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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203257

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203257

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7éme chambre
Avocat requérantEL MOUTAOUKIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 avril et 2 juin 2022, Mme B E, représentée par Me El Moutaoukil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mars 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ; cet arrêté est insuffisamment motivé ; il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ; il est entaché d'une erreur de droit ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est, en outre, illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et est dépourvue de base légale ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 5 août 1978, est, selon ses déclarations, entrée en France le 6 mai 2012. Le 4 juillet 2012, elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée le 22 juillet 2013 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis le 22 juillet 2013 par la Cour nationale du droit d'asile. Elle a obtenu une carte de séjour temporaire pour soins valable du 25 février 2020 au 24 février 2021, dont elle a demandé le renouvellement le 28 janvier 2021. Par un arrêté en date du 23 mars 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2021-PREF-DCPPAT-BCA-054 du 3 mars 2021, régulièrement publié le 4 mars 2021 au recueil des actes administratifs n°034 de la préfecture de l'Essonne, le préfet de ce département a donné délégation à M. D C, sous-préfet de Palaiseau, à l'effet de signer, notamment, l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il fait application. Il indique avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement Mme E en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de l'Essonne ne se serait pas livré à un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de Mme E.

5. En quatrième lieu, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que Mme E est célibataire et sans charge de famille en France. Il n'est pas établi, ni même allégué, que sa sœur résiderait sur le territoire français, ni qu'elle y entretiendrait avec l'intéressée des liens d'une particulière intensité ou que sa présence auprès d'elle serait indispensable. Mme E ne justifie pas davantage de ses conditions d'insertion au sein de la société française. Il n'est pas non plus établi, ni même allégué, qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Par ailleurs, la requérante n'apporte pas le moindre élément de nature à établir que, compte tenu de l'offre de soins et des caractéristiques du système de santé en République démocratique du Congo, elle ne pourrait pas effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, ni que son état de santé ne lui permettrait pas de voyager sans risque vers son pays d'origine, contrairement à ce qu'ont estimé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son avis du 5 mai 2021 et le préfet de l'Essonne. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de l'intéressée.

6. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les moyens dirigés uniquement contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision portant refus de séjour opposée à Mme E n'étant pas entachée d'illégalité, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui se fonde sur cette décision, ne saurait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de celle-ci.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E, n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 23 mars 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Campoy, président,

- Mme Mathé, conseillère,

- M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. ALe président,

signé

L. CampoyLa greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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