jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MEHENNI-AZIZI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril 2022 et 27 août 2023, et des mémoires en production de pièces, enregistrés les 30 juillet, 17 et 29 septembre, 15 et 24 octobre et 23 novembre 2022, M. B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel la rectrice de l'académie de Versailles a prononcé son licenciement sans préavis ni indemnité.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- la sanction a été prise en violation du respect du contradictoire et de l'obligation de motivation ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière résultant de la violation des règles de convocation à l'entretien préalable et à l'absence de mention de la possibilité d'être assisté, en méconnaissance des dispositions de l'article 47 du décret du 17 janvier 1986 ;
- la matérialité des faits fautifs n'est pas établie, en l'absence d'élément intentionnel ;
- la sanction est disproportionnée au regard de son parcours professionnel et de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;
- le mémoire en défense de la rectrice de l'académie de Versailles est insuffisamment motivé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mai et 12 décembre 2023, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 30 novembre 2023, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- l'arrêté du 27 juin 2011 instituant des commissions consultatives paritaires compétentes à l'égard de certains agents contractuels exerçant leurs fonctions au sein du ministère chargé de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bélot,
- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Azizi, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, chargé de prévention et sécurité, en contrat à durée indéterminée, était affecté au centre académique d'aide aux écoles et aux établissements - équipe mobile de sécurité. Par un courrier du 25 janvier 2022, il a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre pour manquement à son obligation d'intégrité et de dignité dans l'exercice de ses fonctions. Par arrêté du 24 février 2022, la rectrice de l'académie de Versailles l'a licencié sans préavis ni indemnité. Par un courrier du 29 mars 2022, il a exercé auprès de la rectrice de l'académie de Versailles un recours gracieux, qui a été rejeté par une décision du 4 juillet 2022. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 24 février 2022.
Sur le mémoire en défense de la rectrice de l'académie de Versailles :
2. La circonstance, à la supposée établie, que le mémoire en défense présenté par la rectrice de l'académie de Versailles serait insuffisamment motivé n'est pas de nature, par elle-même, à justifier qu'il soit écarté des débats, ni à avoir une incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Le moyen soulevé par M. C ne peut, dès lors, qu'être écarté comme inopérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° IDF-2021-10-12-0003 du 12 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° IDF-027-2021-10 de la préfecture de la région d'Île-de-France, M. Benoît Verschaeve, secrétaire général de l'académie de Versailles, a reçu délégation pour signer tous les actes relevant des attributions de la rectrice de cette académie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 43-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée ".
5. L'arrêté du 24 février 2022 comporte les visas des dispositions de droit pertinentes et précise les faits reprochés au requérant et la période concernée et indique que ces faits relèvent d'une atteinte à l'honneur et à la réputation du service public de l'éducation et de ses personnels. Dès lors, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 43-2 du décret du 17 janvier 1986. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, si l'article 44 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat prévoit le droit de l'agent non titulaire à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous documents annexes et à l'assistance par les défenseurs de son choix, il ne mentionne pas, parmi les formalités applicables à une sanction disciplinaire, l'exigence d'un entretien préalable. Celle-ci n'est prévue par l'article 47 du même décret que pour les mesures de licenciement prononcées à un titre autre que disciplinaire. En l'espèce, le licenciement de M. C revêtant un caractère disciplinaire, il ne peut utilement faire valoir qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien préalable et de l'information relative à la possibilité d'y être assisté prévus par l'article 47 du décret précité.
7. En quatrième lieu, si M. C soutient que la procédure contradictoire n'a pas été respectée, il ressort des pièces du dossier que le courrier du 25 janvier 2022, adressé au requérant, l'a informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, précisant les faits reprochés ainsi que les sanctions encourues, l'a convoqué devant la commission consultative paritaire compétente à l'égard des contractuels exerçant des fonctions d'enseignement, d'éducation et de psychologue de l'éducation nationale du 18 février 2022, en indiquant qu'il pouvait se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix, citer des témoins et émettre des observations orales ou écrites. Par ce même courrier, M. C a été informé de son droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel de carrière et des documents annexes et invité à consulter son dossier. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a effectivement consulté son dossier le 3 février 2022 et a été entendu, assisté de son conseil, par les membres de la commission consultative paritaire lors de sa séance du 18 février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 43-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent non titulaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ". Aux termes de l'article 43-2 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement ".
9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
10. Il ressort des pièces du dossier que, pour infliger la sanction de licenciement sans préavis, ni indemnités à l'encontre de M. C, la rectrice de l'académie de Versailles a relevé que, au cours de l'année scolaire 2020-2021, le requérant avait mis en place avec deux de ses collègues un système de fraude aux frais professionnels, en utilisant le logiciel dédié " Chorus " sur la base de missions inexistantes, de noms modifiés de communes, de missions déclarées indûment ou d'autres manœuvres permettant de contourner la législation relative aux remboursements de frais de missions, pour un total de frais indus d'un montant de 1 375,25 euros.
11. Si M. C conteste avoir volontairement détourné des frais de mission, il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports de la responsable des ressources humaines, de la responsable du site des Yvelines et du directeur du centre académique, qu'une vérification effectuée sur le logiciel " Chorus " a mis en évidence des anomalies presque systématiques dans les déclarations des frais de mission du requérant entre les mois de septembre 2020 et de juin 2021. M. C soutient avoir seulement commis l'erreur de confier son code confidentiel et la responsabilité d'enregistrer ses déplacements à M. A, alors que l'état de santé de ce dernier l'exposait à commettre des erreurs, et ne s'être rendu compte de possibles erreurs qu'en toute fin d'année scolaire. Il fait également valoir l'existence d'une pratique, tolérée dans le service, de tarification plus favorable pour les trajets dits limitrophes. Toutefois, ces allégations ne sauraient expliquer le caractère systématique et sur toute une année scolaire des fausses déclarations précédemment mentionnées, résultant en outre d'un montage élaboré consistant en des modifications de l'agenda du service afin de le mettre en cohérence avec ces missions fictives, ni la circonstance que les remboursements indus de frais de mission ont bénéficié, outre au requérant, à deux autres agents contractuels seulement et non aléatoirement à d'autres agents. Dans ces conditions, M. C ne peut sérieusement faire valoir qu'il n'a pas agi de manière intentionnelle. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la rectrice de l'académie de Versailles aurait commis une erreur d'appréciation du caractère fautif des faits retenus à son encontre.
12. Enfin, compte tenu de leur nature et de leur caractère répété et prolongé dans le temps, les faits retenus contre M. C constituent un manquement grave à ses obligations professionnelles de dignité et de probité, sans que l'intéressé puisse se prévaloir de sa bonne foi, de son parcours exemplaire et de l'absence d'élément intentionnel. Eu égard à la nature de ces faits et à l'importance de la somme perçue indûment, la sanction prononcée par la rectrice de l'académie de Versailles ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera dressée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dely, présidente,
M. Bélot, premier conseiller,
M. Perez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
S. BélotLa présidente,
signé
I. Dely
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026