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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203493

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203493

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, M. A C, représenté par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de son titre.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé en fait et en droit ;

- méconnaît l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne fixe pas le pays de renvoi ;

- est entaché d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur sur la qualification juridique des faits dès lors qu'il remplissait les conditions exigées pour l'obtention d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des article L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

M. C a produit des pièces complémentaires le 8 septembre 2022.

Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 1er novembre 1982 à Ksar Hellal en Tunisie, est entré en Autriche le 29 mars 2001 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de quatre jours puis sur le territoire français le 30 mars 2001 selon ses déclarations. Marié avec une ressortissante française le 13 août 2021, l'intéressé a sollicité, le 4 mars 2022, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 mars 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. C soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier que celui-ci mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, permettant ainsi au requérant d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ", et aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ".

4. En l'espèce, l'arrêté en litige précise en ses articles 3 et 4 qu'à l'expiration d'un délai de trente jours, M. C sera renvoyé à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible conformément aux dispositions précitées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du code précité : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " fondée sur l'article L. 423-1 ou L. 423-2 du code précité est subordonnée à la production d'un visa de long séjour ou à tout le moins à l'entrée régulière sur le territoire français de l'étranger.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa, dont la durée de validité est régie par l'article 11, peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 19 de cette convention : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des parties contractantes pendant la durée de validité du visa () ". Aux termes de l'article 22 de la même convention : " Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes peuvent être tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie Contractante, aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration est souscrite, au choix de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent, soit à l'entrée, soit dans un délai de trois jours ouvrables à compter de l'entrée ". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". Aux termes de l'article R. 621-2 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration. ". Aux termes de l'article R. 621-3 du même code : " La production du récépissé mentionné au premier alinéa de l'article R. 621-2 permet à l'étranger soumis à l'obligation de déclaration de justifier, à toute réquisition d'une autorité compétente, qu'il a satisfait à cette obligation. " Aux termes enfin de l'article R. 621-4 de ce code : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " La souscription de cette déclaration est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

7. En l'espèce, il est constant d'une part que M. C n'est pas en possession d'un visa de long séjour. D'autre part, si le requérant soutient qu'il est entré de façon régulière sur le territoire français le 30 mars 2001, le requérant n'établit ni sa date d'entrée en France par les pièces versées au dossier ni avoir souscrit la déclaration d'entrée prévue par les dispositions précitées de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé n'ayant pas accompli cette formalité, à laquelle il était tenu, son entrée sur le territoire français ne peut être regardée comme régulière. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché les décisions contestées d'erreur de fait, d'erreur de droit ou d'erreur sur la qualification juridique des faits au regard des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En l'espèce, si M. C soutient qu'il vit en France depuis 2001 et qu'un retour dans son pays d'origine constituerait une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale compte tenu de la présence de son épouse en France et de sa volonté d'y fonder une famille, il ressort des pièces du dossier qu'il ne justifie de façon suffisamment probante sa présence sur le territoire français qu'à compter de 2016, soit environ six ans à la date d'intervention de l'arrêté en litige, que son mariage de même que la vie commune avec son épouse présentent un caractère très récent à la date de l'arrêté attaqué et que la grossesse actuelle de son épouse dont il se prévaut est par ailleurs postérieure à l'arrêté attaqué. Par ailleurs, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside toujours sa mère. Enfin, M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de l'Essonne le 6 juillet 2017 suite au refus opposé à sa demande de titre de séjour et à l'occasion de laquelle il a eu recours à de faux documents pour justifier de sa présence en 2014, 2015 et 2016. Dans ces conditions, bien qu'il justifie disposer d'un contrat à durée indéterminée depuis janvier 2019, l'arrêté en litige n'a pas porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delage, président,

- Mme Florent, première conseillère,

- M. Thivolle, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

J. B

Le président,

Signé

Ph. Delage

La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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