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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203260

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203260

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 avril 2022 et le 22 mars 2024, sous le numéro 2203260, Mme F C, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Massy a refusé de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à raison de l'accident survenu le 2 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Massy de lui attribuer un congé pour invalidité temporaire imputable au service en raison de l'accident survenu le 2 mars 2021, ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Massy la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, matérialisée par un courrier et par un arrêté, a été signée par deux personnes différentes de sorte qu'il n'est pas possible d'en connaître l'auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que ces deux personnes étaient compétentes pour prendre cette décision ; la directrice des ressources humaines n'a pas reçu délégation pour refuser un placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

- la décision n'est pas motivée dès lors qu'elle n'explicite pas les raisons de fait pour lesquelles la commune de Massy, après avoir estimé que la déclaration d'accident était intervenue dans les délais, a finalement décidé de rejeter sa demande en raison d'une déclaration tardive ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme a refusé de statuer sur sa demande ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la première constatation médicale de l'accident de service n'étant intervenue que le 17 juin 2021, elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de cette constatation pour faire sa déclaration d'accident ; entre le 2 mars 2021 et le 30 juin 2021, elle était dans l'impossibilité médicale d'accomplir des démarches administratives de sorte qu'aucun délai ne lui était opposable ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que l'accident du 2 mars 2021 est imputable au service ; alors que son état de santé a progressivement été altéré du fait de ses conditions de travail difficiles, l'entretien du 2 mars 2021 constitue le point d'orgue de ces difficultés ; il a révélé l'intention de la commune de l'évincer du service en raison de son handicap ; elle a subi un choc psychologique intense justifiant son placement immédiat en arrêt de travail ; dès lors que cet entretien a eu lieu sur son lieu de travail dans l'exercice de ses fonctions, il s'agit d'un accident de travail ; son état antérieur, pour lequel elle bénéficie d'une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé est sans lien avec la pathologie psychiatrique induite par l'entretien en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 février 2024 et le 3 avril 2024, ce second mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Massy, représentée par Me Cayla-Destrem, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 avril 2024.

II. Par une requête enregistrée le 18 mai 2022 sous le numéro 2203995, Mme F C, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception n°821 émis par la commune de Massy le 18 mars 2022 pour le recouvrement de la somme de 3 516,89 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Massy la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer ne comporte pas l'indication des bases de la liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- il ne comporte ni signature ni précision sur la qualité du signataire ;

- il n'est pas établi que la personne indiquée comme signataire disposait d'une délégation de signature régulière ;

- la créance est dépourvue de base légale dès lors que l'arrêté du 23 février 2022 ayant rejeté sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service n'est pas définitif de sorte que le remboursement du traitement qui lui a été versé à titre provisoire n'est pas exigible ;

- le titre de perception est illégal en conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 23 février 2022.

La requête a été communiquée à la commune de Massy qui n'a pas présenté d'observation malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 5 juin 2023 sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 4 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er avril 2024.

Un mémoire a été produit par la commune de Massy le 24 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- et les observations de Me Miah, substituant Me Arvis.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F C, ingénieure territoriale, a été recrutée par la commune de Massy en 2013 comme directrice adjointe de l'espace public et de l'environnement. Elle a, par la suite, été affectée comme directrice adjointe ressources au sein de la direction maintenance et logistique et direction technique. A la suite d'un entretien avec la direction des ressources humaines de la collectivité le 2 mars 2021, Mme C a été placée en arrêt de travail. Le 30 juin 2021, elle a déposé une déclaration d'accident de service. Après avis de la commission de réforme du 4 janvier 2022, la commune de Massy, par un arrêté du 23 février 2022, l'a placée en position de congé de maladie ordinaire pour la période du 3 mars 2021 au 2 mars 2022 et a rapporté l'arrêté du 28 octobre 2021 la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à titre provisoire à compter du 30 octobre 2021. Par une première requête Mme C demande l'annulation de cette décision et par une seconde requête, elle demande l'annulation d'un titre de perception émis le 18 mars 2022 pour le remboursement d'un trop perçu de rémunération lié à son placement provisoire en CITIS du 30 octobre 2021 au 31 janvier 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2203260 et n° 2203995 présentées par Mme C présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 février 2022 refusant l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

4. La décision attaquée est matérialisée par un arrêté pris au nom du maire de la commune de Massy, qui comporte la signature ainsi que la mention lisible de l'identité et de la qualité de son signataire, à savoir Mme A E, directrice des ressources humaines de la collectivité. La circonstance que Mme C a également été rendue destinataire d'un courrier d'accompagnement, qui ne constitue pas par lui-même une décision faisant grief, signé par une autre personne, à savoir l'adjoint au maire délégué aux ressources humaines, est sans incidence sur l'identification du signataire de la décision et par suite sur la légalité de l'arrêté attaqué.

