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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202831

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202831

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. A B, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Bulajic, sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure de consultation de la commission du titre de séjour est irrégulière, dès lors qu'il n'a pas eu communication du procès-verbal et qu'il n'est pas établi que cette commission était régulièrement composée ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa demande ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %, par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 7 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Descours-Gatin, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais, né le 16 janvier 1983 à Narowal, déclare être entré en France le 20 avril 2008. Sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 janvier 2009, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 janvier 2010. Il a par la suite sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " le 24 février 2020 au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 octobre 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il fait application, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise, notamment, les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant, mentionne qu'il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de sa situation professionnelle et familiale. Il examine également la situation personnelle de M. B au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas suffisamment examiné la situation personnelle du requérant, en particulier sa situation professionnelle, ni que celui-ci aurait transmis au préfet antérieurement à l'intervention de la décision attaquée d'autres éléments relatifs à son insertion professionnelle. Par ailleurs, il n'appartenait pas au préfet de l'Essonne de solliciter la production de pièces complémentaires, contrairement à ce que soutient le requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. B ne peut qu'être écarté. En outre, il ne ressort pas pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard de l'avis de la commission du titre de séjour.

4. En troisième lieu, Aux termes de l'article L. 432-13 même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Aux termes de l'article L. 432-14 : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci (); / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet (). / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet () ". Aux termes de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".

5. D'une part, il ressort des termes du procès-verbal de la commission du titre de séjour qui a examiné la situation de M. B le 21 juin 2021 que celle-ci était composée conformément aux dispositions précitées de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il est constant que M. B a bien eu connaissance de l'avis de la commission, conformément aux dispositions précitées, alors qu'aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit que le procès-verbal de la commission soit transmis à l'étranger entendu par cette commission. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivi devant la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. En l'espèce, M. B fait valoir qu'il réside en France de manière continue depuis le 20 avril 2008 et qu'il travaille en qualité de peintre depuis le 2 février 2021 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société Renov FF, à la suite d'un contrat similaire avec la société SAS Pro Tech du 2 mars 2020 en qualité d'électricien. Toutefois, la seule circonstance que le requérant justifierait de l'exercice d'une activité professionnelle, au demeurant récente, n'est pas suffisante pour caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour, en l'absence notamment de qualification particulière de M. B dans les domaines précités. En outre, en se bornant à produire des pièces médicales ou administratives, le requérant n'établit aucune insertion sociale ou professionnelle. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne maîtrise pas la langue française malgré la durée alléguée de son séjour, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 9 mars 2010, à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile, à laquelle il s'est soustrait. Enfin, M. B est célibataire et sans charge de famille en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident notamment son père, ses sept frères et sœurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Il est d'ailleurs constant que la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à son admission au séjour. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation ou d'erreur de fait que le préfet de l'Essonne, qui aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur l'ensemble des éléments professionnels précités, a pris l'arrêté contesté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de

l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Descours-Gatin, présidente-rapporteure,

M. Fraisseix, premier conseiller,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

Ch. Descours-GatinL'assesseur le plus ancien,

signé

P. Fraisseix

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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