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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202754

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202754

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL & ALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 7 avril et 8 novembre 2022, la société Longueil invest, représentée par Me Lubac, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le maire de Maisons-Laffitte s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée le 27 juillet 2021, ensemble la décision du 11 février 2022 portant rejet du recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de Maisons-Laffitte de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Maisons-Laffitte une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que les travaux déclarés portent sur la rénovation d'une véranda existante et ne constituent pas une opération de démolition et de reconstruction d'une véranda ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 3.4.1 du règlement de la zone UH du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Maisons-Laffitte, lesquelles ne s'appliquent qu'aux constructions nouvelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la commune de Maisons-Laffitte, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Longueil invest au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bas, substituant Me Lubac, pour la société Longueil invest.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Maisons-Laffitte, par un arrêté du 26 juin 2020, ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée le 16 janvier 2020 par la société Longueil invest en vue notamment de la rénovation d'une véranda située 2 avenue Wagram à Maisons-Laffitte sur la parcelle cadastrée section AR n° 67, classée en zone UH du plan local d'urbanisme (PLU) de cette commune. Par un arrêté du 18 janvier 2021, il ne s'est pas opposé à la deuxième déclaration préalable déposée par la même société le 29 octobre 2020 tendant à la modification de la toiture de cette véranda et à l'ajout d'un soubassement plein en façade Sud-Ouest. Enfin, par un arrêté du 8 novembre 2021, le maire de Maisons-Laffitte s'est opposé à une nouvelle déclaration préalable déposée le 27 juillet 2021 par la société Longueil invest visant notamment à régulariser des travaux non déclarés exécutés sur la véranda, en particulier le remplacement des sept ventaux de la façade Sud-Ouest par trois nouveaux ventaux. La société déclarante a formé le 16 décembre 2021 contre cet arrêté un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 11 février 2022. Elle demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que l'arrêté du 8 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée le 27 juillet 2021 par la société Longueil invest, le maire de Maisons-Laffitte, après avoir estimé que les travaux relatifs à la modification des ventaux de la façade Sud-Ouest de la véranda constituent une opération de démolition et de reconstruction des façades de la véranda et non une rénovation de celles-ci, s'est fondé sur le motif tiré de ce que le projet de reconstruction des façades méconnaît les dispositions des articles 3.4.1 et 3.6.1 du règlement de la zone UH du PLU de Maisons-Laffitte relatifs à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques et par rapport aux autres constructions sur une même propriété.

3. Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un PLU régulièrement approuvé, une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée pour la modification de cette construction, sous réserve de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, que si les travaux envisagés rendent l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues ou s'ils sont étrangers à ces dispositions.

4. L'autorisation d'urbanisme n'ayant d'autre objet que d'autoriser le projet conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'autorité administrative n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

5. Il ressort des pièces du dossier que les travaux faisant l'objet de la déclaration préalable en litige consistent à substituer aux sept ventaux de la façade Sud-Ouest de la véranda trois ventaux supportés par de nouvelles huisseries. Il ne ressort en revanche pas des pièces du dossier que ces travaux impliqueraient la démolition totale de la véranda, en particulier ses poteaux porteurs, qui conserve ses volumes et son couronnement et dont les façades Nord-Ouest et Sud-Est ne sont pas concernées par les travaux faisant l'objet de la déclaration préalable en litige, ni même qu'ils conduiraient à la démolition d'une partie substantielle de cette véranda en la rendant inutilisable. Ainsi, les travaux en cause, dont il ne résulte aucune construction nouvelle, concernent une construction existante et, dès lors qu'ils n'emportent aucune modification de l'implantation de celle-ci, sont étrangers aux dispositions des articles 3.4.1 et 3.6.1 du règlement de la zone UH du PLU de Maisons-Laffitte qui fixent les règles de prospect des constructions par rapport aux voies et emprises publiques et par rapport aux autres constructions sur une même propriété. Il suit de là et des principes rappelés aux points 3 et 4 du présent jugement que le maire de Maisons-Laffitte, qui n'a au demeurant pas relevé d'éléments établissant l'existence d'une fraude, a fait une inexacte application de ces dispositions en s'opposant à la déclaration préalable déposée le 27 juillet 2021 par la société requérante.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Longueil invest est fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen invoqué n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement censure l'ensemble des motifs que le maire de Maisons-Laffitte a énoncés dans l'arrêté attaqué du 8 novembre 2021. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de cet arrêté interdiraient au maire de prendre une décision de non-opposition pour un motif qu'il n'a pas relevé, ou qu'un changement dans les circonstances de fait y ferait obstacle à la date du présent jugement. Il suit de là que l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de Maisons-Laffitte prenne une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux que la société Longueil invest a déposée le 27 juillet 2021. Il y a lieu d'enjoindre au maire de prendre cette décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Longueil invest, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Maisons-Laffitte demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Maisons-Laffitte une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la société Longueil invest et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2021 du maire de Maisons-Laffitte et la décision du 11 février 2022 portant rejet du recours gracieux de la société Longueil invest sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Maisons-Laffitte de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 27 juillet 2021 par la société Longueil invest dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Maisons-Laffitte versera à la société Longueil invest une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Longueil invest et à la commune de Maisons-Laffitte.

Délibéré après l'audience publique du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Connin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

N. Connin

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

5

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