour l'année 2014, il n'a produit qu'un courrier de la caisse primaire d'assurance maladie daté du 14 octobre. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit, dès lors, être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en raison de son état de santé, alors qu'en outre il n'apporte aux débats aucun élément susceptible d'établir que le défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Pour ces motifs, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

8. M. B n'établit pas être personnellement exposé, en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité, à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Au demeurant, la demande d'asile qu'il a présentée en France a été rejetée. Le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Miguel, président,

Mme Rivet, première conseillère,

Mme Benoit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. Benoit

Le président,

Signé

F-X. de Miguel

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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