lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203827 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | WEISS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête présentée par la SARL Point Vert et M. A B.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 18 janvier et 30 septembre 2022, 5 octobre et 15 décembre 2023, la SARL Point Vert et M. A B, représentés par Me Weiss, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler ou, à titre subsidiaire, de réformer la décision du 15 novembre 2021 par laquelle la Commission nationale des sanctions a prononcé à l'encontre de la SARL Point Vert une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agence immobilière pour une durée de trois mois avec sursis, assortie d'une sanction pécuniaire d'un montant de 1 500 euros et, à l'encontre de M. A B, une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agent immobilier pour une durée de trois mois avec sursis, assortie d'une sanction pécuniaire d'un montant de 1 500 euros, et a ordonné la publication de ces sanctions aux frais de la SARL Point Vert dans " Le Journal de l'Agence " dès sa première publication ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que M. B n'a pas été informé lors du contrôle de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de son droit de se taire ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le rapporteur n'était pas présent au moment du délibéré de la Commission nationale des sanctions ;
- le grief retenu n'est pas matériellement établi ;
- les décisions d'interdiction temporaire d'exercer les activités d'agence immobilière et d'agent immobilier pour une durée de trois mois avec sursis sont disproportionnées ;
- la décision de publication des sanctions n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 561-50-2 du code monétaire et financier.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 avril 2023 et 8 janvier 2024, la présidente de la Commission nationale des sanctions conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Point Vert et M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code monétaire et financier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,
- et les observations de Me Weiss, représentant la SARL Point Vert et M. B.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Point Vert, dont M. A B est le gérant, exploite trois agences immobilières dans le département de l'Essonne. Le 9 octobre 2018, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a réalisé un contrôle ayant pour objet de vérifier le respect par la société de ses obligations en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Le 15 novembre 2021, la Commission nationale des sanctions a prononcé à l'encontre de la SARL Point Vert une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agence immobilière pour une durée de trois mois avec sursis, assortie d'une sanction pécuniaire d'un montant de 1 500 euros et, à l'encontre de M. A B une interdiction temporaire d'exercer l'activité d'agent immobilier pour une durée de trois mois avec sursis, assortie d'une sanction pécuniaire d'un montant de 1 500 euros, et ordonné la publication de ces sanctions aux frais de la SARL Point Vert dans " Le Journal de l'Agence ". La SARL Point Vert et M. B demandent l'annulation de cette décision et, à titre subsidiaire, sa réformation.
Sur la régularité des sanctions :
2. En premier lieu, la SARL Point Vert et M. B soutiennent que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que ce dernier n'a pas été informé lors du contrôle de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), le 9 octobre 2018, de son droit de se taire. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'imposait une telle information lors du contrôle de la DGCCRF, qui est antérieur à l'engagement de la procédure disciplinaire déclenchée le 17 septembre 2019 par la transmission du rapport d'intervention par le ministre de l'économie à la Commission nationale des sanctions. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-42 du code monétaire et financier : " Le président de la Commission nationale des sanctions désigne un rapporteur. Celui-ci ne peut recevoir aucune instruction. La Commission statue par décision motivée, hors la présence du rapporteur de l'affaire () ".
4. Il résulte de l'instruction et, en particulier, des visas de la décision attaquée ainsi que du procès-verbal de la séance du 27 octobre 2021, versée au dossier par la Commission nationale des sanctions, que le rapporteur n'a pas pris part au délibéré. Par suite, ce moyen qui manque en fait doit être écarté.
5. En troisième lieu, la décision par laquelle la Commission nationale des sanctions rend publique la sanction qu'elle prononce sur le fondement de l'article L. 561-40 du code monétaire et financier ayant le caractère d'une sanction complémentaire, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de la motivation d'ensemble des sanctions principales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 561-50-2 du code monétaire et financier : " Sans préjudice de la publication sur le site internet prévue à l'article R. 561-50-1, la décision peut également être publiée, à l'expiration du délai de recours, dans les publications, journaux ou supports désignés par la Commission. () ".
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la Commission nationale des sanctions a ordonné la publication de la sanction dès la première publication du journal " Le Journal de l'Agence " à compter de la notification de cette décision, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 561-50-2 du code monétaire et financier. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que l'article 5 de la décision attaquée, en tant qu'il ordonne la publication de la sanction dans " Le Journal de l'Agence " dès sa première publication à compter de la notification de la décision, méconnaît ces dispositions et à en demander l'annulation dans cette mesure.
