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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202462

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202462

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDE SA PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars et 29 novembre 2022, M. C B, représenté par Me De Sa Pallix demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en cas d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de celle fixant le pays de destination, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me De Sa Pallix en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, ou, en cas de non admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris sans un examen préalable complet de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il a été pris selon une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° et du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît le champ d'application de la loi dès lors qu'entré sur le territoire français à l'âge de cinq ans, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2022 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de M. B qui déclare avoir suivi ses études en France, être le père d'un enfant français et avoir toujours bénéficié de titres de séjour ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant congolais né le 8 novembre 1982, n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour temporaire d'une durée de validité s'achevant le 30 octobre 2019 et s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de celui-ci. Il a été condamné le 22 janvier 2018 par le tribunal correctionnel de Melun à neuf mois d'emprisonnement pour " violation de domicile : introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte et menace de mort réitéré et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et menace de mort réitéré et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence n'ayant entraîné aucune incapacité de travail " et écroué pour cette peine le 16 février 2021 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Par un arrêté du 5 août 2021, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA-181 du 16 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 107 du 19 juillet 2021 de la préfecture de l'Essonne, Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 5 août 2021, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 15 juin 2021, signé par M. B, qu'il a été interrogé par les services de police et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

8. En cinquième lieu, les résultats de la consultation décadactylaire mentionnent l'identité du fonctionnaire ayant consulté le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) ainsi qu'un numéro de consultation, mentions qui font foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas rapportée par le requérant. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" ; () ".

10. M. B se prévaut d'une entrée sur le territoire français en 1987, à l'âge de cinq ans et d'un séjour ininterrompu sur le territoire français à compter de cette date. S'il ressort de la consultation du FAED, versé au dossier par le préfet de l'Essonne, que M. B a fait l'objet d'un signalement en 1998 pour dégradations volontaires, et si le requérant produit une carte de séjour temporaire valable du 31 octobre 2017 au 30 octobre 2018, ces éléments ne permettent pas à eux seuls de justifier ni d'une présence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, ni d'une résidence régulière en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance du champ d'application de la loi doivent être écartés.

11. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci n'est pas fondée sur le risque pour l'ordre public présenté par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et aux termes des dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

13. M. B, qui soutient être entré en France en 1987, sans toutefois en justifier ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, se prévaut de la présence en France de sa mère, de ses frères et de ses sœurs. Il n'établit toutefois ni la réalité ni l'intensité du lien qu'il entretient avec eux en se bornant à produire leurs pièces d'identité et cartes de séjour ainsi qu'une attestation d'hébergement. En outre, si M. B a déclaré être le père un enfant né le 6 octobre 2011, il ne verse aucune pièce probante au dossier permettant d'établir qu'il participe de manière régulière à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Si M. B a produit à l'audience une attestation employeur du 28 novembre 2022 de la Régie des quartiers multiservices de Viry-Grigny mentionnant qu'il avait candidaté pour un poste au sein de cette structure, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B exerçait une activité professionnelle à la date de la décision attaquée. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, M. B a été condamné le 22 janvier 2018 par le tribunal correctionnel de Melun à neuf mois d'emprisonnement pour " violation de domicile : introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte et menace de mort réitéré et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et menace de mort réitéré et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence n'ayant entraîné aucune incapacité de travail " et écroué pour cette peine le 16 février 2021 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a été condamné : le 25 novembre 2016 par le tribunal correctionnel de Bobigny à trois mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, violation de domicile, le 15 février 2013 par le tribunal correctionnel de Paris à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et sous l'empire d'un état alcoolique, le 29 mai 2012 par le tribunal correctionnel de Meaux à un an d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, le 4 juillet 2005 par le tribunal correctionnel d'Evry à six mois d'emprisonnement pour recel, usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, usage de fausses plaques ou de fausses inscriptions apposées sur un véhicule à moteur ou remorque, le 26 janvier 2004 par le tribunal correctionnel de Meaux à deux ans d'emprisonnement dont un an et quatre mois avec sursis pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, le 7 octobre 2003 par le tribunal correctionnel de Meaux à quatre mois d'emprisonnement pour recel, usage de fausses plaques ou de fausses inscriptions apposées sur un véhicule à moteur ou remorque, fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire ; le 29 octobre 2002 par le tribunal correctionnel de Meaux à six mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants, le 7 août 2002 par le tribunal correctionnel de Meaux à trois mois d'emprisonnement pour outrage à une personne chargée d'une mission de service public, rébellion, le 10 juillet 2002 par le tribunal correctionnel de Meaux à deux mois d'emprisonnement pour rébellion et le 6 juillet 2000 par le tribunal correctionnel d'Evry à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

14. En quatrième lieu, eu égard aux circonstances indiquées aux points 10 et 13 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (). ".

16. Il résulte des indications portées dans l'arrêté attaqué que pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur plusieurs motifs de fait et de droit.

17. Au soutien du risque de soustraction, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur le fait que M. B n'a pas présenté de passeport en cours de validité. Il ressort toutefois des pièces versées au dossier par M. B que celui-ci bénéficie d'un passeport, valable jusqu'au 4 septembre 2023, ce dont il avait d'ailleurs informé les services de police lors de son audition du 15 juin 2021. Il s'ensuit que le préfet de l'Essonne, ne pouvait pour ce motif, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et a fait une inexacte application des dispositions précités du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est donc, sur ce point, entachée d'une erreur de fait, ainsi que le soutient à bon droit le requérant.

18. Toutefois, il ressort, d'autre part, des motifs de l'arrêté attaqué que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire repose également sur le risque que M. B se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour sans en avoir demandé le renouvellement. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué que M. B n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour temporaire qui a expiré le 30 octobre 2019 et s'est maintenu sur le territoire depuis lors, ce qui, au demeurant, n'est pas contesté par l'intéressé. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. B se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Ce motif justifie, à lui seul, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif. Dès lors, il y a lieu de neutraliser le motif illégal tenant à l'existence du risque de soustraction fondé sur le 8° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit doivent être écartés.

19. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet de l'Essonne ne s'est pas fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public pour lui refuser un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions qui en constituent le fondement doit être écarté.

21. En deuxième lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 13 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

23. Eu égard aux circonstances indiquées au point 13 du présent jugement, M. B ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires alors qu'il constitue une menace à l'ordre public et qu'il ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national, nonobstant la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le préfet de l'Essonne, en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a entaché sa décision ni d'une erreur de fait ni d'une erreur de droit, n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 5 août 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

M. E La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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