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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201654

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201654

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBAIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février et 4 mai 2022, la société établissement C Père B, représentée par Me Bail demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception daté du 10 mars 2021 d'un montant de 8 500 euros pris en application de la décision de sanction administrative prise le 24 septembre 2020 par E départementale de la protection des populations du département de l'Essonne ;

2°) de la décharger en totalité ou le cas échéant en partie, de l'obligation de payer la somme de 8 500 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre attaqué ne comporte pas la signature de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration;

- la créance est mal fondée dès lors que la décision du 24 septembre 2020 par laquelle E Départementale de la protection des populations de l'Essonne (DDPP), a mis à sa charge une amende administrative d'un montant total de 8 500 euros illégale ;

- la décision du 24 septembre 2020 méconnaît l'article L. 212-1 du CRPA compte tenu de l'absence de signature apposée à la main ;

- elle est potentiellement entachée d'incompétence ;

- le manquement relatif à l'information sur les tarifs exigée par les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 24 janvier 2017 n'est pas constitutif d'une infraction ; en effet, en premier lieu, les demandes de devis sont gratuites de sorte que le consommateur pouvait connaitre les prix en faisant une demande de contact ; en second lieu, elle était de bonne foi car elle ne maitrisait pas le site Internet et l'affichage des prix qui sont maintenant conformes, circonstance qui doit à tout le moins conduire à minorer l'amende en la ramenant à 1000 euros ;

- le manquement aux dispositions de l'article L. 223-2 de code de la consommation n'est pas établi dès lors qu'elle ne pratique aucun démarchage téléphonique au sens de cet article, circonstance qui doit à tout le moins conduire à minorer l'amende ;

- la sanction prononcée sur le fondement des dispositions de l'article R. 616-1 du code de la consommation méconnait le principe du " non bis in idem " dès lors qu'elle a été prononcée pour le même manquement constaté sur des supports différents ;

- elle invoque sa bonne foi et donc son droit à l'erreur en application des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration qui a vocation à s'appliquer en l'espèce, circonstance qui doit à tout le moins conduire à minorer l'amende ;

- le montant total des amendes prononcées est disproportionné au regard de son chiffre d'affaire et de sa bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, E des créances spéciales du Trésor (DCST) conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'il appartient au seul ordonnateur de la créance de défendre sur les moyens relevant du bienfondé du titre attaqué.

Par un mémoire enregistré le 4 avril 2022, E départementale de la protection des populations de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 14 mars 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement n° 2007587 du tribunal administratif de Versailles du 5 juin 2023 ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la consommation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rivet,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Etablissement C Père B (F C), dont le siège social est situé au 67 rue de la papeterie 91100 Corbeil-Essonnes, effectue des prestations de dépannage au domicile des consommateurs, dans les domaines de la plomberie, serrurerie, chauffage, vitrerie. Le 24 septembre 2020, E départementale de la protection des populations de l'Essonne (DDPP) a décidé de lui infliger une amende administrative d'un montant total de 8500 euros en application de l'article L. 522-1 du code de la consommation. En application de cette décision, E des créances spéciales du Trésor (DCST) a émis à l'encontre de la société requérante, un titre de recette daté du 10 mars 2021 en recouvrement de cette somme. Le 22 juillet 2021, la requérante a exercé un recours préalable obligatoire resté sans réponse. Par la présente requête, la société Etablissement C Père B demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire émis le 10 mars 2021 mettant à sa charge la somme de 8 500 euros et de la décharger en partie ou partiellement du paiement de cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge du titre de recette émis le 10 mars 2021 pour un montant de 8 500 euros :

Sur la régularité du titre exécutoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que l'ampliation de la décision contestée ne comporte pas la signature de son auteur est sans incidence sur sa légalité, seul le bordereau du titre de recette devant être signé. Il résulte de l'instruction que l'état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement du titre contesté a été signé par M. A D, attaché d'administration responsable recette, qui avait reçu délégation pour ce faire par un arrêté du 23 septembre 2020 portant délégation de signature de la secrétaire des ministères économiques et financiers régulièrement publié au journal officiel. Dès lors le moyen, tiré de l'absence de signature de l'avis des sommes à payer doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de sanction :

En ce qui concerne les vices propres de la décision du 24 septembre 2020 mettant à la charge de la requérante une amende administrative d'un montant de 8 500 euros.

4. Par un jugement n° 2007587, notifié le 5 juin 2023, non frappé d'appel et devenu définitif, le tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de la société Etablissement C Père B tendant à l'annulation de la décision du 24 septembre 2020 par laquelle la DDPP de l'Essonne l'avait sanctionné d'une amende administrative d'un montant total de 8500 euros pour divers manquements aux règles du code de la consommation.

5. Si le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet ordre de versement, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive, les vices propres, tels que les vices de forme ou de procédure dont serait entachée cette décision, sont sans incidence sur la légalité de l'état exécutoire contesté. Par suite, les moyens tirés de l'absence de signature manuscrite et de la supposée incompétence de l'auteur de la décision du 24 septembre 2020 ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les manquements relevés à l'encontre de la société :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le jugement n° 2007587 précité du 5 juin 2023, les moyens de légalité interne, présentés, par voie d'exception, contre la décision du 24 septembre 2020 par laquelle E Départementale de la protection des populations de l'Essonne (DDPP), a mis à la charge de la société requérante une amende administrative d'un montant total de 8 500 euros doivent être rejetés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du titre de perception daté du 10 mars 2021 d'un montant de 8500 euros pris en application de la décision de sanction administrative du 24 septembre 2020 de E départementale de la protection des populations doivent être rejetées.

Sur le surplus :

8. Par voie de conséquence de ce qui précède, les conclusions afin de décharge du paiement de l'amende et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Société établissement C père B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Etablissement C père B, à E des créances spéciales du Trésor, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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