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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202348

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202348

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSCOTTI CHRISTOPHE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars 2022 et 15 mars 2023, M. G C et M. B F, représentés par Me Rajess Ramdenie, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le maire de Chevreuse a délivré un permis de construire à M. E D en vue de l'édification d'une maison individuelle, ensemble la décision du 14 janvier 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chevreuse une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UH3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UH4 du règlement du PLU ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UH7 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la commune de Chevreuse, représentée par Me Véronique Piquet, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 25 mai 2022, 24 avril et 22 novembre 2023, M. E D, représenté par Me Sophie Marques, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire au sursis à statuer en application des dispositions de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme, ainsi qu'à la mise à la charge de chacun des requérants de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- la requête est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire distinct, enregistré le 27 juillet 2022, M. E D, représenté par Me Sophie Marques, demande, sur le fondement de l'article L.600-7 du code de l'urbanisme, la condamnation de M. F et M. C à lui verser les sommes de :

- 780 euros par mois au titre du paiement des loyers depuis le 10 décembre 2021 ;

- 160 euros par mois au titre du remboursement à la banque des intérêts du prêt depuis le 10 décembre 2021 ;

- 20 018 euros, à parfaire, au titre du paiement de la hausse du coût de la construction ;

- 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le recours est abusif ;

- il a subi un préjudice.

Par un mémoire enregistré le 15 mars 2023, M. C et M. F concluent au rejet des demandes de M. D, ainsi qu'à la mise à la charge de ce dernier de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur recours ne traduit aucun comportement abusif ;

- M. D ne démontre pas d'existence d'un préjudice excessif ni d'un lien de causalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pasqualin, représentant M. C et M. F, de Me Piquet, représentant la commune de Chevreuse, et de Me Marques, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux permis d'aménager successifs, en date des 25 mars 2019 et 27 février 2020, la commune de Chevreuse a autorisé la création d'un lotissement de trois lots à bâtir, desservis par une nouvelle voie en impasse, sur la parcelle cadastrée AP38 sise 15 route de Choisel. Par arrêté du 15 octobre 2021, le maire de Chevreuse a délivré à M. D un permis de construire visant à la réalisation d'une maison individuelle sur le lot n°4. M. C et M. F, voisins du projet, demandent l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2021, ensemble la décision du 14 janvier 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UH3 du règlement du PLU, dans ses dispositions relatives à l'accès : " Pour être constructible, tout terrain doit présenter un accès automobile sur une voie publique ou privée, répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles à édifier, notamment en ce qui concerne la commodité, la sécurité de la circulation et des accès, l'enlèvement des ordures ménagères ainsi que les moyens d'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la desserte du projet est assurée par la voie privée du lotissement, qui donne accès à la route de Choisel, et se termine en impasse devant l'entrée du terrain d'assiette du projet. Dans le cadre de l'instruction de la demande de permis d'aménager portant sur la création du lotissement, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) a assorti son avis du 29 janvier 2019 d'un certain nombre de prescriptions, auxquelles renvoie l'article 2 de l'arrêté du 25 mars 2019 portant permis d'aménager. Cet avis demandait notamment de conférer à la nouvelle voie d'accès interne les caractéristiques d'une " voie-engins en impasse ", terminée par une aire de manœuvre " suffisamment dimensionnée pour permettre le retournement des engins des services d'incendie et de secours ". Les cotes minimales de l'aire de retournement étaient précisées par un schéma. S'il ressort des différents plans produits au dossier de permis de construire que l'aire de retournement par laquelle se termine la voie interne n'est pas identique en tous points, notamment en termes d'orientation, à ce schéma, le SDIS a toutefois, par un courriel du 17 novembre 2023, confirmé au pétitionnaire qu'elle " permet de répondre aux besoins des services de secours ". Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UH3 du règlement du PLU ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'aménagement de la voie interne étant conforme aux besoins des services de secours, le permis de construire attaqué n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UH4 du règlement du PLU : " () Eaux pluviales / Les dispositifs permettant le stockage et la réutilisation de l'eau à la parcelle sont fortement conseillés. / L'infiltration à la parcelle doit être privilégiée (). / en cas d'impossibilité, les eaux pluviales devront être acheminées après dépollution, vers le réseau public, quand il existe et est suffisant. () / En l'absence de réseau ou en cas de réseau insuffisant, les aménagements nécessaires au libre écoulement des eaux pluviales () sont à la charge exclusive du propriétaire qui doit réaliser les dispositifs adaptés à l'opération et au terrain. () "

