jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ARENTS-TRENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 26 avril 2022, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête présentée par Mme A B enregistrée le 15 mars 2022.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés au tribunal administratif de Versailles le 28 avril 2022 et le 26 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Boussoum, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de se déclarer incompétent et de renvoyer l'affaire au tribunal administratif de Melun ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Magny-le-Hongre a rejeté sa demande préalable ;
3°) de condamner la commune de Magny-le-Hongre à lui verser une indemnité englobant la somme égale à la rémunération qu'elle aurait dû percevoir si elle avait été placée en maladie professionnelle à compter du 12 décembre 2015, le remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ainsi qu'une indemnité évaluée à 17 000 euros pour l'ensemble des autres préjudices subis, majorées des intérêts de droit, à compter du 15 novembre 2021, avec capitalisation des intérêts échus ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Magny-le-Hongre la somme de 2 292 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Melun est compétent dès lors que son recours est dirigé contre son ancien employeur qui se trouve en Seine-et-Marne ;
- sa créance n'est pas prescrite dès lors que les faits générateurs ont continué à produire des effets après sa mutation le 31 décembre 2016 ; un évènement ultérieur survenu le 19 octobre 2018 a permis de constater qu'elle n'était pas rétablie du traumatisme résultant du harcèlement dont elle a été victime ;
- la responsabilité de la commune de Magny-le-Hongre doit être engagée en raison de la situation de harcèlement moral dont elle a été victime de la part de son chef de service ; ce dernier s'est montré très agressif verbalement et très virulent à son égard en lui demandant de modifier un rapport ; il lui faisait quotidiennement des remarques désobligeantes, verbales ou écrites ; il l'a rabaissée en lui indiquant que son travail était mal fait ; il a obligé d'autres agents à écrire au maire de la commune pour dénoncer des actes de harcèlement moral qu'elle aurait elle-même commis ; il l'a mise en danger en ne répondant pas aux appels radios durant les patrouilles ; il a tenté de porter atteinte à son avenir professionnel lors de l'évaluation professionnelle qui a dû finalement être retirée ; ses conditions de travail et sa santé ont été dégradées ; elle a été placée en arrêt de travail à compter du 16 décembre 2015 pour anxiété professionnelle puis état dépressif ; elle a dû solliciter une mutation ;
- la responsabilité de la commune doit être engagée à raison du manquement à son obligation de sécurité et de protection ; elle a été victime de plusieurs facteurs de risques psychosociaux ; son responsable lui imposait des objectifs flous et des instructions contradictoires, ne lui laissait aucune latitude décisionnelle ; elle a été victime d'un comportement désobligeant, agressif et rabaissant ; elle a subi une distorsion entre les instructions données et ses valeurs professionnelles ; elle a été mise en danger lorsque que son responsable ne répondait pas à la radio alors qu'elle était en patrouille ; alertée à plusieurs reprises, la commune a commis une faute en ne mettant en place aucune mesure pour assurer la protection de sa sécurité et de santé ;
- la commune de Magny-le-Hongre a commis une faute en lui refusant, le 25 janvier 2016, le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
- la commune a également commis une faute en lui refusant la reconnaissance de sa maladie comme maladie professionnelle ;
- elle a subi un préjudice financier correspondant au traitement qu'elle aurait dû percevoir si elle n'avait pas été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 12 décembre 2015 ; elle a également droit au remboursement des honoraires et frais médicaux directement entrainés par sa maladie ;
- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il conviendra d'évaluer à la somme de 12 000 euros pour le dommage causé par la dégradation de son état de santé ; 2 000 euros pour le dommage causé par le refus de protection fonctionnelle et 2 000 euros pour le dommage causé par le refus de reconnaître sa maladie professionnelle ;
- elle a dû engager des frais d'avocat à hauteur de 1 200 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la commune de Magny-le-Hongre, représentée par Me Arents, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les créances invoquées sont prescrites dès lors que Mme B a quitté la commune le 1er janvier 2017 ;
- aucun des fondements invoqués n'est susceptible d'engager sa responsabilité ; le harcèlement moral n'est pas démontré ni la carence de la commune dans son obligation de protection ; les décisions de refus de protection fonctionnelle et de refus de reconnaissance de maladie professionnelle n'ont jamais fait l'objet d'un contentieux et sont devenues définitives.
Par ordonnance du 21 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 avril 2024.
Des pièces ont été communiquées pour Mme B le 6 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lejars-Riccardi, substituant Me Boussoum.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, a été employée comme gardien de police municipale titulaire par la commune de Magny-le-Hongre de janvier 2015 au 31 décembre 2016. Elle demande au tribunal de condamner cette commune à l'indemniser de préjudices subis en raison, principalement, de la situation de harcèlement moral dont elle s'estime avoir été victime.
