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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203205

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203205

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Levy, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er avril 2022 du préfet des Yvelines refusant de lui délivrer un titre de séjour et d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er avril 2022 du préfet des Yvelines portant obligation de quitter le territoire français et de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre très subsidiaire, d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er avril 2022 fixant à 30 jours le délai de départ volontaire ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, n'ayant pas vécu à l'étranger jusqu'à l'âge de 63 ans.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire de 30 jours :

- elle ne comporte pas un délai de départ volontaire approprié à la situation de la requérante.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 25 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- et les observations de Me Zaregradsky, substituant Me Lévy pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née en 1958, est entrée pour la dernière fois sur le territoire français le 9 septembre 2021, selon ses déclarations, titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 25 janvier 2022, elle a sollicité son admission au séjour. Par arrêté du 1er avril 2022, le préfet des Yvelines a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir, à titre principal, la décision portant refus de titre de séjour, à titre subsidiaire, la décision portant obligation de quitter le territoire français et à titre encore plus subsidiaire, la décision fixant un délai de départ volontaire à 30 jours.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-01-31-00002 du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2022-021 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. B D, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à retracer la situation de la requérante de manière exhaustive, mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, les dispositions de l'article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer au demandeur, lorsque la demande de ce dernier est incomplète, les pièces ou informations manquantes dont la production est requise par un texte pour permettre l'instruction de sa demande. En revanche, elles n'ont pas pour objet d'imposer à l'administration d'inviter le demandeur à produire les justifications de nature à établir le bien-fondé de cette demande. Au cas d'espèce, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet se soit fondé sur l'incomplétude du dossier de la requérante, pour prendre sa décision. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si le préfet a commis une erreur de fait en mentionnant dans sa décision qu'elle aurait vécu à l'étranger jusqu'à l'âge de 63 ans, soit jusqu'en 2021, ce qui correspond à la date de sa dernière entrée en France, de retour de vacances d'été au Maroc, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris une décision différente au regard du fondement de sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être également écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Au cas d'espèce, la requérante soutient que, veuve depuis 1999, elle a rejoint en 2010 en Espagne, sa fille, épouse d'un ressortissant espagnol et qu'elle les a accompagnés en France lorsqu'ils s'y sont établis en mai 2012 avec leurs cinq enfants, nés entre 2006 et 2018, tous scolarisés en France et dont elle s'occupe en allant notamment les chercher à l'école. Ils se sont également rendus ensemble au Maroc pour les vacances d'été 2021. De plus, elle a bénéficié d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles valable du 4 avril 2017 au 2 avril 2022. Elle fait enfin valoir que sa fille a acquis la nationalité française en 2021 et que son fils réside également en France depuis 2014 de manière régulière, de même qu'une de ses sœurs.

8. Toutefois, si elle justifie de sa présence en France depuis au moins 2014, année de délivrance de sa première carte individuelle d'admission à l'aide médicale de l'Etat et de sa convocation à la préfecture des Yvelines dans le cadre d'une demande d'asile, de même que d'être suivie médicalement en France et d'être hébergée chez sa fille, elle ne justifie pas suffisamment, par les pièces qu'elle produit, de la réalité de son intégration tandis qu'il n'est pas contesté qu'elle n'est pas isolée au Maroc où vivent au moins trois de ses frères et sœurs. Par suite, en adoptant la décision attaquée, le préfet n'a méconnu ni l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision lui refusant le titre de séjour demandé doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même des conclusions à fin d'injonction afférentes.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte du point 9 du présent jugement que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être également écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; (). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

13. De plus, aux termes de l'article L.200-1 du même code : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : (). 3o Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4; 4o Des étrangers entretenant avec les citoyens de l'Union européenne et les étrangers qui leur sont assimilés des liens privés et familiaux, tels que définis à l'article L. 200-5 ". Aux termes de l'article L.200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes: (). Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ". Enfin, aux termes de l'article L.200-5 du même code : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes: 1o Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne; 2o Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves; 3o Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne ".

14. La requérante soutient que le préfet a méconnu l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, à supposer que Mme C soit à la charge de sa fille, ce qu'elle n'établit pas suffisamment par les pièces qu'elle produit, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas pris en compte l'ensemble des circonstances relatives à la situation de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En quatrième lieu, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, le moyen doit être également écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être également rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d'injonction afférentes.

Sur la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire de 30 jours :

17. Si la requérante soutient que le délai de 30 jours n'est pas adapté à sa situation, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante aurait présenté une demande de prolongation de ce délai, en faisant valoir des circonstances qui lui sont propres, conformément à l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 1er avril 2022 doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

REndu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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