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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203202

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203202

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, la société Ferreira et Fils, représentée par Me Genies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2022 par laquelle le directeur général de l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) a exercé le droit de préemption urbain par délégation de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines sur la parcelle cadastrée section AB 78 située sur le territoire de la commune de Villepreux ;

2°) de mettre à la charge de l'EPFIF la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est vraisemblablement entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est vraisemblablement entachée d'incompétence, sous réserve qu'il soit établi que la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a régulièrement pris une délibération portant délégation à son président d'une partie des attributions du conseil communautaire et autorisation de subdéléguer sa signature, et que l'EPFIF a régulièrement délégué l'exercice du droit de préemption urbain à son directeur général postérieurement à la décision du président de la communauté d'agglomération de déléguer à l'EPFIF l'exercice de ce droit sur la parcelle concernée ;

- elle est entachée de défaut de base légale sauf à ce qu'il soit établi que la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a régulièrement institué le droit de préemption urbain sur son territoire et que le bien préempté se situe intégralement dans la zone de préemption ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière sauf à ce qu'il soit établi que l'avis de la direction de l'immobilier de l'Etat prévu par l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme a été réceptionné préalablement à son édiction et que l'autorité ayant demandé l'avis et celle l'ayant recueilli étaient compétentes à la date à laquelle il y a été procédé ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence d'éléments se rapportant à la nature du projet pour lequel le droit de préemption est exercé ;

- elle a été édictée en méconnaissance du délai de deux mois, prévu par les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ; il n'est pas établi que le préfet l'a effectivement reçue avant le 1er mars 2022 au terme de ce délai ;

- elle est également tardive en ce que les obligations en matière de notification et de publication des décisions de préemption n'ont pas été respectées, qu'il n'apparaît pas que la décision de préemption a été adressée au vendeur et à l'acquéreur évincé et reçue dans le délai prévu par les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme et qu'aucune mention de la décision de préemption ne fait apparaître qu'elle a fait l'objet d'une publication en mairie avant le 1er mars 2022 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elle ne correspond à aucun projet suffisamment établi, réel et sérieux sur le bien en cause ;

- elle est entachée de détournement de procédure et de pouvoir.

Par un mémoire enregistré le 27 mai 2022, l'établissement public foncier d'Ile-de-France, représenté par Me Levy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Ferreira et Fils la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de procédure civile ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- et les observations de Me Genton, substituant Me Levy, avocat de l'EPFIF.

Considérant ce qui suit :

1. Par une déclaration en date du 24 novembre 2021, le notaire de M. A, propriétaire du terrain cadastré section AB n°78 situé sur le territoire de la commune de Villepreux, a informé la commune de l'intention de son client d'aliéner ce terrain au bénéfice de la société Ferreira et Fils. Par une décision du 22 février 2022, le directeur général de l'EPFIF a exercé, par délégation du président de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines dont est membre la commune de Villepreux, le droit de préemption urbain sur la vente de ce bien. Par la présente requête, la société Ferreira et Fils demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence entachant la décision en litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire. / Dans les articles L. 211-1 et suivants, L. 212-1 et suivants et L. 213-1 et suivants, l'expression " titulaire du droit de préemption " s'entend également, s'il y a lieu, du délégataire en application du présent article. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code de l'urbanisme dans sa version alors en vigueur : " Lorsque la commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre. Toutefois, la compétence d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, d'un établissement public territorial créé en application de l'article L. 5219-2 du code général des collectivités territoriales, ainsi que celle de la métropole de Lyon en matière de plan local d'urbanisme, emporte leur compétence de plein droit en matière de droit de préemption urbain () ".

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales dans leur rédaction applicable au litige : " Le président est l'organe exécutif de l'établissement public de coopération intercommunale. () / Le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut, par délégation de son organe délibérant, être chargé d'exercer, au nom de l'établissement, les droits de préemption dont celui-ci est titulaire ou délégataire en application du code de l'urbanisme. Il peut également déléguer l'exercice de ce droit à l'occasion de l'aliénation d'un bien, dans les conditions que fixe l'organe délibérant de l'établissement. Il rend compte à la plus proche réunion utile de l'organe délibérant de l'exercice de cette compétence. () ". Selon l'article L. 5211-10 du même code, le président, les vice-présidents ayant reçu délégation peuvent recevoir délégation d'une partie des attributions de l'organe délibérant à l'exception de certaines matières, au nombre desquelles ne figure pas le droit de préemption urbain. Aux termes de l'article L. 5211-3 de ce code : " Les dispositions du chapitre premier du titre III du livre premier de la deuxième partie relatives au contrôle de légalité et au caractère exécutoire des actes des communes sont applicables aux établissements publics de coopération intercommunale. () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du même code dans sa version alors en vigueur : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () ".

