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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202167

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202167

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantMELIODON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. B A, représenté par Me Meliodon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 du préfet des Yvelines portant retrait de sa carte de séjour temporaire pour la période du 24 septembre 2019 au 23 avril 2020 et de sa carte de séjour pluriannuelle pour la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer ou restituer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou à défaut d'enjoindre aux services préfectoraux de réexaminer sa situation dans le même délai et sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ; le préfet dénature les faits ; il avait produit contrairement à ce qu'il affirme, tous les documents nécessaires à l'instruction de sa demande titre de séjour ; il a produit les preuves de sa présence et du travail en France depuis 2017 ; la circonstance que l'agent administratif ayant instruit sa demande soit poursuivi pour avoir détourné les procédures d'instruction ne justifie pas le retrait des titres de séjour délivrés ; le préfet ne produit aucun élément probant justifiant la fraude allégué et pas davantage la décision de l'agent administratif ayant instruit son dossier ; la fraude alléguée n'est pas avérée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ; elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain, né le 4 février 1981, entré en France le 8 mars 2017, selon ses déclarations, a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire du 24 avril 2019 au 23 avril 2020, renouvelée par une carte de séjour pluriannuelle du 1er juillet 2020 au 30 juin 2024 sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 7 octobre 2021, le préfet des Yvelines a retiré sa carte de séjour et sa carte de séjour pluriannuelle. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne, par ailleurs, que M. A ne remplissait pas les conditions prévues par l'article 3 de cet accord et qu'un faisceau d'indices sérieux et concordants permettait de caractériser une fraude en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les anciennes dispositions de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, () La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration () ". Et aux termes de l'article R. 432-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : () 3° L'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour pluriannuelle cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance ; ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. ".

6. En l'espèce, si M. A, justifie par les pièces qu'il produit, et notamment plusieurs contrats de travail à durée déterminée et indéterminée pour les années 2019 à 2021, des certificats de travail et de nombreux bulletins de salaire de septembre 2018 à septembre 2021, être employé en qualité d'agent de service et agent d'exploitation, pour diverses sociétés, il n'établit ni avoir présenté un visa de long séjour, lors de sa première demande de carte de séjour, ni détenir un contrat de travail visé par les autorités françaises compétentes. En outre, il résulte de l'enquête interne diligentée par le préfet, que l'agent administratif ayant instruit la demande de titre de séjour du requérant a été reconnu coupable et condamné, par le tribunal judiciaire de Versailles, pour avoir détourné les procédures d'instruction prévues afin de délivrer indûment des titres de séjour, notamment celle de l'intéressé. Les délivrances de ces titres se sont ainsi faites sur la base d'adresses fictives et sans que les conditions ne soient remplies. M. A qui, ainsi qu'il vient d'être dit, ne produit ni contrat de travail visé par les autorités compétentes ni visa de long séjour et pour lequel il n'existe aucun dossier (" papier ") de sa demande, n'a au demeurant, pas fait valoir d'observations à la suite du courrier du préfet en date du 12 mai 2021 l'informant du retrait envisagé. Dans ces conditions, il ne pouvait ignorer qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain pour se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. En l'espèce, ni la durée de séjour de l'intéressé, entrée en France en 2017, ni sa situation professionnelle ne constituent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels permettant de régulariser sa situation en qualité de " salarié ". Au titre de la vie privée et familiale, la circonstance qu'il ait établi sa vie en France auprès de son épouse depuis cette date ne l'est pas davantage, cette dernière, ressortissante marocaine tout comme M. A, ayant également fait l'objet d'un retrait de certificat de résident. Au vu de la situation de M. A, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : la requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Descours-Gatin, présidente,

M. Fraisseix, premier conseiller,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. KantéLa présidente,

signé

Ch. Descours-Gatin

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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