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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202629

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202629

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL HUON SARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 avril 2022, 3 juin 2022 et 3 janvier 2023, la société Sodeports, représentée par Me Sarfati, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner M. B à lui verser, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 26 147,30 euros au titre de redevances majorées d'occupation du domaine public fluvial et de frais d'huissier ;

2°) de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige ;

- elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir devant le juge du référé provision ;

- sa requête est recevable en la forme ;

- M. B est débiteur à son égard d'une créance non sérieusement contestable dès lors que son bateau " Huricain " occupe, sans droit ni titre, un emplacement au sein du port de plaisance fluviale de l'Ilon depuis le 1er avril 2014, faute de s'être acquitté de la redevance due depuis cette date, conformément au contrat de location conclu, et d'en avoir conclu de nouveaux à l'arrivée du terme de ce contrat ;

- elle est ainsi fondée à solliciter le paiement par M. B des redevances d'occupation du domaine public ainsi que la majoration correspondante en application de l'article L. 2125-8 du code général de la propriété des personnes publiques, sommes auxquelles s'ajoutent les frais d'huissiers, soit un total de 26 147,30 euros.

La requête a été communiquée à M. B qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Blanc, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sodeports est titulaire d'un contrat d'affermage portant sur la gestion du port de plaisance fluvial de l'Ilon, conclu avec la commune de Saint-Martin-la-Garenne. Par un contrat, la société Sodeports a autorisé M. B à faire stationner sur un emplacement du Port de l'Ilon son bateau dénommé " Huricain " pour la période allant du 1er avril 2014 au 31 mai 2014, moyennant le paiement une redevance de 232 euros. Par une ordonnance n° 2202626 du 22 avril 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a ordonné à M. B, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'évacuer son bateau du Port de l'Ilon, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par la présente requête, la société Sodeports demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner M. B à lui verser, à titre de provision, la somme de 26 147,30 euros au titre de redevances majorées d'occupation du domaine public fluvial depuis le 1er avril 2014, et de frais d'huissier.

Sur les conclusions à fin de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une

garantie. " Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance sauf lorsque l'occupation ou l'utilisation concerne l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l'usage du domaine public routier. () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. B a été autorisé, par une convention conclue le 1er avril 2014 avec la société Sodeports, à faire stationner son bateau dénommé " Huricain " sur le domaine public fluvial du Port de l'Ilon pendant une durée de deux mois, moyennant le paiement d'une redevance de 232 euros. Il n'est pas contesté que M. B ne s'est jamais acquitté de cette redevance. Par suite, M. B est redevable d'une créance d'un montant non sérieusement contestable de 232 euros, en vertu de la convention conclue pour la période allant du 1er avril 2014 au 31 mai 2014.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2125-8 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sans préjudice de la répression au titre des contraventions de grande voirie, le stationnement sans autorisation d'un bateau, navire, engin flottant ou établissement flottant sur le domaine public fluvial donne lieu au paiement d'une indemnité d'occupation égale à la redevance, majorée de 100 %, qui aurait été due pour un stationnement régulier à l'emplacement considéré ou à un emplacement similaire, sans application d'éventuels abattements ".

6. En l'espèce, en dépit de l'expiration de la convention susvisée qui l'autorisait à occuper le domaine public fluvial jusqu'au 31 mai 2014, il n'est pas contesté que M. B a laissé son bateau stationner sur le port de l'Ilon, sans autorisation, depuis le 1er juin 2014, sans chercher à régulariser sa situation en dépit des propositions que la société requérante lui a adressées en ce sens à de multiples reprises. Il doit, par suite, être regardé comme un occupant sans droit ni titre du domaine public fluvial à compter de cette date. La société Sodeports est, dans ces conditions, fondée à se prévaloir à l'égard de M. B d'une créance non sérieusement contestable correspondant à l'indemnité d'occupation prévue par les dispositions précitées de l'article L. 2125-8 du code général de la propriété des personnes publiques au titre de la période allant du 1er juin 2014 au 31 décembre 2022.

7. Il résulte de l'instruction, et en particulier des factures produites par la société requérante, dont le montant est cohérent avec le montant de la redevance prévue par le contrat initialement conclu avec M. B, que, pour la période allant du 1er juin 2014 au 31 décembre 2022, ce dernier aurait dû s'acquitter d'une redevance d'un montant de 12 989,20 euros pour pouvoir stationner régulièrement sur le domaine public fluvial du Port de l'Ilon. Par suite, compte tenu de la majoration de 100 % prévue à de l'article L. 2125-8 du code général de la propriété des personnes publiques, M. B est redevable à l'égard de la société requérante, en vertu d'une obligation non sérieusement contestable, d'une créance d'un montant total de 25 978,40 euros, correspondant à l'indemnité d'occupation due pour la période allant du 1er juin 2014 au 31 décembre 2022.

8. En troisième lieu, la société requérante justifie avoir engagé des frais d'huissier, dont le montant s'élève à 168,90 euros, pour la signification à M. B d'un courrier de mise en demeure, en date du 19 octobre 2019, en vue du recouvrement d'une partie des sommes en litige. Par suite, l'obligation dont se prévaut la société requérante au titre des frais d'huissier doit être regardée comme non contestable pour un montant de 168,90 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Sodeports est fondée à demander la condamnation de M. B à lui verser une provision d'un montant de 26 147,30 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros, à verser à la société Sodeports, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est condamné à verser à la société Sodeports une somme de 26 147,30 euros à titre de provision.

Article 2 : M. B versera à la société Sodeports une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la société Sodeports.

Fait à Versailles le 17 avril 2023.

Le juge des référés

signé

P. Blanc

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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