5. En deuxième lieu, par un arrêté du 3 août 2021, qui a fait l'objet d'un affichage en mairie du 3 août 2021 au 3 octobre 2021, le maire de la commune de Massy a délégué sa signature à Mme A E, directrice des ressources humaines, s'agissant notamment des " arrêtés relatifs aux positions administratives " des agents de la collectivité. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué, qui la place en position de congé de maladie ordinaire du 3 mars 2021 au 2 mars 2022 et refuse ainsi implicitement de la placer en position de congé pour invalidité temporaire imputable au service, aurait été signé par une autorité incompétente.

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont il fait application et qui indique que la déclaration d'accident de service a été adressée hors des délais prescrits par l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987 susvisé, justifiant ainsi son rejet, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le maire de la commune de Massy s'est fondé pour prendre la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il est constant que la commission de réforme s'est réunie le 4 janvier 2022 pour émettre un avis sur la déclaration d'accident de service présentée par Mme C, qui était représentée par son conseil lors de cette séance. Si le procès-verbal de séance comporte la mention " refus de statuer ", il indique également que la commission de réforme, après avoir examiné le rapport d'expertise du Dr B et le rapport du médecin de prévention, a estimé que la déclaration d'accident a été déposée au-delà du délai réglementaire de l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987. Dans ces conditions, la commission de réforme a bien émis un avis sur la demande présentée par Mme C et cette dernière n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière l'ayant privée d'une garantie.

8. En cinquième lieu, selon l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 susvisé, dans sa version applicable au litige : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre. ". L'article 37-2 de ce décret prévoit que : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité territoriale une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. La déclaration comporte : 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Ce formulaire est transmis par l'autorité territoriale à l'agent qui en fait la demande, dans un délai de quarante-huit heures suivant celle-ci et, le cas échéant, par voie dématérialisée, si la demande le précise ; 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, le cas échéant, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ". Enfin, aux termes de l'article 37-3 de ce décret : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. () IV.- Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire entre dans le champ de l'article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ou s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes. ".

9. Il résulte des dispositions précitées que le bénéfice du congé pour invalidité temporaire imputable au service, durant lequel le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement, est subordonné à une demande en ce sens émanant du fonctionnaire, présentée dans les formes et délais qu'elles prévoient. Pour solliciter la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident et bénéficier du congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire en activité doit en faire la demande en adressant à son administration une déclaration d'accident de service. Cette déclaration doit, en principe, être adressée dans un délai de 15 jours à compter de la date de l'accident. Toutefois, si un certificat médical relatif aux lésions résultant de l'accident a été établi dans un délai de deux ans à compter de cet accident, la déclaration d'accident de service doit être adressée dans un délai de 15 jours à compter de la date de ces constatations médicales. Les deux délais mentionnés précédemment ne sont néanmoins pas opposables aux fonctionnaires justifiant d'un cas de force majeur, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes.

