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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203701

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203701

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7éme chambre
Avocat requérantMILICH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2205953 du 10 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. C A.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Versailles le 11 mai 2022, M. C A, représenté par Me Milich, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir avec astreinte de 15 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ; elle n'est pas suffisamment motivée et ne comporte pas d'examen sérieux de sa demande ; elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est pacsé depuis le 30 juillet 2021 avec une ressortissante ivoirienne résidant régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour qui lui a été délivré en sa qualité de parent d'enfant français et qu'il assume le rôle de père vis-à-vis de cet enfant ; elle méconnaît les dispositions du 10 ° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 13 juin 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C A est, selon ses déclarations, entré en France le 25 août 2015 sous couvert d'un visa de type C et s'est ensuite maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Il a sollicité le 17 septembre 2021 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis le 9 décembre 2021 un avis défavorable sur sa demande. Par un arrêté du 13 avril 2022, le préfet des Yvelines a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de chacune de ces décisions.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant, précise qu'il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état du contenu de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et examine également la situation personnelle du requérant au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision ne pouvait comporter davantage de précisions sur l'état de santé de l'intéressé, dès lors que le respect des règles du secret médical interdisait au collège de médecins de l'OFII de révéler à l'administration des informations sur les pathologies dont souffre M. A et sur la nature des traitements médicaux que nécessite son état de santé. Par suite, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

5. D'une part, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande sur le fondement des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins mentionné au 11° de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé du demandeur, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays d'origine de l'étranger concerné.

6. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Il ressort du collège de médecin de l'OFII du 9 décembre 2021 que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé. M. A n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le sens de cet avis, ni l'appréciation portée par le préfet sur son état de santé. La circonstance que son traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine, outre qu'elle n'est pas établie, est inopérante en l'espèce dès lors que, comme il vient d'être dit, le défaut de prise en charge de l'état de santé du requérant ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet ne s'est pas livré à une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. A la délivrance du titre de séjour que celui-ci sollicite.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient qu'il réside de manière continue en France depuis 2015, cette seule circonstance, à la supposer même avérée, ne suffit pas à établir l'existence des liens qu'il prétend avoir développés sur le territoire français. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a conclu le 30 juillet 2021 un pacte civil de solidarité avec une compatriote résidant régulièrement en France, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cette relation qui, en l'état des pièces du dossier est extrêmement récente, remonterait à une date plus ancienne. Enfin, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans et où résident ses trois enfants ainsi ses parents. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet ne s'est pas non plus livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique.

12. En l'espèce, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français incluse dans l'arrêté attaquée serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté dès lors que cet arrêté mentionne, comme il a été dit au point 2, les circonstances de droit et de fait fondant le refus de renouvellement de titre de séjour opposé à M. A et vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant qu'un refus de titre de séjour peut être assorti d'une telle obligation.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 9 du présent jugement que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Mathé, conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le président rapporteur,

signé

L. B

L'assesseure la plus ancienne dans le grade,

signé

C. Mathé

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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