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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203494

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203494

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELUR KHALID OUADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, M. C B, représenté par Me Ouadi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 du préfet des Yvelines en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplissait les conditions nécessaires à l'obtention d'un titre de séjour temporaire mention " salarié " fixées au paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais de 2006 ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires, signé à Dakar le 23 septembre 2006, et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Ouadi, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant sénégalais né le 15 janvier 1985 à Dakar au Sénégal, est entré sur le territoire français le 9 février 2014 selon ses déclarations. Mis en possession d'une carte de séjour temporaire pour soins valable du 19 juin 2020 au 18 juin 2021, l'intéressé a sollicité le 31 mars 2021 son changement de statut pour l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 paragraphe 32 alinéa 321 de l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion des flux migratoires du 23 septembre 2006 et de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 avril 2022, le préfet des Yvelines a retiré la carte de séjour pour soins qui lui avait été accordée, a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente requête, M. B demande uniquement l'annulation de ces trois dernières décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-01-31-00002 du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2022-021 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. A E, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté susvisé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, permettant ainsi à M. B d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'acte doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13 L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L ; 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

5. Si M. B soutient que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant l'adoption de l'arrêté attaqué, il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, une demande de titre fondée sur ces dispositions n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 432-13 du code précité. Par conséquent, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser la délivrance du titre de séjour demandé par M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1 , se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). " Aux termes de l'article L. 110-1 du même code : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que le droit d'asile ". Aux termes du deuxième alinéa du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié par l'avenant du 25 février 2008 et relatif à la gestion des flux migratoires entre la France et le Sénégal : " La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention " travailleur temporaire " sont délivrés, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant Sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV. () "

7. Il résulte des stipulations du deuxième alinéa du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord précité que l'obtention, par un ressortissant sénégalais, d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " est subordonnée à la détention par celui-ci d'un contrat de travail visé par les services de la main d'œuvre étrangère pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais de 2006.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a signé le 4 novembre 2020 un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de manœuvre. Toutefois, ce contrat n'est pas visé par les services de la main d'œuvre étrangère conformément aux stipulations du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais de 2006. Dès lors, le requérant ne pouvait prétendre au bénéfice d'un titre de séjour temporaire mention " salarié " sur ce fondement. Par ailleurs, la circonstance que M. B justifie travailler depuis novembre 2020 n'est pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus dès lors que notamment que le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne conteste pas avoir obtenu frauduleusement son précédent titre de séjour lui ayant permis d'obtenir ce contrat. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. M. B fait valoir qu'il réside de manière habituelle et continue sur le territoire français avec une partie de sa famille depuis le 9 février 2014. Toutefois, il n'apporte aucun élément susceptible d'établir la réalité de ces allégations. En outre, le requérant a déclaré dans sa demande de titre de séjour que ses parents ainsi que l'ensemble de sa fratrie résidaient toujours au Sénégal. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, il ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour temporaire mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022 , à laquelle siégeaient :

- M. Delage, président,

- Mme Florent, première conseillère,

- M. Thivolle, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre2022.

La rapporteure,

Signé

J. D

Le président,

Signé

Ph. Delage

La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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