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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202213

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202213

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIBILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2022, la société GSP Industriel, représentée par la SELARL Sibille Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 73 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la somme de 5 106 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement, vers leur pays d'origine, des étrangers employés irrégulièrement, ainsi que la décision du 28 février 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 26 novembre 2021 en vue du recouvrement de ces sommes ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que deux des quatre salariés concernés ont présenté une carte d'identité italienne et les deux autres une autorisation de travail sur le territoire français ; le caractère falsifié de ces documents n'est pas établi ; en toute hypothèse il n'est pas établi qu'elle aurait eu connaissance de cette falsification ni qu'elle aurait été en mesure de la déceler.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par courrier du 5 juillet 2024, la société GSP Industriel a été invitée à régulariser, sur le fondement de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, ses conclusions dirigées contre les titres de perception émis en vue du recouvrement des contributions mises à sa charge par l'OFII en produisant la contestation de ces titres de perception, formée devant le comptable chargé du recouvrement, ainsi que le prévoient les articles 117 et 118 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 avril 2021, les services de l'inspection du travail ont effectué un contrôle du chantier où travaillaient des employés de la société GSP Industriel. A la suite de ce contrôle, le directeur général de l'OFII a décidé, le 9 novembre 2021, d'appliquer à la société GSP Industriel la contribution spéciale due à raison de l'emploi irrégulier de quatre travailleurs étrangers, d'un montant de 73 000 euros, et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de ces ressortissants étrangers vers leur pays d'origine, d'un montant de 5 106 euros. Le recours gracieux formé par la société GSP Industriel le 6 janvier 2022 a été rejeté le 28 février 2022. Par sa requête, la société GSP Industriel demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions ainsi que celle des deux titres de perception émis le 26 novembre 2021 en vue du recouvrement de ces contributions.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception :

2. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une opposition à l'exécution en cas de contestation de l'existence de la créance, de son montant ou de son exigibilité ; / () ". Aux termes de l'article 118 du même décret : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : / 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause (). / L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation. Elle statue dans un délai de six mois dans le cas prévu au 1° (). A défaut d'une décision notifiée dans ces délais, la réclamation est considérée comme rejetée ". Aux termes de l'article 119 de ce décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118 ".

3. Invitée à régulariser sa requête par un courrier du 5 juillet 2024, la société GSP Industriel se prévaut d'une lettre en date du 18 janvier 2022 ainsi que d'un courriel en date du 8 mars 2022, adressés à la direction des finances publiques de l'Essonne, par lesquels elle demande de " cesser toute exécution forcée des titres de perception " en suite du recours gracieux qu'elle a formé contre la décision de l'OFII du 9 novembre 2021. Ce courrier, qui tend à la suspension du recouvrement par le comptable public des titres de perception émis le 26 novembre 2021, ne saurait être regardé comme la réclamation préalable obligatoire prévue à l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 cité au point précédent. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas avoir formé, contre les deux titres de perception émis le 26 novembre 2021 en vue d'assurer le recouvrement des contributions mises à sa charge par l'OFII, la contestation prévue par ces dispositions. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ces titres de perception sont irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'OFII :

4. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date des infractions : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ".

5. D'une part, il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.

6. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

7. En premier lieu, s'agissant de M. B C et M. A F, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante se serait acquittée de l'obligation mise à sa charge par les dispositions précitées de l'article L. 5221-8 du code du travail, ni d'ailleurs qu'une autorisation de travail les concernant aurait été fournie à l'employeur. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui appliquant la contribution spéciale due à raison de l'emploi irrégulier de travailleurs étrangers et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de ces deux ressortissants étrangers vers leur pays d'origine, le directeur général de l'OFII a entaché sa décision d'illégalité.

8. En deuxième lieu, si la requérante soutient que M. E lui a présenté une carte d'identité italienne lui donnant droit à travailler sur le territoire français, il résulte toutefois de l'instruction que cette carte d'identité, délivrée par les autorités italiennes, faisait expressément état de la nationalité malienne de l'intéressé et était revêtue de la mention " non valida per l'espatrio ". Dans ces conditions, en l'absence de document justifiant de la qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'était pas exigée, il incombait à la société GSP Industriel de procéder auprès de l'administration compétente aux vérifications requises par l'article L. 5221-8 du code du travail. Alors que la requérante ne justifie pas ni même n'allègue s'être acquittée de cette obligation, celle-ci n'est, par suite, pas fondée à soutenir qu'aucune sanction ne pouvait lui être infligée à raison de l'embauche de ce salarié.

9. En troisième lieu, s'il résulte du procès-verbal d'infraction établi le 19 avril 2021 que M. D était titulaire d'une carte d'identité italienne, dont le caractère frauduleux n'a été établi qu'après analyse de l'agent de la DRIEETS référent en matière de fraude documentaire, il ne résulte toutefois pas de l'instruction et n'est pas soutenu que la société GSP Industriel aurait demandé à son salarié de lui présenter l'original de cette carte d'identité lors de l'embauche. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en retenant qu'elle avait méconnu l'article L. 8251-1 du code du travail et mis à sa charge, à ce titre, la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, le directeur général de l'OFII a entaché sa décision d'illégalité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du directeur général de l'OFII du 9 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société GSP Industriel est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société GSP Industriel et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration,

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la préfète de l'Essonne et au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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