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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202669

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202669

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Benoit
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, M. C B, représenté par la SCP Artaud Belfiore Castillon Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 20 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retraits de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, ainsi que la décision implicite par laquelle le recours gracieux qu'il a formé contre cette décision a été rejeté ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points sur son permis de conduire suite aux infractions commises les 22 octobre 2016 (4 points), 26 janvier 2017 (3 points), 1er juillet 2017 (1 point) et 18 novembre 2017 (4 points) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés par ces décisions et son permis de conduire, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points méconnaissent les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ; la décision " 48 SI " doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dès lors que tant le recours gracieux que la requête ont été présentés après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont, en tout état de cause, pas fondés.

Par une ordonnance du 27 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoit, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a fait l'objet de décisions de retrait de points sur son permis de conduire en raison d'infractions commises les 22 octobre 2016, 26 janvier 2017, 1er juillet 2017 et 18 novembre 2017. Par une décision " 48 SI " du 20 août 2020, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié à M. B le dernier retrait de points de son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retraits de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul. Le recours gracieux formé par M. B contre ces décisions a été rejeté par une décision implicite acquise le 31 mars 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision " 48 SI ", les décisions de retrait de points sur son permis de conduire suite aux infractions commises les 22 octobre 2016, 26 janvier 2017, 1er juillet 2017 et 18 novembre 2017, ainsi que la décision du 31 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision " 48 SI " du 20 août 2020 :

2. Il résulte de la combinaison des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de sa notification qui n'est opposable qu'à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification. Pour l'application de ces dispositions, les décisions référencées "48 SI", constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, dont l'administration n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des délais et voies de recours.

3. Le relevé d'information intégral édité le 4 mai 2022 indique que la décision " 48 SI " en litige, datée du 20 août 2020, a été notifiée par pli recommandé avec demande d'avis de réception n° 2C 155 287 6056 5 le 24 août 2020 à M. B. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit aux débats le bordereau postal d'avis de réception d'une lettre recommandée, portant le même numéro, et la copie de l'enveloppe afférente, dont il résulte que ce pli a été présenté le 24 août 2020 et n'a pas été réclamé. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que la décision " 48 SI " en litige n'aurait pas, contrairement au modèle de décision également produit par l'Etat, comporté la mention des voies et délais de recours. Il n'en résulte pas non plus que M. B aurait averti l'administration d'un changement d'adresse. Or, le recours gracieux formé par M. B contre cette décision n'a été reçu que le 31 janvier 2022, soit après l'expiration du délai de recours contentieux qu'il n'a pas eu pour effet de proroger.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 20 août 2020 et de la décision du 31 mars 2023 rejetant le recours gracieux en tant qu'elle concerne cette décision, présentées à l'appui de la présente requête enregistrée le 5 avril 2022, sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les décisions de retrait de points correspondant aux infractions des 22 octobre 2016, 26 janvier 2017, 1er juillet 2017 et 18 novembre 2017 :

5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / (). / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. / () ". Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / () ". Aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 ".

S'agissant des infractions des 22 octobre 2016 et 1er juillet 2017 :

6. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis de contravention qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

7. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral édité le 4 mai 2022 que les infractions des 22 octobre 2016 et 1er juillet 2017 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, respectivement les 26 avril 2017 et 24 octobre 2017, ce qui établit la réalité de ces infractions. En outre, il résulte des attestations de paiement produites en défense que M. B s'est acquitté les 21 septembre 2017 et février 2019 du paiement de ces amendes forfaitaires majorées. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est pas allégué, que les avis de contravention afférents étaient inexacts ou incomplets. Par suite, les moyens tirés, d'une part, d'un vice de procédure, d'autre part, de l'absence de réalité de l'infraction, dirigés contre les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions, doivent être écartés.

S'agissant de l'infraction du 26 janvier 2017 :

8. S'il ressort des mentions du relevé d'information intégral édité le 4 mai 2022 qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majoré a été émis à l'encontre du requérant le 11 août 2017, ce qui établit la réalité de l'infraction commise le 26 janvier 2017, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait procédé au paiement de l'amende forfaitaire ou de l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction. Si le ministre produit en défense le procès-verbal électronique dressé lors du constat de l'infraction, celui-ci ne comporte ni la signature du requérant, ni en tout état de cause l'ensemble des informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, seul le moyen tiré d'un vice de procédure doit être accueilli.

S'agissant de l'infraction du 18 novembre 2017 :

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

10. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral édité le 4 mai 2022 que l'infraction commise le 18 novembre 2017 a été constatée par procès-verbal électronique. Ce procès-verbal a été signé par M. B, ce qui suffit à établir que l'ensemble des informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lui ont été délivrées. Il résulte en outre de ce relevé d'information intégral qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majoré a été émis à l'encontre du requérant le 22 février 2018, ce qui établit la réalité de l'infraction. Par suite, les moyens tirés, d'une part, d'un vice de procédure, d'autre part, de l'absence de réalité de l'infraction, dirigés contre la décision de retrait de points correspondant à cette infraction, doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 26 janvier 2017, et de la décision du 31 mars 2023 rejetant son recours gracieux en tant qu'elle concerne cette décision.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 26 janvier 2017, et de la décision du 31 mars 2023 rejetant son recours gracieux en tant qu'elle concerne cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 26 janvier 2017 implique seulement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer crédite le permis de conduire de M. B des 3 points correspondants, dans la limite de douze points. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer le permis de conduire du requérant des 3 points illégalement retirés suite à l'infraction du 26 janvier 2017, dans la limite de douze points, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

15. La présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées par M. B au titre des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 26 janvier 2017, ainsi que la décision du 31 mars 2023 rejetant le recours gracieux de M. B en tant qu'elle concerne cette décision de retrait de points, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer le permis de conduire de M. B des trois points illégalement retirés dans la limite de douze points, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. A

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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