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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203371

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203371

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LEVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, M. B A, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de certificat de résidence formée le 22 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, le préfet ne lui ayant pas communiqué les motifs de sa décision implicite de rejet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 5) de l'accord modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille signé le 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 juin 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car dirigée contre une décision inexistante : le requérant n'a pas déposé sa demande au guichet de la préfecture de son lieu de résidence conformément à l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il n'a pas fait non plus sa demande via la plateforme des démarches simplifiées ;

- l'autre moyen soulevé n'est pas fondé.

Par ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vincent, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 4 décembre 1998, est entré sur le territoire français en 2015 de manière régulière, à l'âge de 17 ans. Il a ensuite poursuivi sa scolarité en France. A sa majorité, il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien régulièrement renouvelé jusqu'au 4 décembre 2021. Par courrier du 22 octobre 2021, il a demandé au préfet, par l'intermédiaire de son conseil, un changement du statut " étudiant " indiqué sur son certificat de résidence pour un statut " vie privée et familiale ". Sa demande est toutefois restée sans réponse. Le 4 mars 2022, il a demandé à avoir communication des motifs de cette décision, demande restée également sans réponse. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de titre de séjour.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet :

2. En premier lieu, le préfet fait valoir que les conclusions dirigées contre la décision attaquée sont irrecevables, le requérant ne s'étant pas présenté au guichet de la préfecture pour déposer un dossier, conformément à l'article R.311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. D'une part, aux termes de l'article R.431-3 du même code, seul applicable depuis le 1er mai 2021 : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". De plus, aux termes de l'article R.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement ". Les demandes de changement de statut de certificat de résidence algérien ne figurent pas parmi les demandes listées à l'article 1er de l'annexe 9 du même code.

4. D'autre part, aux termes de l'article R.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de carte de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies à l'article précité est applicable, que les intéressés se présentent physiquement à la préfecture. L'absence de comparution personnelle du demandeur n'a cependant pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche réalisée par la voie postale. Ainsi, à défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Le préfet n'est, toutefois, pas en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour et peut, s'il l'estime justifié, procéder à la régularisation de la situation de l'intéressé.

6. Au cas d'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant se soit rendu physiquement en préfecture. Toutefois, il n'en demeure pas moins qu'une décision implicite de rejet est née de l'absence de réponse à sa demande de changement de statut effectuée par voie postale. Dès lors, le préfet n'est pas fondé à soutenir que la requête serait irrecevable au motif qu'elle serait dirigée contre une décision inexistante. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.

7. En deuxième lieu, le préfet fait également valoir que le requérant n'a pas déposé sa demande via la plateforme des démarches simplifiées.

8. Toutefois, il résulte de ce qui précède que la demande de changement de statut de certificat de résidence ne relève pas du champ de l'article R.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être également écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a adressé sa demande de changement de statut par courrier du 22 octobre 2021 réceptionné par la préfecture le 28 octobre 2021, sans qu'il ne soit allégué ni établi qu'il aurait été empêché, pour un motif légitime, de se présenter en personne en préfecture. Le silence gardé par le préfet pendant quatre mois sur cette demande présentée par voie postale a donné naissance à une décision implicite de rejet. Il n'est pas non plus contesté que le préfet ne lui a pas communiqué les motifs de sa décision dans les délais prévus par l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration précité. Par conséquent, la décision litigieuse est entachée d'un vice propre tenant à son défaut de motivation. Le moyen doit donc être accueilli.

11. En revanche, conformément au point 5 du présent jugement, dès lors que le requérant ne peut se prévaloir que d'un vice propre à la décision attaquée, il ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une méconnaissance de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision litigieuse doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. En raison de l'unique motif qui fonde l'annulation de la décision attaquée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 000 euros qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur la demande de titre de séjour formée le 22 octobre 2021 par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : l'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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