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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201896

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201896

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2022 et 21 juin 2022, M. C D, représenté par Me Toihiri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de l'Essonne rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse Mme A B ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'admettre son épouse au bénéfice du regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est dépourvue de motivation alors qu'il a saisi le préfet de l'Essonne, avec copie à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'une demande visant à connaître les motifs du rejet de sa demande de regroupement familial ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés. La demande de regroupement familial en faveur de son épouse est toujours en cours de traitement. Sa demande est donc sans objet, dès lors que son dossier est encore en cours d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant malien, né le 30 décembre 1982, a sollicité, le 20 février 2020, que la procédure de regroupement familial soit mise en œuvre au bénéfice de son épouse. Six mois après l'enregistrement de son dossier, une fois complété, aucune décision ne lui ayant été notifiée, M. D a, par courrier du 22 septembre 2021, demandé au préfet qu'il lui communique les motifs du rejet de sa demande. N'ayant pas obtenu de réponse, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de regroupement familial.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Aux termes de l'article R. 421-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Au vu du dossier complet, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4. ". Aux termes de de cet article, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative statue sur la demande [de regroupement familial] dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. " Enfin, l'article R. 421-20 du même code, alors en vigueur, dispose que : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a déposé une demande de regroupement familial pour son épouse dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a accusé réception, dans les conditions prévues par l'article R. 421-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, le 20 février 2020. Toutefois, sept mois après le dépôt de sa demande, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui avait pas délivré d'attestation de dépôt de son dossier, M. D a sollicité de l'Office, le 1er octobre 2020, la délivrance de ladite attestation ou, à défaut que lui soient communiqués les motifs du refus de cette délivrance. Par courrier du 19 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a demandé à M. D de compléter son dossier de demande de regroupement familial, ce que le requérant a fait en adressant à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 2 décembre 2020, l'ensemble des pièces dont la communication lui avait été demandée. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a accusé réception de ce courrier le 28 décembre suivant. Toutefois, ce n'est que par un courrier du 8 juin 2021, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a adressé à M. D, l'attestation de dépôt de son dossier complet et l'a informé qu'il avait été procédé à l'enregistrement de son dossier, le 28 décembre 2020. En application des articles L. 421-4 et R. 421-20 du même code alors en vigueur à cette date, une décision implicite de rejet de sa demande est ainsi née six mois plus tard, le 28 juin 2021. Il s'ensuit que le préfet de l'Essonne ne peut soutenir que la demande de regroupement familial formée par M. D au bénéfice de son épouse serait toujours en cours d'instruction et que les conclusions à fin d'annulation de cette décision seraient donc sans objet.

Sur la recevabilité :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ". Le premier alinéa de l'article L. 112-6 du même code précise que " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation ", et, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Toutefois, le principe de sécurité juridique fait obstacle à ce que le demandeur, lorsqu'il est établi qu'il a eu connaissance de la décision implicite qui lui a été opposée, puisse la contester indéfiniment du seul fait que l'administration ne lui a pas délivré d'accusé de réception de sa demande ou n'a pas porté sur l'accusé de réception les mentions requises. La preuve d'une telle connaissance peut résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui, sauf circonstances particulières, ne saurait excéder un an et court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

5. En l'espèce, l'attestation de dépôt de la demande précitée indique, par renvoi en bas de page, que, dans l'hypothèse où interviendrait un rejet par l'absence de réponse au-delà de six mois à compter du dépôt de la demande, le demandeur " dispose d'un délai de deux mois pour contester cette décision auprès de la préfecture selon les voies de recours habituelles (recours gracieux, hiérarchique ou contentieux) ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D ait reçu, au plus tard à la date à laquelle est intervenue la décision implicite, une information complémentaire sur les voies et délais de recours contre cette décision. Cette mention, qui omet toute précision sur la juridiction devant laquelle pourrait être porté un recours contentieux, sans au demeurant distinguer entre les différentes voies de recours, ne saurait être regardée comme satisfaisant aux prescriptions qu'imposent les dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative. Par suite, en application de ces dispositions, le délai de recours précisé dans l'attestation de dépôt du 8 juin 2021 n'est pas opposable à M. D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a sollicité, par courrier daté du 22 septembre 2021 reçu le 24 septembre suivant, la communication des motifs du refus de sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, né du silence gardé par le préfet de l'Essonne pendant six mois sur la demande qu'il avait présentée le 28 décembre 2020. A défaut d'avoir répondu à cette demande, le préfet de l'Essonne a méconnu l'obligation de motivation qui résulte des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, M. D est fondé à demander, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, l'annulation de cette décision, sa requête n'ayant pas été présentée au-delà d'un délai raisonnable.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Essonne procède à l'examen de la demande de regroupement familial de M. D au bénéfice de son épouse. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de trois mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté la demande de regroupement familial de M. D au bénéfice de son épouse est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder à l'examen de la demande de regroupement familial de M. D au bénéfice de son épouse, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Descours-Gatin, présidente,

M. Fraisseix, premier conseiller,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. KantéLa présidente,

signé

Ch. Descours-Gatin

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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