7. Les pièces du dossier de demande de permis de construire, qui indiquent notamment la localisation précise de deux puisards de 3 m3 chacun, ainsi que les surfaces réalisées en matériau perméable ou en espaces de pleine terre, et alors que l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme n'exige aucune " note de calcul " relative à la gestion des eaux pluviales dans les demandes de permis de construire, sont suffisantes pour permettre au service instructeur d'examiner la conformité du projet aux dispositions de l'article UH4. Par ailleurs, à supposer même que les deux puisards prévus seraient insuffisants pour assurer l'infiltration des eaux à la parcelle, l'article UH4 prévoit la possibilité de mettre en place des solutions alternatives en pareil cas. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UH6 du règlement du PLU : " 1. Modalités d'application de la règle / les dispositions du présent article s'appliquent aux constructions implantées le long des emprises publiques et des voies ouvertes à la circulation générale, que celles-ci soient de statut public ou privé. / 2. Modalités de calcul : / Le retrait des constructions est mesuré perpendiculairement depuis chaque point de la façade jusqu'à l'alignement actuel ou projeté () ". A termes de l'article UH7 du règlement du PLU : " 1. Modalités d'application de la règle / Les dispositions du présent article régissent l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives du terrain, c'est-à-dire les limites latérales et de fond de terrain qui ne sont pas concernées par l'application de l'article 6. () 2. Règles générales d'implantation () / Implantation par rapport aux limites aboutissant aux voies / sauf dispositions particulières, les constructions doivent être implantées en retrait des limites séparatives avec une distance : / - d'au moins 8 m des limites séparatives, pour les parties de constructions comportant une ou plusieurs ouvertures principales (cf lexique) / - d'au moins 5 m dans le cas contraire. / Implantation par rapport aux limites de fond de propriété / Sauf dispositions particulières, les constructions doivent être implantées en retrait des limites de fond de parcelle ou de fond de propriété avec une distance d'au moins 15 m. " A termes du lexique du règlement du PLU : " Sont considérées comme limites séparatives latérales celles rejoignant l'alignement ou le domaine public, ou pouvant le rejoindre par prolongement fictif sur fond voisin () / Sont considérées comme limite de fond de parcelle ou de fond de propriété, les autres limites et notamment les limites opposées à la limite avec le domaine public ou en contact avec la voie d'accès automobile () ". Enfin, l'alignement est défini dans le même texte de la manière suivante : " Au cas où la voie ne fait pas l'objet d'un acte juridique définissant ses limites (voies publiques ou privées, ouvertes à la circulation publique), l'alignement est défini comme étant la limite matérielle d'emprise de la voie () ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la voie interne desservant le projet, voie dont l'entrée n'est pas clôturée, serait fermée à la circulation du public, en l'absence notamment de tout élément indiquant une telle volonté de la part des copropriétaires. La fraction de la limite nord du terrain, en contact avec cette voie privée, constitue donc l'alignement. Il s'ensuit que la limite nord doit être regardée comme relevant des dispositions de l'article UH6 du règlement du PLU, relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques. Il découle par ailleurs des dispositions citées au point précédent, notamment de celles du lexique du règlement du PLU, que doivent être considérées comme limites latérales au sens de l'article UH7 les limites est et ouest. La limite sud doit être regardée comme une limite de fond de parcelle au sens de ces mêmes dispositions. Or, il ressort du plan de masse que l'implantation de la construction est à plus de 8 mètres de la limite nord comme de la limite ouest. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article UH7 du règlement du PLU.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que M. C et M. F ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2021, ainsi que de la décision du 14 janvier 2022.

Sur les conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

11. A termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire () est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".

12. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment des moyens présentés à l'appui du présent recours, que ce dernier ait été mis en œuvre dans des conditions excédant la défense des intérêts légitimes du requérant, et traduise un comportement abusif de sa part. Les conclusions présentées par M. D au titre des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chevreuse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. C et M. F au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants la somme totale de 2 000 euros, à verser par moitié à la commune de Chevreuse et à M. D au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : M. C et M. F verseront la somme totale de 2 000 (deux mille) euros à la commune de Chevreuse et à M. D au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L.600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à M. F, à la commune de Chevreuse et à M. D.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- M. de Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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