4. Aux termes de l'article R. 321-10 du code de l'urbanisme : " Le directeur général, dans les limites des compétences qui lui ont été déléguées, peut, par délégation du conseil d'administration, être chargé d'exercer au nom de l'établissement public foncier de l'Etat, de l'établissement public d'aménagement ou de l'établissement public Grand Paris Aménagement les droits de préemption dont l'établissement est titulaire ou délégataire et le droit de priorité dont l'établissement est délégataire ".

5. En l'espèce, il ressort des statuts de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, librement accessibles sur internet, dont est membre la commune de Villepreux, que l'établissement public de coopération intercommunal dispose d'une compétence de droit en matière de plan local d'urbanisme, qui lui confère ainsi une compétence de plein droit pour l'exercice du droit de préemption urbain, conformément aux dispositions de l'article L. 211-2 du code de l'urbanisme citées au point 2. Par une délibération du 11 juillet 2020, régulièrement affichée et transmise au contrôle de légalité, le conseil communautaire a délégué à son président l'exercice des droits de préemption définis par le code de l'urbanisme ainsi que la faculté de subdéléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien sur toutes les zones du territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines où ces droits de préemption sont institués. En outre, par un arrêté du 21 juillet 2020, régulièrement affiché et publié au recueil des actes administratifs et transmis au contrôle de légalité, le président de la communauté d'agglomération a délégué au premier vice-président chargé de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire l'exercice du droit de préemption ainsi que la faculté de subdéléguer l'exercice de ce droit. Par un arrêté du 17 janvier 2022, régulièrement affiché et transmis au contrôle de légalité, le premier vice-président de la communauté d'agglomération a délégué à l'EPFIF le droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée AB n°78, conformément aux dispositions de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le règlement intérieur de l'Etablissement public foncier modifié par une délibération du conseil d'administration de l'EPFIF du 20 juin 2019, autorise, à son article 14, le directeur général à procéder, au nom de l'établissement, aux acquisitions foncières et aux opérations immobilières et foncières par exercice du droit de préemption. Cette délibération a été publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région d'Ile-de-France n°IDF-011-2019-07 du 4 juillet 2019, et approuvée par le préfet de la région d'Ile-de-France le 26 juin 2019. Dans ces conditions, et alors que contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne ressort d'aucune disposition ni d'aucun principe que la décision du conseil d'administration de l'EPFIF autorisant le directeur général à procéder, au nom de l'établissement, aux acquisitions foncières et aux opérations immobilières et foncières par exercice du droit de préemption devait être postérieure à la décision prise par le premier vice-président de la communauté d'agglomération de déléguer à l'EPFIF l'exercice du droit de préemption pour la parcelle concernée, le directeur général était compétent pour prendre la décision attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence en matière d'exercice du droit de préemption urbain de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, de son président et du directeur général de l'EPFIF, signataire de la décision attaquée, doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales et R. 213-21 du code de l'urbanisme :

7. Aux termes de l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics ". Aux termes de l'article L. 1311-10 de ce code : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : () 2° Les acquisitions () par exercice du droit de préemption, d'immeubles, de droits réels immobiliers, de fonds de commerce et de droits sociaux donnant vocation à l'attribution, en pleine propriété, d'immeubles ou de parties d'immeubles, d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente () ". Aux termes de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques () / L'avis du directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques doit être formulé dans le délai d'un mois à compter de la date de réception de la demande d'avis. Passé ce délai, il peut être procédé librement à l'acquisition () ".

8. La consultation du service des domaines préalablement à l'exercice du droit de préemption par le titulaire de ce droit constitue une garantie tant pour ce dernier que pour l'auteur de la déclaration d'intention d'aliéner.

9. D'une part, contrairement à ce qu'affirme la société requérante, qui n'assortit son moyen d'aucun commencement de démonstration, aucune disposition ni aucun principe n'impose, à peine d'irrégularité de la procédure, que l'avis soit demandé et reçu par l'autorité titulaire du droit de droit de préemption, la garantie attachée au recueil préalable de cet avis impliquant uniquement que la décision de préemption soit prise par le titulaire ou le délégataire de ce droit au vu de cet avis.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'EPFIF a reçu le 17 février 2022, sur la plateforme " démarche simplifiée ", l'avis de la Direction Nationale d'Intervention Domaniale en date du 16 février 2022 qui est visé dans la décision en litige du 22 février 2022. Il en résulte que la décision attaquée a bien été prise au vu de cet avis.

11. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales et R. 213-21 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la tardiveté de la décision de préemption :

12. L'article L. 213-2 du code de l'urbanisme prévoit que toute aliénation d'un immeuble soumis au droit de préemption urbain " est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée (). Le titulaire du droit de préemption peut, dans le délai de deux mois prévu au troisième alinéa du présent article, adresser au propriétaire une demande unique de communication des documents permettant d'apprécier la consistance et l'état de l'immeuble, ainsi que, le cas échéant, la situation sociale, financière et patrimoniale de la société civile immobilière. () / Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien () ". L'article R. 213-25 du code de l'urbanisme dispose que les décisions du titulaire du droit de préemption sont " notifiées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, par acte d'huissier, par dépôt contre décharge ou par voie électronique () ". Aux termes de l'article 656 du code de procédure civile : " Si personne ne peut ou ne veut recevoir la copie de l'acte et s'il résulte des vérifications faites par l'huissier de justice, dont il sera fait mention dans l'acte de signification, que le destinataire demeure bien à l'adresse indiquée, la signification est faite à domicile () ". Aux termes de l'article 664-1 du même code : " La date de la signification d'un acte d'huissier de justice () est celle du jour où elle est faite à personne, à domicile, à résidence ou, dans le cas mentionné à l'article 659, celle de l'établissement du procès-verbal () ".

13. Il résulte des dispositions mentionnées ci-dessus de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme que les propriétaires qui ont décidé de vendre un bien susceptible de faire l'objet d'une décision de préemption doivent savoir de façon certaine, au terme du délai de deux mois imparti au titulaire du droit de préemption pour en faire éventuellement usage, s'ils peuvent ou non poursuivre l'aliénation entreprise. Dans le cas où le titulaire du droit de préemption décide de l'exercer, les mêmes dispositions, combinées avec celles du code général des collectivités territoriales citées au point 3 du présent jugement, imposent que la décision de préemption soit exécutoire au terme du délai de deux mois, c'est-à-dire non seulement prise mais également notifiée au propriétaire intéressé et transmise au représentant de l'Etat. La réception de la décision par le propriétaire intéressé et le représentant de l'Etat dans le délai de deux mois, à la suite respectivement de sa notification et de sa transmission, constitue, par suite, une condition de la légalité de la décision de préemption. En cas de signification au propriétaire du bien préempté par acte d'huissier, celle-ci doit être réputée effective dans les conditions prévues par l'article 656 du code de procédure civile.

14. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration d'intention d'aliéner a été reçue en mairie de Villepreux le 29 novembre 2021 et que, conformément à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, cité au point 12, il appartenait à la commune de faire connaître sa décision avant le 29 janvier 2022, sauf à ce que ce délai ait été régulièrement suspendu par la réception par le propriétaire de la demande de la commune de visite du bien ou de communication des documents permettant d'apprécier la consistance et l'état de l'immeuble et à ce qu'il ait ensuite repris son cours, selon le cas, soit à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, soit du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption, soit du plus tardif de ces événements en cas de demande à la fois de visite et de communication de documents.

15. Or, il ressort des pièces du dossier que l'EPFIF a sollicité tant la communication de documents que la visite du bien par un courrier daté du 21 janvier 2022 adressé au propriétaire du bien préempté et à son notaire. S'il ressort des pièces du dossier que ce courrier, retourné à l'expéditeur avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ", n'a pu être remis à M. A, il a en revanche été reçu le 28 novembre 2022 par le notaire de celui-ci qui était désigné à la rubrique I de la déclaration d'intention d'aliéner comme le mandataire à l'adresse duquel le propriétaire avait fait élection de domicile et à laquelle devaient être notifiées les décisions du titulaire du droit de préemption. En l'absence de réponse à la demande de visite selon les formes et dans le délai de huit jours prévus à l'article D. 213-13-2 du code de l'urbanisme, une décision de refus tacite est née le 5 février 2022. Il ressort des pièces du dossier que le titulaire du droit de préemption a reçu les documents demandés le 9 février 2022. Le délai a donc en l'espèce recommencé de courir à compter de la réception, le 9 février 2022, des documents demandés par le titulaire du droit de préemption, pour une durée d'un mois, soit jusqu'au 9 mars 2022, contrairement à ce que soutient la requérante. La décision de préemption du 22 février 2022, signifiée au notaire, mandataire du propriétaire du bien préempté, par voie d'huissier le 24 février suivant et reçue par la préfecture de la région d'Ile-de-France le 22 février 2022 ainsi qu'en atteste l'accusé de réception émis par ses services, est ainsi intervenue dans ce délai. En outre, et alors même qu'une telle formalité n'était pas requise, l'EPFIF a également fait procéder à la signification de cette décision à l'acquéreur évincé, par voie d'huissier, le 24 février 2022. Enfin, si la société requérante soutient que l'EPFIF doit établir que cette décision a été affichée en mairie, ce dont il justifie au demeurant par la production d'un certificat d'affichage à compter du 8 mars 2022, cette formalité ne constitue pas une condition de la légalité de la décision de préemption.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du caractère non exécutoire de la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines instaurant le droit de préemption urbain :