Sur la compétence du tribunal :
2. Aux termes de l'article R. 312-12 du code de justice administrative : " Tous les litiges d'ordre individuel, y compris notamment ceux relatifs aux questions pécuniaires, intéressant les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des autres personnes ou collectivités publiques, ainsi que les agents ou employés de la Banque de France, relèvent du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu d'affectation du fonctionnaire ou agent que la décision attaquée concerne. () ". Pour l'application de ces dispositions, le lieu d'affectation s'apprécie à la date de la décision contestée.
3. Si Mme B demande l'engagement de la responsabilité de son ancien employeur, la commune de Magny-le-Hongre, située dans le ressort du tribunal administratif de Melun, il résulte de l'instruction qu'elle a été mutée à compter du 1er janvier 2017 au sein de la commune de Saint-Germain-Lès-Corbeil, située dans le ressort du tribunal administratif de Versailles et qu'elle était toujours affectée dans cette collectivité à la date à laquelle sa demande indemnitaire préalable a été implicitement rejetée. Par suite, le tribunal de céans est territorialement compétent pour connaître du présent litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En demandant la réparation de ses préjudices, Mme B a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein-contentieux. Par suite, elle ne saurait utilement demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de Magny-le-Hongre a implicitement rejeté sa demande indemnitaire et ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. ". Les articles 2 et 2-1 de la même loi précisent les cas dans lesquels le délai de prescription est interrompu ou suspendu. Enfin, l'article 3 de la même loi dispose que : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ". Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés.
6. D'une part, lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle ils auraient dû être rémunérés, y compris lorsque le litige porte sur un prélèvement indu, à la condition qu'à cette date l'étendue de cette créance puisse être mesurée.
7. D'autre part, lorsque la responsabilité de l'administration est recherchée, pour un préjudice qui revêt un caractère continu et évolutif, la créance indemnitaire doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court, sous réserve des cas visés à l'article 3 précité, à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date il soit entièrement connu dans son existence et dans son étendue. Il en va ainsi lorsque la responsabilité de l'administration est recherchée à raison d'actes de harcèlement moral.
8. En l'espèce, Mme B recherche l'engagement de la responsabilité de la commune de Magny-le-Hongre en raison des faits de harcèlement moral dont elle estime avoir été victime durant son affectation dans cette collectivité ainsi que pour manquement de la commune à son devoir de protection et sur le fondement de l'illégalité fautive des décisions par lesquelles la commune a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle et de reconnaître sa pathologie comme maladie professionnelle. Elle invoque, d'une part, un préjudice matériel caractérisé par l'absence de paiement à plein traitement durant son placement en congé de maladie. Il résulte toutefois de l'instruction que ce préjudice était entièrement connu et mesurable au plus tard le 28 novembre 2016, dernier jour de son placement en arrêt de travail et que le délai de prescription de cette créance a donc commencé à courir le 1er janvier 2017. Mme B invoque ensuite un préjudice matériel lié aux sommes dont elle a dû s'acquitter pour le paiement d'honoraires et frais médicaux. Les décomptes qu'elle produit à ce titre ne font toutefois état que de prestations médicales réalisées au cours des années 2015 et 2016. Par suite, le délai de prescription de cette seconde créance a également commencé à courir le 1er janvier 2017. Enfin, si la requérante se prévaut d'un préjudice moral et de troubles dans ses conditions d'existence à raison de la situation de harcèlement moral vécue et des refus opposés à ses demandes de protection fonctionnelle et de reconnaissance de maladie professionnelle, il résulte de l'instruction qu'après avoir été placée en congé de maladie du 16 décembre 2015 au 28 novembre 2016, Mme B a été invitée à solder ses congés du 29 novembre 2016 au 30 décembre 2016, date à laquelle elle a quitté la commune de Magny-le-Hongre pour prendre ses fonctions au sein de la commune de Saint-Germain-Lès-Corbeil à compter du 1er janvier 2017. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait continué à subir un préjudice lié à la situation de harcèlement invoquée après son départ de la commune de Magny-le-Hongre. Ainsi les préjudices nés de cette situation et de l'illégalité des décisions précitées, qui sont nées et notifiées antérieurement au 31 décembre 2016, étaient nécessairement connus et mesurables au plus tard à cette date. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une cause d'interruption ou de suspension du délai de prescription serait intervenue dans le délai de quatre ans à compter du 1er janvier 2017, ni que Mme B se serait trouvée dans une des situations prévues à l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968. Par suite, dès lors que la requérante n'a formulé sa demande indemnitaire que par un courrier réceptionné le 15 novembre 2021, la commune de Magny-le-Hongre est fondée à opposer l'exception de prescription quadriennale et les conclusions indemnitaires présentées par Mme B ne peuvent ainsi qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Magny-le-Hongre en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Magny-le-Hongre.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. Maitre
Le président,
Signé
C. Gosselin
La greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026