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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201606

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201606

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantN'DIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février et 13 avril 2022, M. C B, représenté par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

à l'encontre de la décision refusant l'admission au séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il entretient une relation sincère et stable avec une ressortissante française ; qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants français ; qu'il est seul à pouvoir subvenir aux besoins de la famille dès lors que la qualité d'adulte handicapé a été reconnue à sa compagne ;

- le préfet a méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 et de l'article 16 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle ;

à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme, dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration et du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est le père de trois enfants français et qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le décret n° 95-436 du 14 avril 1995 portant publication de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, rapporteure,

- et les observations de Me N'Diaye, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 1er janvier 1983, de nationalité ivoirienne, a déclaré être entré en France au cours de l'année 2005. En 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6°de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande ayant été rejetée par un arrêté du 20 juin 2017 du préfet du Val d'Oise. Par un jugement (n° 1706037) le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté. Par un arrêt (n° 18VE02827) du 18 décembre 2018, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé ce jugement, et a rejeté les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B. Ce dernier a sollicité le 15 juin 2020 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6°de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 décembre 2020, le préfet des Yvelines a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français. Par un jugement (n° 2100023) du 16 mars 2021, ce tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet des Yvelines de réexaminer la situation de M. B. Par un arrêté du 31 janvier 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant l'admission au séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, sa situation familiale en France et dans son pays d'origine, ainsi que le fondement de sa demande de titre de séjour. Il indique, outre les décisions juridictionnelles citées au point 1, que le requérant contribue à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants de nationalité française. Les condamnations pénales dont M. B a fait l'objet sont précisées, notamment en ce qui concerne la nature des infractions réprimées. Il est ajouté que la présence en France du requérant constitue une menace réelle, actuelle et grave pour l'ordre public, que la commission du titre de séjour a émis le 6 juillet 2021 un avis favorable à l'édiction d'un refus de titre de séjour, et que M. B ne peut pas prétendre à la délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". Aux termes de l'article 10 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants ivoiriens doivent posséder un titre de séjour. / (). / Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'Etat d'accueil ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-1 de ce code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; / () ".

4. De l'union de M. B avec Mme A, ressortissante française, sont nés trois enfants de nationalité française les 5 août 2013 et 28 mars 2017. Le requérant a produit aux débats des bulletins de salaire établis par la société R2T BTP pour les mois de mai et octobre à décembre 2015, janvier, février, mars et octobre 2016, août et septembre 2017. Il a également produit des bulletins de salaire établis par la société GLTT23 pour les mois de juin et juillet 2016, des contrats de mission temporaire conclus les 10 février 2015, 29 octobre et 2 novembre 2018, et une attestation relative à un emploi occupé du 15 au 22 mars 2016. Selon contrat à temps partiel et à durée indéterminée conclu le 17 décembre 2019, M. B a été embauché en qualité de manutentionnaire par la société Transports Express Alami. Seuls des bulletins de salaire pour les mois de décembre 2019, et de janvier à juin 2020 figurent au dossier. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant occupait un emploi à la date de l'arrêté attaqué. Si sa compagne bénéficie jusqu'au 30 juin 2023 de la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé, il n'est pas établi qu'elle n'occupait aucun emploi à la date de l'arrêté attaqué. Au titre de sa contribution à l'entretien de ses enfants français, M. B se borne à produire une attestation d'un médecin datée de l'année 2020, une attestation d'une conseillère municipale de la commune de Vauréal du 13 février 2018, ainsi que les justificatifs de deux virements effectués au profit de sa compagne les 28 janvier et 9 mars 2022, soit postérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, il n'est pas établi que seul le requérant pourrait subvenir aux besoins de sa compagne et de ses trois enfants français. Aucune communauté de vie avec Mme A et leurs enfants, et, au demeurant, aucune contribution à l'éducation des enfants ne ressortent des pièces du dossier. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a déclaré que ses deux parents résidaient en Côte d'Ivoire, de même que son quatrième enfant né le 20 octobre 2005. Il ressort par ailleurs du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B qu'il a fait l'objet le 11 mai 2010 d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de 3 ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé commis le 23 mai 2009, le 26 octobre 2010 d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de deux ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé, d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le 7ème jour commis le 3 juillet 2008, le 15 mars 2012 d'une condamnation par la chambre des appels correctionnels de Paris à une peine de 4 ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé, d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le 7ème jour commis les 15 mai et 20 juin 2009, le 10 janvier 2013 d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'emprisonnement d'un an et 8 mois pour des faits de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours commis le 24 août 2007. Le requérant a également été condamné le 14 août 2017 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de 3 mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé commis le 26 novembre 2017, et le 5 janvier 2019 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé commis le 3 janvier 2019. Il n'est pas contesté par le requérant qu'il a personnellement fait l'objet de ces condamnations pénales. Eu égard au caractère récurrent des infractions pénales commises par M. B, à leur nature et à leur gravité, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Yvelines a estimé que sa présence sur le territoire français constituait une menace réelle, actuelle et grave à l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances propres à la vie familiale du requérant, et compte tenu des conditions de son séjour en France, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises, et n'ont ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille (). / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré d'une erreur manifeste qui aurait été commise par le préfet des Yvelines dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

8. La décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'était, par suite, pas assujettie à une obligation de motivation distincte de la décision refusant l'admission au séjour. Pour ce motif, et ceux exposés au point 2, le moyen tiré d'un vice de forme en raison de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père () d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants français dans les conditions prévues par ces dispositions. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

14. La présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, par suite et en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Miguel, président,

Mme Rivet, première conseillère,

Mme Benoit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. Benoit

Le président,

Signé

F-X. de Miguel

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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