lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203844 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DALMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mai 2022, 5 avril et 12 juillet 2023, Mme C Chaout Boulay, représentée par Me Dalmas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne lui a retiré son agrément d'assistante familiale ;
2°) de condamner le département de l'Essonne à lui verser la somme totale de 61 322 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) d'assortir cette condamnation d'une astreinte de 100 euros par jour de retard en cas de non versement par le département des revenus mensuels postérieurs au présent recours dont elle serait privée ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Essonne la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête, qui tend à la fois à l'annulation d'une décision et à l'indemnisation des préjudices causés par son illégalité fautive, est recevable ;
- la décision du 16 novembre 2021 de retrait de son agrément d'assistante familiale est entachée d'incompétence à défaut pour le département d'apporter la preuve que l'auteur de la décision était titulaire d'une délégation de signature du président du conseil départemental ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les informations et éléments dont disposait le président du conseil départemental n'étaient pas de nature à établir que ses conditions d'accueil ne garantissaient plus la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;
- l'illégalité de la décision du 16 novembre 2021 constitue une faute de nature à engager la responsabilité du département de l'Essonne ;
- cette décision, qui l'a indûment privée de son emploi, lui a causé plusieurs préjudices qui peuvent être évalués comme suit : une perte de revenus à hauteur de 23 322 euros, une incidence sur sa carrière professionnelle d'assistante familiale à hauteur de 15 000 euros, un préjudice moral à hauteur de 15 000 euros et une incidence sur sa vie privée et familiale à hauteur de 8 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier, 24 mai et 31 juillet 2023, le département de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sauvageot, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme Chaout Boulay et de Mme E, pour le département de l'Essonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C Chaout Boulay a été agréée en qualité d'assistante familiale le 13 février 2019. Son agrément a été modifié le 17 juillet 2020 pour lui permettre d'accueillir deux enfants. Informé le 8 juillet 2021 par la cellule centralisée des informations préoccupantes du département de dénonciations de soupçons de maltraitances exercées par Mme Chaout Boulay et son époux sur la fille aînée du couple, le département a effectué un signalement au procureur de la République, a suspendu l'agrément de l'intéressée à compter du 12 juillet 2021 et diligenté une enquête administrative. Par une décision du 16 novembre 2021, le président du conseil départemental de l'Essonne a décidé de retirer l'agrément de Mme Chaout Boulay. Par un courrier du 14 janvier 2022, l'intéressée a formé contre cette décision un recours gracieux, lequel a été rejeté par une décision implicite. Par la présente requête, Mme Chaout Boulay demande au tribunal d'annuler la décision du 16 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne lui a retiré son agrément d'assistante familiale et de condamner le département de l'Essonne à lui verser la somme de 61 322 euros en réparation des préjudices subis.
2. En premier lieu, par un arrêté de délégation de signature n° 2021-ARR-DGS-0629 du 1er juillet 2021, régulièrement publiée au bulletin officiel départemental n° 2021-12 le 2 juillet 2021, le président du conseil départemental de l'Essonne a délégué sa signature à Mme F D, directrice de la protection maternelle et infantile et de la santé, à l'effet de signer tous les actes administratifs préparés par les services placés sous sa responsabilité, à l'exception de documents limitativement énumérés parmi lesquels ne figurent pas les décisions de retrait d'agrément d'assistant familial. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée fait mentions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles et indique que le dossier de Mme Chaout Boulay a été soumis le 5 novembre 2021 à la commission consultative paritaire départementale. La décision fait référence aux évaluations sociale et psychologique de la requérante, en indiquant que celles-ci ont mis en exergue que le cadre d'accueil proposé par Mme Chaout Boulay laisse apparaître des difficultés pour l'exercice de la profession d'assistant familial, qu'elle ne mesure pas les conséquences de la crise rencontrée par sa famille sur son activité professionnelle, qu'elle adopte des positionnements éducatifs inappropriés sans en mesurer les conséquences, et qu'ainsi, le président du conseil départemental ne peut être assuré qu'elle présente les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur santé, leur sécurité et leur épanouissement. Ainsi, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait l'application et précise suffisamment les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil général peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant familial garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant familial si ces conditions ne sont plus remplies.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour retirer l'agrément d'assistante familiale de Mme Chaout Boulay, le président du conseil départemental de l'Essonne a retenu que le cadre d'accueil proposé par la requérante laissait apparaître des difficultés pour l'exercice de la profession d'assistant familial à la suite des difficultés rencontrées au sein de la famille même de l'intéressée à la suite d'accusations de maltraitances formulées par sa fille aînée. Si la requérante se prévaut, d'une part, de ce que la mesure de placement provisoire de ses trois enfants, ordonnée par le procureur de la République du tribunal judiciaire d'Evry à la suite des dénonciations de sa fille, a été levée le 22 juillet 2021 par le juge des enfants et, d'autre part, que les poursuites engagées à son encontre ont été classées sans suite, il ressort des pièces du dossier que le juge des enfants G a prononcé une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert au profit des trois enfants de Mme B A " afin de s'assurer de l'apaisement durable des relations familiales ". En outre, il ressort des rapports d'évaluation psychologique et sociale, datant respectivement des 22 et 24 septembre 2021, rédigés en des termes précis et circonstanciés, que la crise rencontrée par la cellule familiale de Mme Chaout Boulay à la suite de cette dénonciation, risque d'impacter défavorablement la prise en charge des enfants accueillis et indiquent que la requérante ne présente pas la disponibilité psychique requise pour répondre aux besoins des enfants accueillis. Enfin, si la requérante produit de nombreux témoignages établis par des proches et anciens employeurs, ces pièces ne permettent pas d'infirmer les éléments portés à la connaissance du président du conseil départemental par l'intermédiaire des rapports d'évaluation psychologique et sociale. Dans ces conditions, le président du conseil départemental a pu légalement considérer que les conditions d'accueil proposées par la requérante ne permettaient plus de garantir la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs accueillis et étaient de nature à justifier le retrait de son agrément.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme Chaout Boulay tendant à l'annulation de la décision du 16 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne a procédé au retrait de son agrément d'assistante familiale doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction. Il s'ensuit que ses conclusions indemnitaires doivent également être rejetées.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Essonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme Chaout Boulay demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme Chaout Boulay présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Chaout Boulay est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C Chaout Boulay et au département de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente-rapporteure,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
J. SauvageotL'assesseure la plus ancienne,
Signé
F. Lutz
La greffière,
Signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026