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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202311

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202311

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantANDRIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre enregistrée le 21 juin 2021, Mme B A, représentée par Me Andrieux, a saisi le tribunal d'une demande tendant à l'exécution du jugement n° 1701198 et 1708261 rendu le 3 juin 2019.

Elle soutient que la commune de Brétigny-sur-Orge n'a pas exécuté le jugement du tribunal administratif.

Par une ordonnance du 14 mars 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution de ce jugement.

Par un mémoire, enregistré le 9 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Andrieux, demande au tribunal de :

1°) condamner la commune de Brétigny-sur-Orge à exécuter le jugement précité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à l'exécution complète, à savoir procéder au réexamen de sa situation avec reconstitution de sa carrière ;

2°) mettre à la charge de la commune de Brétigny-sur-Orge le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 1er avril 2022, 3 mai 2022 et 27 mai 2022, la commune de Brétigny-sur-Orge, représentée par Me Caston, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le réexamen de la situation de Mme A présente des difficultés ;

- le processus de reconstitution de la carrière est en cours, mais prend du temps par sa complexité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 1701198 et 1708261 du 3 juin 2019, le tribunal administratif de Versailles a annulé l'arrêté du maire de la commune de Brétigny-sur-Orge en date du 2 mars 2017 plaçant Mme A en disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 8 février 2016, a enjoint à la commune de Brétigny-sur-Orge de procéder au réexamen de la situation de Mme A avec reconstitution de sa carrière dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et a mis à la charge de la commune la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance du 14 mars 2022, la présidente du tribunal a décidé, sur le fondement de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, l'ouverture d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement du 3 juin 2019 devenu définitif.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

3. D'une part, si la commune de Brétigny-sur-Orge se borne à soutenir qu'elle procède actuellement à la réintégration de Mme A, elle ne produit toutefois aucun élément ni document de nature à établir ses allégations. Par ailleurs, par des observations présentées devant la cour administrative d'appel de Versailles dans une affaire enregistrée sous le n° 21VE02550, la commune de Brétigny-sur-Orge fait valoir que Mme A se serait soustraite aux rendez-vous proposés pour permettre au comité médical prévu par le décret n° 87-602 du 3 juillet 1987 de rendre l'avis prévu aux articles 3 à 9 dudit décret, et qu'ainsi elle doit être considérée comme ayant exécuté l'injonction. Toutefois, la cour relève également que la commune de Brétigny-sur-Orge ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Il résulte ainsi de l'instruction qu'à la date de la présente décision, la commune de Brétigny-sur-Orge ne peut être regardée comme ayant procédé au réexamen de la situation de Mme A.

4. D'autre part, en cas d'annulation par le juge de l'excès de pouvoir d'une mesure illégale d'éviction, l'agent doit être regardé comme n'ayant jamais été évincé de son emploi et cette annulation a pour effet de le replacer dans la situation administrative où il se trouvait avant l'intervention de la mesure contestée. Quels que soient les motifs d'annulation de la décision d'éviction, cette reconstitution de carrière, qui revêt un caractère rétroactif, à compter de la date d'effet de l'éviction illégale, comprend la reconstitution de l'ensemble des droits sociaux que l'agent aurait acquis en l'absence de cette éviction illégale et, par suite, le versement par l'administration des cotisations nécessaires à cette reconstitution. Ainsi, sauf à ce que l'agent ait bénéficié d'une indemnité destinée à réparer le préjudice matériel subi incluant les sommes correspondantes, il incombe à l'administration de rétablir l'agent dans ses droits à pension ainsi que dans ses droits à l'assurance maladie et à l'assurance chômage en procédant à la régularisation des cotisations afférentes à la période d'éviction et de prendre à sa charge le versement de la part salariale de ces cotisations, au même titre que de la part patronale.

5. S'agissant de la reconstitution de carrière de la requérante, la commune de Brétigny-sur-Orge produit un projet de plusieurs arrêtés reclassant Mme A au poste ATSEM principal de 2ème classe au 6ème échelon à compter du 1er janvier 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'arrêté du maire de la commune de Brétigny-sur-Orge du 2 mars 2017 plaçant Mme A en disponibilité d'office à compter du 8 février 2016 pour une durée d'un an a été annulé par le jugement n° 1701198 et 1708261 du tribunal administratif de Versailles du 3 juin 2019 au motif qu'elle a été privée de la possibilité d'exercer son droit à reclassement. Ainsi, l'exécution de l'injonction prononcée par le jugement précité implique nécessairement que Mme A soit reclassée à compter du 8 février 2016. En outre, la commune de Brétigny-sur-Orge se prévaut de la complexité de l'opération de reconstitution de carrière de Mme A. À cette fin elle indique avoir saisi le centre interdépartemental de gestion de la Grande Couronne. À supposer même qu'elle ait effectivement saisit ledit centre, elle n'apporte aucune explication sur les difficultés que représente la reconstitution de carrière de la requérante. Dès lors, il ne ressort pas de l'instruction que la commune de Brétigny-sur-Orge aurait effectivement procédé à la reconstitution de la carrière de Mme A.

6. Il suit de là qu'il y a lieu d'enjoindre à la commune de Brétigny-sur-Orge de procéder au réexamen de la situation Mme A et de reconstituer sa carrière en exécution du jugement dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 60 euros par jour de retard.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Brétigny-sur-Orge la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint à la commune de Brétigny-sur-Orge de procéder au réexamen de la situation de Mme A avec reconstitution de sa carrière, dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement et sous astreinte de 60 euros par jour de retard. La commune communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.

Article 2 : La commune de Brétigny-sur-Orge versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Brétigny-sur-Orge.

Copie en sera adressée au ministère public près la cour de discipline budgétaire et financière et au ministre de l'intérieur

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Le Gars, président,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Lutz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le président - rapporteur,

signé

J. CL'assesseure la plus ancienne,

signé

A. Milon

La greffière,

signé

L. Segrétain

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202311

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