10. Mme C fait valoir que l'entretien qu'elle a eu le 2 mars 2021 avec la direction des ressources humaines, au cours duquel il lui a été indiqué que la commune de Massy souhaitait mandater un cabinet extérieur pour l'accompagner dans une démarche de recherche de postes en dehors de la collectivité, a déclenché un choc psychologique grave. Dès le lendemain, son médecin traitant, le Dr D, lui a prescrit un arrêt de travail d'une durée de deux jours indiquant que l'arrêt ne fait pas suite à un accident causé par un tiers. Cet arrêt a par la suite été régulièrement renouvelé dans les mêmes termes, en dernier lieu par un avis d'arrêt de travail du 28 mai 2021. Le 26 avril 2021, le Dr D l'a adressée à un médecin psychiatre et rédigé un certificat faisant état " d'un arrêt de travail datant du 3 mars pour Burn out dans un contexte professionnel qui s'est récemment durci. Son insuffisance surrénale ancienne et traitée ne l'aide pas à gérer les fortes émotions qui l'assaillent. Elle est actuellement en décompensation anxiodépressive et débute un traitement anti-dépresseur et anxiolytique ". Le 16 juin 2021, Mme C a été examinée par le médecin de prévention qui a conseillé de déclarer l'entretien du 2 mars 2021 comme accident professionnel. Le 30 juin 2021, Mme C a transmis à son employeur une déclaration d'accident de service ainsi que des certificats médicaux d'accidents du travail, établis par le Dr D le 17 juin 2021 et antidatés à compter du 3 mars 2021 constatant un " choc psychique ", et un " état anxio-dépressif aigu ". Il ressort de ces différentes pièces que le siège et les lésions que Mme C impute à l'entretien du 2 mars 2021 étaient connus et constatés par un médecin au plus tard dès le 26 avril 2021. Il lui appartenait alors de procéder à la déclaration de cet accident à son employeur dans un délai de quinze jours à compter de cette date, sans que la requalification opérée par son médecin le 17 juin 2021 n'ait pu avoir pour effet de faire courir à nouveau ce délai. Par ailleurs, si Mme C produit un certificat de son médecin établi le 18 janvier 2022 indiquant que " son état de santé mental la plaçait dans l'impossibilité de faire des démarches administratives entre le 2 mars et le 30 juin 2021 ", cette seule attestation non circonstanciée ne permet pas de démontrer que l'intéressée se trouvait dans une des situations prévues par les dispositions précitées du IV de l'article 37- 3 du décret du 30 juillet 1987 dans lesquelles le délai de quinze jours n'est pas applicable. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la commune de Massy a méconnu les dispositions précitées en rejetant sa demande comme tardive.

11. En sixième lieu, dès lors que la demande de reconnaissance d'accident de service a été rejetée légalement en raison de sa tardiveté, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 23 février 2022 serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que l'accident du 2 mars 2021 est imputable au service doit être écarté comme inopérant. Au surplus, sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

12. Il découle de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 février 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées dans la requête n°2203260.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 18 mars 2022 et de décharge :

13. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

14. Aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 2012 susvisé : " Les dispositions du titre Ier du présent décret sont applicables aux administrations publiques (), mentionnées aux 1° à 5° suivants () 2° Les collectivités territoriales () " et aux termes de l'article 24 du même décret : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En vertu de ces dispositions, la commune de Massy ne pouvait mettre en recouvrement la somme dont elle constituait Mme C débitrice sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document annexé à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle s'était fondée pour mettre les sommes en cause à la charge du redevable.

15. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer transmis à Mme C se borne à indiquer en objet " rétribution paye à tort du 30/10/21 au 31/01/22 ". Alors qu'il est constant qu'aucun document n'était annexé à ce titre de recette, cette seule mention sibylline ne permet pas de comprendre le fondement de la créance invoquée par la commune. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction que Mme C a été rendue destinataire, le 23 février 2022, d'un courrier indiquant qu'elle était redevable de la somme de 3 516,89 euros dès lors qu'elle avait été placée en CITIS provisoire du 30 octobre 2021 au 31 janvier 2022, ce courrier ne suffit pas à pallier l'insuffisance d'indication des bases de la liquidation sur le titre de recette dès lors d'une part que ce dernier n'y fait aucune référence et d'autre part que le courrier du 23 février 2022 n'explicite pas, en tout état de cause, les éléments de calcul du montant de la créance. Enfin, le bulletin de paie émis pour la période du 1er au 30 mars 2022 qui détaille ces modalités de calcul est nécessairement postérieur au titre émis le 18 mars 2022. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que le titre de recette contesté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions précitées.

16. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire du 18 mars 2022.

17. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas en revanche la décharge de l'obligation de payer la somme due. Par suite, les conclusions présentées aux fins de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception n°821 émis par la commune de Massy le 18 mars 2022 pour le recouvrement de la somme de 3 516,89 euros est annulé.

Article 2 : La requête n°2203260 et le surplus des conclusions de la requête n°2203995 sont rejetés.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Massy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et à la commune de Massy.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2203260 et 2203995

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