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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201887

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201887

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantAARPI KCP AVOCATS - KARBOWSKI - CASANOVAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Karbowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2021 par laquelle le centre hospitalier d'Arpajon, l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 13 novembre 2021 jusqu'à justification de l'obligation vaccinale à la Covid 19 ;

2°) d'annuler la décision du 2 décembre 2021 par laquelle le centre hospitalier d'Arpajon a refusé de lui verser le salaire dû pour la période du 15 septembre au 12 novembre 2021;

3°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 28 décembre 2021 du centre des finances publiques de l'Essonne d'un montant de 923, 88 euros ;

4°) d'enjoindre au centre hospitalier de verser les salaires dus du 15 septembre 2021 au 13 novembre 2021 ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Arpajon la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de suspension du 2 décembre 2021 méconnaît l'article R. 4127-36 du code de santé publique ;

- elle méconnaît plusieurs libertés fondamentales comme le droit au respect de la vie privée prévue par le code civil, les articles 7 et 15 de la Charte des droits fondamentaux et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait le règlement européen n° 2021/953 du 14 juin 2021 et les principes d'égalité et de non-discrimination ;

- elle méconnaît l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983

- l'avis à tiers détenteur n'est pas fondé puisque la décision du 7 septembre 2021 a été retirée le 2 décembre 2021 et qu'elle n'a perçu aucun salaire en octobre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le centre hospitalier d'Arpajon, représentée par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions en annulation de la décision du 2 décembre 2021 sont tardives ;

- les conclusions refusant de compléter son salaire entre septembre et novembre 2021 sont irrecevables, fautes de moyens ;

- la saisie administrative à tiers détenteur est fondée ;

- les moyens de légalité à l'encontre de la décision du 2 décembre 2021 ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n°2108352 du juge des référés du 15 novembre 2021 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution et son préambule ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code civil ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- les observations de Me Magnaval pour le centre hospitalier d'Arpajon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, aide-soignante sous contrat de travail à durée indéterminée en poste en unité d'hébergement renforcé au centre hospitalier d'Arpajon a été placée en arrêt maladie du 16 août au 12 novembre 2021. Par une décision du 7 septembre 2021, elle a été suspendue sur le fondement de la loi du 5 août 2021 à compter du 15 septembre 2021 jusqu'a` ce qu'elle satisfasse a` l'obligation de vaccination contre la covid-19 pre´vue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative a` la gestion de la crise sanitaire. Cette décision a toutefois été retirée le 2 décembre 2021. Par ailleurs, parallèlement, le centre des finances publiques de l'Essonne a, par une saisie administrative à tiers détenteur du 28 décembre 2021, sollicité le versement de la somme de

923, 88 euros correspondant à un trop perçu de rémunération pour le mois de septembre 2021 et le centre hospitalier a informé par une deuxième décision du 2 décembre 2021 qu'elle refusait de lui verser les salaires dus pour la période du 15 septembre au 12 novembre 2021. Par une troisième décision du 2 décembre 2021, elle a été suspendue sur le même fondement à compter du 13 novembre 2021, date de son retour au travail, jusqu'a` ce qu'elle satisfasse a` l'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative a` la gestion de la crise sanitaire. La requérante demande au tribunal l'annulation de la décision de suspension du 2 décembre 2021, de celle refusant de lui verser les salaires pour la période du 15 septembre au 12 novembre 2021 ainsi que de la saisie administrative à tiers détenteur du 28 décembre 2021.

Sur la décision de suspension du 2 décembre 2021 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier d'Arpajon a, une première fois le 17 décembre 2021, envoyé par lettre recommandée avec accusé réception la décision contestée et que le pli est revenu pour défaut d'adressage. Il l'a, une seconde fois, envoyée par lettre recommandée avec accusé réception le 30 décembre 2022 qui a été cette fois reçue et l'accusé de réception signé le 31 décembre 2021. Mme B avait donc jusqu'au 1er mars 2022 pour introduire sa requête en annulation. Or, la décision du 2 décembre 2021 mentionnant les délais et les voies de recours ouverts à l'encontre de cette décision et la requête de Mme B n'ayant été enregistrée au greffe du Tribunal de Versailles que le 8 mars 2022, les conclusions en annulation de sa requête dirigées contre cette décision ont été présentées tardivement et ne sont, par suite, pas recevables et doivent être rejetées. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par l'administration.

Sur la décision du 2 décembre 2021 refusant le versement des salaires pour la période du 15 septembre au 12 novembre 2021:

4. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

5. Les conclusions de la requête B à l'encontre de la décision du 2 décembre 2021 refusant de lui verser les salaires pour la période du 15 septembre au 12 novembre 2021 ne contient l'exposé d'aucun fait ni d'aucun moyen. Aucun mémoire motivé n'a été produit dans le délai du recours contentieux. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre cette décision ne sont pas recevables et doivent être rejetées. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par l'administration.

Sur la saisie administrative à tiers détenteur du 28 décembre 2021 :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

7. Mme B conteste le bien-fondé du trop-perçu de rémunération d'un montant de 923,88 euros. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier d'Arpajon lui a entièrement versé son salaire de septembre 2021 fin septembre 2021 puis en a demandé le remboursement en octobre 2021 après édiction de la décision de suspension du 7 septembre 2021 pour la période de 15 au 24 septembre 2021. D'ailleurs, le bulletin d'octobre 2021 laisse apparaître le trop-perçu en cause lequel faute de paiement par l'intéressée a conduit le centre hospitalier à émettre un avis des sommes à payer du même montant et a abouti à la notification de la saisie à tiers détenteur du 28 décembre 2021. Parallèlement, il ressort de l'attestation de paiement des indemnités journalières par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Essonne que cette dernière a versé à Mme B les indemnités journalières pour la période du 25 septembre au 12 novembre 2021 et que pour la période du 15 au 24 septembre 2021, le centre hospitalier d'Arpajon a procédé au versement des indemnités journalières d'un montant de 92,89 euros en régularisant la situation de Mme B par la paie de janvier 2022. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à contester le bien-fondé de la saisie à tiers détenteur du 28 décembre 2021 et à en demander l'annulation. Ses conclusions à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 7, que Mme B pour la période du 15 au 12 novembre 2021 s'est vue verser soit par la CPAM de l'Essonne soit par son employeur par subrogation les indemnités journalières correspondant aux droits de l'intéressée pour la durée de ses arrêts maladie. Dès lors, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à son employeur de lui verser le salaire pour cette même période ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Arpajon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre hospitalier au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier d'Arpajon.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

La Présidente rapporteure,

signé

S. CL'assesseur le plus ancien,

signé

S. Rivet

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201887

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