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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203042

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203042

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL & ALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, M. et Mme A et C B, représentés par Me Samandjeu, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) a rejeté leur demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant que celui-ci classe en zone naturelle les parcelles cadastrées section B n°s 0252, 0257, 0258, 0259, 0260 et 0261 situées à Mousseaux-sur-Seine ;

2°) d'enjoindre à la communauté urbaine GPSEO d'abroger le PLUi en tant qu'il classe leurs parcelles en zone naturelle, ce dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine GPSEO une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée ne mentionne pas la qualité de son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le classement des parcelles en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ce classement est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durable ;

- il est incompatible avec le schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF).

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2022, la communauté urbaine GPSEO, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- les observations de Me Samandjeu, représentant M. et Mme B, et celles de Me Peynet, représentant la communauté urbaine GPSEO.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier réceptionné le 24 février 2022, M. et Mme B ont, par l'intermédiaire de leur conseil, demandé au président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de procéder à l'abrogation du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant que celui-ci classe en zone naturelle les parcelles cadastrées section B n°s 0252, 0257, 0258, 0259, 0260 et 0261 situées à Mousseaux-sur-Seine. Ils demandent au tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 18 mars 2022 par laquelle le président de la communauté urbaine a rejeté leur demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

3. La décision attaquée, signée de Mme D, mentionne le nom et le prénom de son auteur, ainsi qu'au niveau de l'en-tête, sa qualité de présidente de la communauté urbaine GPSEO. Le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc, en tout état de cause, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

5. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

6. Il ressort du plan d'aménagement et de développement durable (PADD) composant le PLUi approuvé par la communauté urbaine GPSEO qu'a notamment été affichée la volonté d'optimiser les tissus bâtis existants, pour lutter contre l'étalement urbain et préserver les espaces naturels, en valorisant les espaces de respiration et en privilégiant l'intensification urbaine dans les enveloppes urbaines existantes. Il ressort, par ailleurs, du rapport de présentation du PLUi que la zone naturelle dite " NV " correspond aux " espaces naturels et forestiers peu ou pas bâtis, à forte dominante naturelle ", dont l'objectif est de " préserver la dominante naturelle de ces espaces et les caractéristiques propres, tout en prenant en compte la gestion des constructions existantes, des infrastructures ". Enfin, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige correspondent à des espaces naturels, en partie boisés. Si se trouvent, à proximité, quelques maisons individuelles d'habitation, celles-ci sont éloignées du centre-ville et ne peuvent donc être regardées comme relevant des zones ciblées par l'objectif d'intensification urbaine énoncé par le PADD. Dès lors, le classement en zone " NV " des parcelles en litige ne peut être regardé comme contrariant les orientations et objectifs fixés par le PADD, dont se prévalent les requérants. Ce moyen doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-3 du code de l'urbanisme : " Les schémas de cohérence territoriale et, en l'absence de schéma de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont compatibles avec le schéma directeur de la région d'Ile-de-France. ". Pour apprécier la compatibilité d'un PLU avec le schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

8. Si le SDRIF fixe un objectif de densification des espaces urbanisés et d'ouverture de nouveaux espaces à l'urbanisation, prévoyant notamment des espaces urbanisés à optimiser, lesquels couvrent notamment une partie du territoire de la commune de Mousseaux-sur-Seine, les parcelles en litige se situent en dehors des zones d'urbanisation répertoriées par le SDRIF. Dès lors, le classement en zone NV des parcelles en cause n'est pas de nature à contrarier la réalisation de l'objectif de densification urbaine fixé par le SDRIF, ni, par suite, à rendre le PLUi incompatible avec ce schéma. Ce moyen doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige correspondent à des espaces naturels, en partie boisés. Ces parcelles s'ouvrent en outre sur un espace boisé, qui débouche lui-même sur des terres agricoles et un massif forestier. Eu égard à la configuration des lieux et compte tenu de l'objectif de maitrise de l'urbanisation et de préservation des espaces naturels fixés par le PADD, le classement en zone naturelle des parcelles concernées n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du parti d'urbanisme retenu, alors même que celles-ci sont desservies par des réseaux et comportent une maison individuelle et un court de tennis.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme de 1 800 euros à verser à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par les requérants sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère.

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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