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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201609

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201609

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantMENAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. A C B, représenté par Me Ménage, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou à défaut de l'article L. 425-9 du même code ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

à l'encontre de la décision refusant l'admission au séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis émis par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a été émis conformément aux dispositions de l'article 4 de l'arrêté du 9 novembre 2011 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des avis rendus par les agences régionales de santé en application de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme, dès lors que, en méconnaissance des dispositions des articles L. 122-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle, dès lors qu'il n'a pas examiné l'ensemble des fondements de sa demande de titre de séjour ; qu'il a déposé le 22 juillet 2021 une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 426-17 et L. 426-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour de cette nature ; qu'il aurait pu être admis au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il souffre d'un glaucome ; qu'un défaut de prise en charge médicale l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à sa pathologie ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est présent en France depuis 9 ans ; qu'il y a obtenu un diplôme de master et exerce une activité professionnelle depuis 3 ans ; qu'il est intégré dans la société française ; que son épouse a pour projet de le rejoindre en France ;

à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle, dès lors qu'il n'a pas examiné l'ensemble des fondements de sa demande de titre de séjour ; qu'il a déposé le 22 juillet 2021 une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du même code ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme, dès lors que, en méconnaissance des dispositions des articles L. 122-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

à l'encontre de l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français en cas d'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français le priverait de la possibilité de déposer une nouvelle demande de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'article 5 de l'arrêté attaqué, dès lors qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français n'a été édictée, et que le simple rappel des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne caractérise pas l'existence d'une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 2009-585 du 25 mai 2009 autorisant l'approbation de l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal et de son avenant ;

- le décret n° 2009-1073 du 26 août 2009 portant publication de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires, signé à Dakar le 23 septembre 2006, et avenant à cet accord, signé à Dakar le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, rapporteure,

- et les observations de Me Ménage, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, né le 27 septembre 1984, de nationalité sénégalaise, est entré en France le 13 octobre 2013. Il a obtenu la délivrance de titres de séjour portant la mention " étudiant ", puis des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " les 27 mars 2018 et 26 septembre 2020. M. B a sollicité le 22 juillet 2021 le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 janvier 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle expose que M. B ne peut pas se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale, et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Pour ces motifs, et ceux exposés au point 4, la décision est suffisamment motivée et le moyen tiré d'un vice de forme doit être écarté.

4. Par lettre du 5 juillet 2021, le préfet de l'Essonne a confirmé à M. B qu'un rendez-vous lui était fixé le 22 juillet 2021, exclusivement pour le dépôt de la demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si le requérant produit aux débats une lettre datée du 22 juillet 2021 par laquelle il sollicite la délivrance par le préfet de l'Essonne d'une carte de résident, aucune pièce du dossier n'atteste ni de sa réception, ni du dépôt effectif d'une telle demande de titre de séjour. Il ressort en outre du formulaire produit par le requérant à l'appui de sa demande de titre de séjour que celui-ci n'a sollicité que le renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire, et pas la délivrance en sus d'un titre de séjour de nature différente. La décision attaquée expose les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, et indique qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relate la teneur de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, et précise la situation familiale du requérant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier () émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. "

6. Le moyen, tiré d'un vice de procédure qui résulterait de ce qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'OFII a été émis dans des conditions régulières, est dépourvu des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, cet avis du 8 décembre 2021 précise que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Il comporte les nom et prénom, ainsi que la signature, des trois médecins qui l'ont exprimé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle (), de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () ". Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. B n'a pas sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Essonne, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office les conditions d'octroi d'un tel titre de séjour. Il n'a pas non plus examiné d'office les conditions d'octroi d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 et / ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions. Ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

9. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un titre de séjour ne peut être délivré sur ce fondement que si, à la fois, l'état de santé de l'étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

10. Pour prendre la décision attaquée, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'avis émis le 8 décembre 2021 par le collège de médecins de l'OFII, qui indique que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Par une décision du 13 novembre 2018, la maison départementale des personnes handicapées des Yvelines a reconnu à M. B la qualité de travailleur handicapé pour la période du 28 août 2019 au 27 août 2024. Cette décision, qui ne mentionne pas la nature du handicap du requérant, n'est pas de nature à établir qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si la carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention " priorité " lui a été délivrée pour la période du 1er août 2019 au 31 juillet 2024, c'est aux motifs que M. B ne relève pas d'un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 % qui permettrait l'attribution d'une CMI portant la mention " invalidité ", et que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a reconnu que la station debout lui était pénible. L'attribution de cette carte est, dès lors, sans rapport avec la pathologie ophtalmologique dont M. B se prévaut à l'appui de sa demande de titre. Si le compte-rendu de consultation médicale établi le 23 août 2021 et produit à l'appui de la requête indique que M. B a été opéré d'un glaucome au cours de l'année 2010, qu'il souffre de l'amblyopie provoquée par ce glaucome et préconise de continuer une quadrithérapie ainsi qu'un suivi médical, ce document n'établit pas à lui seul le risque de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé du requérant, en l'absence de prise en charge médicale. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les médicaments prescrits à M. B constitueraient les seuls traitements possibles de la pathologie qui affecte ses yeux, que d'autres médicaments disponibles au Sénégal ne produiraient pas le même effet curatif, ni qu'aucun suivi médical n'y serait possible. Dans ces conditions, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 doivent être écartés.

11. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a indiqué que son épouse, ainsi que ses parents et une partie de sa fratrie résident au Sénégal, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. S'il a également indiqué que sa sœur réside en France, il ne justifie pas du caractère indispensable de sa présence à ses côtés. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances propres à la vie familiale du requérant, et nonobstant son effort d'insertion professionnelle, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le titre de séjour.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour. Ce moyen doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la décision refusant l'admission au séjour de M. B n'est entachée d'aucune insuffisance de motivation. La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était pas assujettie à une obligation de motivation distincte de la décision refusant l'admission au séjour. Le moyen tiré d'un vice de forme doit, par suite, être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.

17. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doit être écarté.

18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français en cas d'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. (). / () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ".

22. L'article 5 de l'arrêté attaqué se borne à informer M. B que, s'il se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édictera une interdiction de retour. Aucune interdiction de retour sur le territoire français n'a été édictée à l'encontre du requérant. Ce rappel des dispositions de l'article L. 612-7 ne caractérise pas l'existence d'une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B contre les dispositions de l'article 5 de l'arrêté attaqué doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Miguel, président,

Mme Rivet, première conseillère,

Mme Benoit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. Benoit

Le président,

Signé

F-X. de Miguel

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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