mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203604 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DURANT-GIZZI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai 2022 et le 29 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Durant-Gizzi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé de le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation afin de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
-n'est pas motivée ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié ; en outre, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences pour sa situation personnelle ; son retour en Algérie entraînerait nécessairement l'interruption de ses soins ; elle ne pourrait bénéficier d'un traitement effectif en Algérie, où son époux, décédé en 2018, s'est vu refuser l'hospitalisation, en raison de son âge, pour le traitement d'un cancer du sang ; en outre, sa prise en charge médicale n'est également possible que grâce à la présence de ses enfants, en particulier de ses deux filles qui l'hébergent et l'assistent depuis son arrivée en France ;
-elle méconnaît, pour les mêmes motifs, les stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe en France, où résident quatre de ses enfants ;
Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
-sont, par conséquent, dépourvues de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés. Il fait valoir en particulier que Mme A n'établit pas par des éléments suffisamment probants l'impossibilité d'être suivie médicalement dans son pays d'origine.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A ressortissante algérienne née en 1955, est entrée en France en dernier lieu le 3 mars 2020, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 10 novembre 2015 au 9 novembre 2020, avec droit de séjour de 90 jours par visite. Elle a bénéficié entre le 24 août 2020 et le 8 février 2021, en raison de la situation sanitaire, de deux autorisations provisoires de séjour. Elle a présenté le 25 mars 2021 une demande de titre de séjour pour soins sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 12 avril 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office. Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la légalité externe
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, la décision contestée vise les dispositions applicables de l'accord franco-algérien, et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte l'énoncé des circonstances de fait relatives à la situation, notamment médicale et familiale, de Mme A, et met cette dernière en mesure d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation n'est pas fondé, et doit être écarté.
Sur la légalité interne
4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () "
5. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'avis rendu le 28 mai 2021 par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a considéré que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. A l'appui de sa requête, Mme A, qui a souffert d'un cancer du rectum justifiant une intervention chirurgicale et un traitement par chimiothérapie en 2017 et 2018, et qui est également suivie pour des troubles thyroïdiens et rénaux, justifie de l'intensité et de la régularité de sa prise en charge médicale par la production de nombreux compte-rendu d'examens et de consultations, certificats médicaux et courriers de convocation, dont plusieurs sont postérieurs à l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, mais révèlent des faits qui lui sont antérieurs. Ce faisant, Mme A ne conteste toutefois pas utilement le motif retenu par le préfet selon lequel elle peut bénéficier d'un traitement effectif et approprié dans son pays d'origine. En effet, si elle soutient, à cet égard, que son mari, décédé en 2018 d'un cancer du sang, s'est vu refuser l'hospitalisation et le traitement de sa pathologie en Algérie, au motif qu'il était âgé de plus de 65 ans, cette circonstance, bien qu'évoquée dans les attestations produites à l'appui de sa requête et rédigées par les membres de sa famille résidant en France, n'est établie par aucune autre pièce du dossier. Par ailleurs, les seules attestations signées par ses filles et datées des 25 et 27 avril 2022, qui indiquent qu'elles hébergent leur mère depuis son entrée en France et l'accompagnent dans son parcours médical, ne suffisent pas à établir que leur présence à ses côtés serait indispensable. Dès lors, à défaut d'apporter la preuve que le retour dans son pays d'origine la priverait de la possibilité d'accéder à un traitement effectif, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet aurait méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1969 modifié.
8. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et, aux termes de l'article 8 de la convention l'européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. D'une part et pour les mêmes motifs que ceux qui ont été indiqués au point 7 de la présente décision, Mme A, qui ne démontre pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en raison, notamment, de l'impossibilité d'accéder à des soins effectifs et appropriés en Algérie, n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. D'autre part, si Mme A, veuve depuis 2018, se prévaut de la présence en France de quatre de ses enfants, qui y résident en situation régulière, et indique avoir été hébergée et prise en charge par ses deux filles au cours de ses séjours sur le territoire et depuis sa dernière entrée en 2020, elle ne soutient pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident notamment deux autres de ses enfants et dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 65 ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à la protection de sa vie privée et familiale, et le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 précité ne peut qu'être écarté comme infondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ne peuvent qu'être rejetées.
12. Il s'ensuit que les décisions par lesquels le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire et la décision par laquelle il a fixé le pays de renvoi, ne sont pas dépourvues de base légale. Le moyen tiré de leur illégalité, par voie d'exception, ne peut, par conséquent, qu'être écarté.
Sur les frais et les dépens
13. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, le versement d'une somme quelconque en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, la requérante ne justifie d'aucun dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Delage, président,
Mme Julie Florent, première conseillère,
M. Grégoire Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. C
Le président,
Signé
Ph. DelageLa greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026