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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203771

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203771

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2022, M. B C, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 22 avril 2000 au Canada, est entré en France, selon ses déclarations, le 28 décembre 2015. Le 12 mai 2022, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences Par un arrêté du 12 mai 2022, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Il examine également sa situation professionnelle et familiale. Dès lors, cet arrêté, alors même que certains des éléments dont il fait état seraient erronés, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 12 mai 2022 ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de l'Essonne aurait insuffisamment examiné la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait, en ce que, d'une part, les trois signalements dont elle fait état correspondent en réalité à la même infraction pour laquelle, alors même qu'il a été mis en examen, il n'a pas encore été jugé, d'autre part, il n'utilise pas d'alias et dispose d'une adresse stable chez son oncle et, enfin, il ne travaille pas illégalement mais pour le compte de la société Divines Services, qui lui fournit des fiches de paie.

5. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Essonne a retenu que l'intéressé avait été interpellé et placé en garde à vue le 12 mai 2022 par les services de police d'Evry pour des faits de violences conjugales et dégradation de biens privés et que, par ailleurs, il avait fait l'objet de trois signalements pour des faits de viol aggravé en 2020 et 2016. M. C, qui ne conteste pas les faits de violences conjugales ayant conduit à son interpellation en mai 2022 et pour lesquels il est convoqué devant le tribunal correctionnel d'Evry le 9 mars 2023, fait cependant valoir que les trois signalements pour viol sont relatifs aux mêmes faits datant de 2016, pour lesquels il a été mis en examen en 2020. Toutefois, l'obligation de quitter le territoire français attaquée se fonde sur le trouble à l'ordre public que son comportement présente, ce que le requérant ne conteste pas. Ainsi, à supposer établies les allégations du requérant, l'erreur de fait sur le nombre de signalements dont il aurait fait l'objet est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

6. D'autre part, le préfet de l'Essonne a relevé que l'intéressé ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il a utilisé des alias, qu'il n'a pas présenté de passeport valide et qu'il se maintient sur le territoire en situation irrégulière. M. C, qui ne conteste pas avoir déjà fourni aux services de police une identité erronée, se borne à indiquer qu'il dispose d'une adresse stable au domicile de son oncle. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur de fait en indiquant qu'il a fait usage d'alias et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes doit être écarté.

7. Enfin, M. C, s'il produit des bulletins de salaire, ne justifie pas avoir obtenu d'autorisation de travail. Par suite, en indiquant qu'il travaille illégalement sur le territoire français, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. C, qui indique vivre en France depuis 2015 où il est arrivé à l'âge de 15 ans, se prévaut de la présence sur le territoire français de son père et de ses quatre frères, de nationalité française, ainsi que de ses oncles et grands-parents, qui sont en situation régulière ou ont la nationalité française. Toutefois, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens qu'il entretient avec les membres de sa famille. Il est par ailleurs majeur, célibataire et sans charge de famille. En outre, s'il indique travailler pour la société Divine services depuis 2020, la seule production de deux fiches de paie pour les mois de novembre 2019 et janvier 2020 est insuffisante à établir l'insertion professionnelle, au demeurant récente, dont il se prévaut. Enfin, et ainsi qu'il a été dit au point 5, M. C ne conteste pas avoir été interpellé pour des faits de violences conjugales, et être mis en examen pour des faits de viol. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant la décision attaquée, le préfet de l'Essonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. La décision prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également des termes de cette décision que le préfet de l'Essonne a pris en compte, au vu de la situation de M. C, les critères prévus par les dispositions précitées pour fixer la durée de l'interdiction de retour en relevant qu'il représente une menace pour l'ordre public, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale. Ainsi, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fonde, est suffisamment motivée.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. A

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203771

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