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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202168

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202168

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantCHAMPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 mars, 24 juin et 28 août 2022, M. C A, représenté par Me Champain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'État la même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît son droit à être entendu et le caractère contradictoire de la procédure, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside habituellement en France depuis l'âge de 11 ans ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose d'un droit au séjour en application des articles L. 233-1 et L. 234-1 du même code ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'il n'utilise aucun alias ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son éloignement ne présente aucune urgence, que l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit que la réduction du délai de départ volontaire et non le refus d'un tel délai, et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet n'a pas précisé à la date à partir de laquelle elle doit être exécutée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par une ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 novembre 2022.

Le préfet de l'Essonne a produit des pièces, enregistrées le 3 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiquées.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant espagnol né le 3 novembre 2000, déclare être entré en France en 2011 à l'âge de 11 ans. Il a été condamné le 2 décembre 2021 par le tribunal correctionnel d'Evry à la peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiants. Par un arrêté du 24 février 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ". En vertu de l'article L. 253-1 du même code, les dispositions de l'article L. 611-3 de ce code sont applicables aux ressortissants de l'Union européenne.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui soutient être entré sur le territoire français à l'âge de 11 ans et s'y être maintenu depuis, justifie avoir été scolarisé en France depuis la classe de CM2 en 2011-2012, jusqu'à la classe de 3ème en 2016. Il justifie également être inscrit à la Mission intercommunale vers l'emploi de Corbeil-Essonnes depuis le 11 avril 2017, et avoir fait l'objet entre 2016 et 2018 d'une mesure d'aide éducative à domicile. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment des attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales et de l'assurance maladie établies au nom de sa mère pour les années 2013 à 2020, que l'intéressé a été à la charge de cette dernière depuis son arrivée sur le territoire français. Enfin, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué du préfet de l'Essonne, qui n'a pas contesté la durée de présence en France de M. A, que ce dernier a fait l'objet de nombreux signalements pour troubles à l'ordre public au cours de chacune des années de 2016 à 2021. Ainsi, le requérant justifie qu'il réside habituellement en France depuis qu'il a atteint l'âge de onze ans. Par suite, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne a méconnu les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont applicables aux ressortissants de l'Union européenne. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision.

4. L'annulation de la décision du 24 février 2022 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, et lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. L'annulation pour excès de pouvoir d'une décision portant obligation de quitter le territoire français n'implique pas la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Mais à la suite d'une telle annulation, il incombe au préfet, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour.

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le droit au séjour de M. A soit réexaminé. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder au réexamen de son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Champain, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Champain d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 24 février 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de procéder au réexamen de son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Champain renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Champain, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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