17. D'une part, l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme dispose : " La délibération par laquelle le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent décide, en application de l'article L. 211-1, d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application est affichée en mairie pendant un mois. Mention en est insérée dans deux journaux diffusés dans le département. / Les effets juridiques attachés à la délibération mentionnée au premier alinéa ont pour point de départ l'exécution de l'ensemble des formalités de publicité mentionnées audit alinéa. Pour l'application du présent alinéa, la date à prendre en considération pour l'affichage en mairie est celle du premier jour où il est effectué ". L'article R. 211-3 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable dispose : " Le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent adresse sans délai au directeur départemental des services fiscaux, au Conseil supérieur du notariat, à la chambre départementale des notaires, aux barreaux constitués près les tribunaux de grande instance dans le ressort desquels est institué le droit de préemption urbain et au greffe des mêmes tribunaux copie des actes ayant pour effet d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application. Cette copie est accompagnée, s'il y a lieu, d'un plan précisant le champ d'application du droit de préemption urbain ".

18. D'autre part, les articles L. 2131-1 à L. 2131-3 du code général des collectivités territoriales prévoient, dans leur rédaction applicable au litige, que les actes pris au nom de la commune sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi que, pour ceux mentionnés à l'article L. 2131-2, dont relève la délibération instituant un droit de préemption urbain, à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. L'article L. 5211-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Les dispositions du chapitre premier du titre III du livre premier de la deuxième partie relatives au contrôle de légalité et au caractère exécutoire des actes des communes sont applicables aux établissements publics de coopération intercommunale () ".

19. Il résulte des dispositions législatives mentionnées aux points précédents que la délibération par laquelle un établissement public de coopération intercommunale institue un droit de préemption urbain est exécutoire dès qu'elle a fait l'objet des formalités de publicité prévues au point 18 et qu'elle a été transmise au représentant de l'Etat. S'il résulte des dispositions réglementaires de l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme que la délibération instituant le droit de préemption urbain doit faire l'objet d'un affichage pendant un mois et que mention doit en être insérée dans deux journaux diffusés dans le département, le respect de cette durée d'affichage et celui de cette obligation d'information par voie de presse sont sans incidence sur la détermination de la date à laquelle cette délibération devient exécutoire. De même, les formalités de transmission d'une copie de la délibération aux personnes mentionnées à l'article R. 211-3 du code de l'urbanisme, qui ont pour seul objet d'informer ces personnes, sont sans incidence sur le caractère exécutoire de cette délibération.

20. En l'espèce, la délibération du 28 septembre 2017 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a approuvé l'instauration d'un droit de préemption urbain sur toutes les zones urbaines et à urbaniser du plan local d'urbanisme de la commune de Villepreux a été reçue par la préfecture des Yvelines en charge du contrôle de légalité le 4 octobre 2017 et a été affichée à l'hôtel de l'agglomération le 5 octobre 2017 ainsi qu'en attestent les mentions portées sur cette délibération, lesquelles font foi jusqu'à preuve contraire. Il ressort des développements énoncés au point 19 que les formalités d'affichage et d'obligation d'information par voie de presse, qui ont au demeurant été respectées en l'espèce, sont en toute hypothèse sans incidence sur la détermination de la date à laquelle cette délibération est devenue exécutoire. Il en est de même de la circonstance, à la supposer établie, selon laquelle les formalités d'envoi de la délibération prévues par l'article R. 211-3 du code de l'urbanisme auraient été méconnues. Il en résulte que la délibération instituant le droit de préemption était exécutoire à la date d'édiction de la décision en litige. Le moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'inclusion du bien préempté dans son intégralité dans le périmètre du droit de préemption urbain :

21. Ainsi qu'il a été indiqué au point 20, la délibération du 28 septembre 2017 a instauré un droit de préemption urbain sur toutes les zones urbaines et à urbaniser du plan local d'urbanisme de la commune de Villepreux. Il ressort des pièces du dossier que le bien préempté est situé en zone UD du plan local d'urbanisme, de sorte qu'il est compris dans son intégralité dans le périmètre du droit de préemption ainsi instauré. Le moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme :

22. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction applicable à la même date : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels ".

23. Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

24. D'une part, la décision en litige indique que le terrain préempté est situé dans le périmètre d'intervention foncière " B Versailles-RD11 ", qui est défini par la convention d'intervention foncière conclue entre la commune de Villepreux et la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, en vue de répondre notamment aux obligations prévues en matière de logement social par l'article 55 de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain du 18 décembre 2020 ainsi qu'à l'orientation d'aménagement et de programmation n°4 du plan local d'urbanisme applicable au terrain préempté. La décision en litige précise, en outre, que la préemption du bien est stratégique pour la réalisation d'un futur programme de 112 logements, incluant du logement social. Il en résulte que, contrairement à ce que soutient la société requérante, cette décision fait apparaître la nature du projet d'action ou d'opération d'aménagement poursuivi par l'EPFIF. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.

25. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'EPFIF a conclu avec la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, pour la période du 11 avril 2019 au 30 juin 2027 au plus tard, une convention stratégique d'intervention foncière, dont l'objet est de définir une politique foncière à l'échelle du territoire communautaire qui doit être déclinée dans le cadre de conventions d'intervention foncière conclues avec les communes concernées. L'EPFIF a également conclu avec la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines et la commune de Villepreux, pour la période du 30 décembre 2021 au 31 décembre 2026 au plus tard, une convention d'intervention foncière, qui s'inscrit dans la mise en œuvre d'un projet d'aménagement portant sur le secteur d'entrée de ville dit " B Versailles-RD11 " dans lequel est situé le bien préempté, secteur par ailleurs identifié comme présentant un caractère stratégique dans le plan local d'urbanisme et notamment dans les orientations du projet d'aménagement et de développement durable approuvé le 29 juin 2017. Cette convention confie à l'EPFIF une mission de veille foncière en vue de l'acquisition de parcelles dans le périmètre " B Versailles-RD11 ". Le bien préempté est, en outre, situé dans le périmètre de l'orientation d'aménagement et de programmation n°4 du plan local d'urbanisme de Villepreux qui poursuit un objectif de mutabilité des emprises foncières vers de l'habitat collectif, assorti d'activités tertiaires compatibles avec celui-ci, dont 35% doit présenter un caractère social. Il est plus précisément situé dans un secteur de cette orientation d'aménagement et de programmation correspondant au principe d'une programmation mixte d'habitation collectif et d'activités tertiaires. Il ressort enfin d'une note interne, établie le 21 février 2022 par l'EPFIF, que ce secteur doit faire l'objet d'un projet de logements locatifs devant accueillir à terme 112 logements et pour lequel une étude urbaine a été lancée par la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines le 7 janvier 2022. Si, à la date de la décision attaquée, le projet ne présentait pas un caractère précis et avancé, en ce qu'il impliquait notamment la réalisation d'études et, le cas échéant, l'acquisition de la maîtrise foncière d'autres parcelles, il ressort toutefois des éléments qui précèdent que le bien préempté est situé dans un secteur nettement délimité qui s'inscrit dans un projet d'aménagement, précisément défini, mis en œuvre depuis plusieurs années par l'EPFIF, la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines et la commune de Villepreux, de sorte que la réalité de l'opération projetée sur le bien préempté doit être regardée comme établie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'EPFIF ne justifiait pas, à la date de la décision en litige, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du détournement de pouvoir :

26. Le détournement de pouvoir allégué par la société requérante n'est pas établi par les pièces du dossier, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 25, l'EPFIF justifie de la réalité d'un projet d'intérêt général.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPFIF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Ferreira et Fils au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la société Feirrera et Fils une somme de 1 800 euros à verser à l'EPFIF en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Ferreira et Fils est rejetée.

Article 2 : La société Ferreira et Fils est condamnée à verser à l'EPFIF une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Ferreira et Fils et à l'établissement public foncier d'Ile-de-France.

Copie en sera adressée à M. C A.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

S. Traoré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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