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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203475

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203475

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril et 23 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Liger, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique à l'encontre de la décision du 4 mars 2021 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée en sa faveur par la société Primark France SAS ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur ou à toute autorité compétente de délivrer l'autorisation de travail sollicitée ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de trente jours à compter de la date de la notification du jugement à intervenir, et au préfet des Yvelines de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination du 27 avril 2021, dont elle entend se prévaloir par la voie de l'exception ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'exception d'illégalité est inopérant et irrecevable ;

- les autres moyens sont infondés.

Par une décision du 19 novembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Primark France SAS a déposé le 8 décembre 2020 une demande d'autorisation de travail en faveur de Mme B, ressortissante comorienne née le 25 juillet 1997, pour exercer l'emploi de vendeuse polyvalente. Par une décision du préfet de la région d'Ile-de-France du 4 mars 2021, cette demande a été rejetée. Mme B a présenté, par un courrier du 29 mars 2021, un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision, rejeté par une décision du ministre de l'intérieur du 27 août 2021. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

3. La décision par laquelle le préfet de région rejette une demande d'autorisation de travail et, par conséquent, la décision du ministre de l'intérieur prise sur recours hiérarchique à l'encontre d'une telle décision, ne sont pas prises pour l'application de la décision par laquelle le préfet rejette une demande de titre de séjour, prend une mesure d'éloignement et fixe le pays de destination, qui n'en constituent pas davantage la base légale.

4. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions du préfet des Yvelines refusant la délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination du 27 avril 2021, ne peut être utilement invoqué à l'appui des conclusions de Mme B à l'encontre de la décision du 27 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique à l'encontre de la décision du 4 mars 2021 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée en sa faveur par la société Primark France SAS.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de

la décision ".

6. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment l'article R. 5221-20 du code du travail et l'impossibilité d'apprécier favorablement l'adéquation entre le poste proposé et ses diplômes ainsi que son expérience acquise en France ou à l'étranger. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressée, et alors même que les motifs de la décision ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, elle répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; / 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. ".

8. En l'espèce, si Mme B établit que la rémunération proposée par la société Primark France SAS était supérieure au salaire minimum de croissance, il ressort des termes de la décision attaquée que le ministre de l'intérieur s'est, pour confirmer la décision du préfet de la région d'Ile-de-France de refus d'autorisation de travail, fondé uniquement sur la circonstance que Mme B, qui disposait d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", n'a validé aucun diplôme et n'a produit aucun élément relatif à son cursus scolaire, ne permettant pas d'apprécier favorablement l'adéquation entre le poste proposé et son profil. La requérante ne produit dans le cadre de la présente instance aucun élément relatif à ses diplômes ou à ses études, et se borne à faire valoir l'expérience professionnelle accessoire qu'elle a exercée dans le cadre de son statut d'étudiante, en qualité d'agent administratif puis de vendeuse polyvalente. A défaut de toute précision et justification de son parcours d'études entre 2016 et 2020, Mme B ne permet pas d'apprécier favorablement l'adéquation de l'emploi envisagé avec les diplômes et l'expérience qu'elle a acquise. Dès lors que ce motif, qu'elle ne conteste pas et qui avait également été retenu par le préfet de la région d'Ile-de-France, justifiait à lui seul la décision attaquée en application du 5° de l'article R. 5221-20 du code du travail, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de droit au regard de ces dispositions. Enfin, le seul fait, allégué par Mme B, que la situation sanitaire ne lui aurait pas permis de trouver un emploi correspondant à ses qualifications ne saurait suffire à justifier de l'illégalité du motif ainsi opposé. Le moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme sont inopérants à l'encontre d'une décision portant refus d'autorisation de travail.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 août 2021 du ministre de l'intérieur doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Liger et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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