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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203707

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203707

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 mai 2022 et le 2 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Yvelines a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou un titre de séjour mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ; à défaut d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au non-lieu à statuer dès lors que le requérant a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour régulièrement renouvelé à la suite d'une demande de titre de séjour déposée le 29 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deharo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant Ghanéen, déclare être entré irrégulièrement en France en 2013 et s'y maintenir depuis cette date. Le 29 juin 2021, il a formulé par courrier réceptionné à la préfecture des Yvelines le 2 juillet 2021, une demande de titre de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :

2. Postérieurement à l'introduction de la présente requête, le préfet des Yvelines a délivré à M. B, un récépissé constatant le dépôt d'une demande de titre de séjour le 29 novembre 2022. Toutefois, la délivrance d'un tel récépissé, qui n'a ni le même objet ni les mêmes effets qu'une carte de séjour temporaire, ne saurait priver d'objet les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant refus de séjour. Il y a donc lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Aux termes de l'article R. 432-1 de ce code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de carte de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies à l'article R. 431-3 précité est applicable, que l'intéressé se présente physiquement à la préfecture. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. En pareille circonstance, le préfet n'est pas en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour et peut, le cas échéant, procéder à la régularisation de la situation de l'intéressé. Toutefois, lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a adressé par courrier une demande de titre de séjour le 29 juin 2021 dont la préfecture des Yvelines a accusé réception le 2 juillet 2021. Par suite, une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. B est née le 2 novembre 2021 du silence gardé par le préfet sur sa demande.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () Aux termes de l'article R.432-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2, du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R.432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. Par un courrier du 15 novembre 2021, reçu par les services de la préfecture des Yvelines le 18 novembre 2021, M. B a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Toutefois, l'administration n'a pas communiqué, dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées, les motifs de cette décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige est fondé.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Yvelines sur sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Yvelines réexamine la demande de titre de séjour de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines d'agir en ce sens dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa demande, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Yvelines sur la demande de titre de séjour présentée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa demande.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Deharo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. Deharo

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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