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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203643

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203643

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme C soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, le préfet n'a pas sérieusement examiné sa situation et la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante marocaine, née le 1er décembre 1981 entrée en France selon ses déclarations le 6 juin 2019 a sollicité, le 19 octobre 2019, un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mars 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, expose la situation privée et familiale de Mme C et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles elle ne remplit pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Par suite, l'arrêté du 24 mars 2022 satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, qui précise que Mme C a conclu le 30 avril 2021 un pacte civil de solidarité avec M. B E, né le 23 avril 1988, de nationalité française, qu'elle se maintient en situation irrégulière sur le territoire et qu'elle ne peut justifier d'une vie commune suffisamment ancienne et établie avec son partenaire, que le préfet ne serait pas livré à un examen complet et sérieux de la situation de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le pacte civil de solidarité conclu entre Mme C et M. E présente un caractère très récent et que Mme C n'établit par aucune pièce l'intensité de la relation qui la lierait à son partenaire civil. Toutefois, il ressort des relevés bancaires produits par Mme C qu'elle est domiciliée chez Mme D, 2 clos de Belle Vue à Etampes, alors que M. E réside 52 avenue de Paris à Etampes. En outre, la requérante ne justifie d'aucune activité professionnelle ni d'aucune ressource sur le territoire français. Enfin, aucun enfant n'est né de cette union. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a commis ni erreur d'appréciation ni erreur manifeste d'appréciation en refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 24 mars 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour critiqué n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite serait dépourvue de base légale, ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme C, récemment arrivée en France, n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. En outre, il n'est pas contesté qu'elle ne maitrise pas suffisamment la langue française pour tenir une conversation simple. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait de nature à porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2022. Les conclusions en annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 2 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

S. A

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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