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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203034

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203034

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantJOURNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2022 et le 24 mai 2022, M. A C, représenté par Me Journeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, il pourrait être reconduit d'office à la frontière à destination du pays dont il a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", dans le délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de dix jours à compter de ladite notification, et sous les mêmes conditions d'astreinte, une autorisation provisoire de séjour et de travail ou un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sur le fondement des articles L. 911-1 et L.911-3 du code de justice administrative ;

3°) A titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " étudiant ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de dix jours à compter de ladite notification, et sous les mêmes conditions d'astreinte, une autorisation provisoire de séjour et de travail ou un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sur le fondement des articles L. 911-1 et L.911-3 du Code de Justice Administrative, ou à défaut de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Journeau, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- il méconnait les stipulations des articles 6-5 et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Journeau, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien, né le 9 novembre 2003, est entré en France le 24 janvier 2019 sous-couvert d'un visa de type C valable du 31 décembre 2018 au 30 décembre 2019. Il a sollicité son admission au séjour dans le cadre des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et du titre III du protocole annexé à cet accord. Par un arrêté du 7 janvier 2022, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Aux termes de la requête susvisée, M. C demande l'annulation des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2021-11-22-00002 du 22 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2021-243 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme D, cheffe du bureau asile à la direction des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise les stipulations de l'accord franco-algérien applicables et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, expose la situation privée et familiale de M. C et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles il ne remplit pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence et doit quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Par suite, l'arrêté du 7 janvier 2022 satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C, notamment en prenant en compte qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité et qu'il bénéficie d'un contrat jeune majeur depuis le 16 décembre 2021 avec une délégation globale éducative au centre éducatif et de formation professionnelle accompagné d'un bilan sur l'évolution de son projet MDPH. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

5. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France () reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

6. Si M. C se prévaut de sa situation personnelle, il n'est pas contesté qu'il ne justifie pas d'un visa de long séjour permettant de se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien

7. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C se prévaut de son entrée en France en 2019 à l'âge de 15 ans, soit depuis trois années, et de ce qu'il souffre de troubles altérant ses relations sociales. Il indique également qu'il bénéficie d'un contrat jeune majeur depuis le 16 décembre 2021 avec une délégation globale éducative au centre éducatif et de formation professionnelle accompagné d'un bilan sur l'évolution de son projet MDPH. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. C est relativement récente et qu'il a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance malgré la présence de certains membres de sa famille et notamment de ses trois frères en situation régulière. La seule circonstance de bénéficier d'une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé, au demeurant postérieure à la date de l'arrêté attaqué, ou de souffrir de troubles altérant ses relations sociales, n'est pas suffisante à établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels ni qu'il y aurait tissé des liens d'une particulière intensité. Il fait valoir que contrairement à ce qu'a retenu le préfet, il a été relaxé des faits de vol en réunion, détention de stupéfiants et violence ayant entraîné une incapacité de travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur la circonstance que le requérant était défavorablement connu des services de police. Enfin, M. C, qui n'établit, ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches en Algérie où résident ses deux parents, est célibataire et sans enfant. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ni, pour les mêmes motifs, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a, par suite, par non plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 ci-dessus, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision portant obligation de quitter le territoire et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Yvelines et à Me Journeau.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Miguel, président,

Mme Rivet, première conseillère,

Mme Benoit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 202La rapporteure,

Signé

S. B

Le président,

Signé

F.X de Miguel La greffière,

Signé

C.Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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