Sur le bien-fondé des sanctions :
8. Aux termes de l'article L. 561-4-1 du code monétaire et financier : " Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 appliquent les mesures de vigilance destinées à mettre en œuvre les obligations qu'elles tiennent du présent chapitre en fonction de l'évaluation des risques présentés par leurs activités en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. / A cette fin, elles définissent et mettent en place des dispositifs d'identification et d'évaluation des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme auxquels elles sont exposées ainsi qu'une politique adaptée à ces risques. Elles élaborent en particulier une classification des risques en question en fonction de la nature des produits ou services offerts, des conditions de transaction proposées, des canaux de distribution utilisés, des caractéristiques des clients, ainsi que du pays ou du territoire d'origine ou de destination des fonds. () ". Et aux termes de l'article L. 561-32 du même code : " Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 mettent en place une organisation et des procédures internes pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, tenant compte de l'évaluation des risques prévue à l'article L. 561-4-1. En tenant compte du volume et de la nature de leur activité ainsi que des risques présentés par les relations d'affaires qu'elles établissent, elles déterminent un profil de la relation d'affaires permettant d'exercer la vigilance constante prévue à l'article L. 561-6 () ".
9. Il résulte de l'instruction que M. B n'a mis en place aucun dispositif d'identification et d'évaluation des risques de blanchiment des capitaux et financement du terrorisme au sein de la SARL Point Vert. Si des fiches acquéreur existaient, celles-ci eu égard à leur contenu particulièrement succinct ne pouvaient être regardées comme satisfaisant à l'obligation de mettre en place un tel dispositif. En outre, la circonstance que les requérants se seraient mis en conformité avec la réglementation applicable postérieurement au contrôle de la DGCCRF en mettant en place de nouvelles procédures internes de détection des risques en matière de lutte anti-blanchiment et de financement du terrorisme, est sans incidence sur le manquement qui a été constaté par la Commission nationale des sanctions, celui-ci devant s'apprécier à la date de la commission des faits. Par suite, le moyen tiré de ce que le grief retenu par la Commission nationale des sanctions ne serait pas matériellement établi doit être écarté.
Sur la proportionnalité des sanctions d'interdiction temporaire d'exercer les activités d'agence immobilière et d'agent immobilier pour une durée de trois mois avec sursis :
10. Aux termes de l'article L. 561-40 du code monétaire et financier : " I. La Commission nationale des sanctions peut prononcer l'une des sanctions administratives suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'interdiction temporaire d'exercice de l'activité ou d'exercice de responsabilités dirigeantes au sein d'une personne morale exerçant cette activité pour une durée n'excédant pas cinq ans ; / 4° Le retrait d'agrément ou de la carte professionnelle. / La sanction prévue au 3° peut être assortie du sursis. Si, dans le délai de cinq ans à compter du prononcé de la sanction, la personne sanctionnée commet une infraction ou une faute entraînant le prononcé d'une nouvelle sanction, celle-ci entraîne, sauf décision motivée, l'exécution de la première sanction sans confusion possible avec la seconde. / La commission peut prononcer, soit à la place, soit en sus de ces sanctions, une sanction pécuniaire dont le montant ne peut être supérieur à cinq millions d'euros ou, lorsque l'avantage retiré du manquement peut être déterminé, au double de ce dernier. Les sommes sont recouvrées par le Trésor public. / () / II. - Le montant et le type de la sanction infligée au titre du présent article sont fixés en tenant compte, notamment, le cas échéant : / 1° De la gravité et de la durée des manquements ; / 2° Du degré de responsabilité de l'auteur des manquements, de sa situation financière, de l'importance des gains qu'il a obtenus ou des pertes qu'il a évitées, de son degré de coopération lors du contrôle et de la procédure devant la commission ainsi que des manquements qu'il a précédemment commis ; / 3° S'ils peuvent être déterminés, des préjudices subis par des tiers du fait des manquements. () ".
11. Il résulte de l'instruction que, sur les quatre griefs initialement formulés à l'encontre de la SARL Point Vert et de M. B, la Commission nationale des sanctions a retenu le seul grief tiré du manquement à l'obligation de mise en place de systèmes d'évaluation et de gestion des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme. Il n'est en outre pas contesté que ce manquement est le premier constaté au regard de la législation relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, qu'il n'a pas entrainé de dommages ou de préjudices particuliers et que les requérants n'en ont tiré aucun profit. Il s'agit toutefois d'un manquement grave, qui s'est prolongé sur plusieurs années, commis par des professionnels justifiant d'une expérience dans le domaine de l'immobilier de près de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la sanction serait disproportionnée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de l'article 5 de la décision de la Commission nationale des sanctions du 15 novembre 2021 en tant qu'il prévoit la publication des sanctions prononcées à leur encontre avant l'expiration du délai de recours de contentieux.
Sur les frais liés au litige :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
14. Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel. En l'espèce, dès lors que les requérants doivent être regardés comme perdant pour l'essentiel, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la SARL Point Vert et M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'article 5 de la décision de la Commission nationale des sanctions du 15 novembre 2021 est annulé en tant qu'il prévoit la publication des sanctions prononcées à l'encontre de la SARL Point Vert et de M. B avant l'expiration du délai de recours de contentieux.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Point Vert, à M. A B et à la présidente de la Commission nationale des sanctions.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dely, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
F. Gibelin
La présidente,
signé
I. DelyLa greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2111036
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026