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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203958

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203958

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Gibelin
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de retrait de quatre points du solde de son permis de conduire pour l'infraction commise le 17 mars 2021 à 17h41 ;

2°) d'annuler la décision de retrait de trois points du solde de son permis de conduire pour l'infraction commise le 17 mars 2021 à 17h42 ;

3°) d'annuler la décision " 48 SI " du 6 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retraits de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de rétablir la validité du permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que les décisions ne lui ont pas été régulièrement notifiées et qu'ainsi le délai de recours contentieux n'a pu commencer à courir ;

- les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 17 mars 2021 à 17h41 et 17 mars 2021 à 17h42 n'ont pas été précédées de la délivrance des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie ;

- la décision 48 SI est illégale en raison de l'illégalité des décisions de retraits de points consécutives aux infractions des 17 mars 2021 à 17h41 et 17 mars 2021 à 17h42.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions dirigées contre la décision de retrait de points prise à la suite de l'infraction du 17 mars 2021 à 17h42 et celles dirigées contre la décision " 48 SI " du 6 janvier 2022 sont dépourvues d'objet, ces décisions ayant disparu en cours d'instance ;

- les conclusions dirigées contre la décision de retrait de point prise à la suite de l'infraction du 17 mars 2021 à 17h41 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions du 1° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis des infractions au code de la route le 17 mars 2021 à 17h41 (4 points) et à 17h42 (3 points). Ces infractions ont donné lieu à des décisions de retrait de points du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Constatant le solde de points nul de

M. B, le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a également, par une décision " 48 SI " du 6 janvier 2022, notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé la précédente décision de retraits de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire. M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de sa notification qui n'est opposable qu'à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification. Pour l'application de ces dispositions, les décisions référencées 48 SI constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, dont l'administration n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire apportée par leur destinataire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des voies et délais de recours.

4. Enfin, des conclusions tendant à l'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points d'un permis de conduire sont dépourvues d'objet si la décision par laquelle ce ministre a constaté la perte de validité de ce permis pour solde de points nul est devenue définitive.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'un pli recommandé avec accusé de réception numéro 2C 155 469 2035 4 a été envoyé par le B.N.D.C. à M. B A. La mention figurant sur l'avis de réception du numéro de permis de conduire de l'intéressé précédé de la lettre S indique, comme il est d'usage, que le pli contenait une décision référencée " 48 SI " d'invalidation du permis, établie selon un modèle-type comportant les voies et délais de recours. L'avis de réception produit par le requérant, accompagné d'une copie de la décision mentionnant les voies et délais de recours, précise que ce pli a été envoyé à l'adresse figurant sur la requête de M. B, qu'il a été retourné à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé " après avoir été " Présenté/Avisé le : 27/01 ". Compte tenu de ces mentions précises, claires et concordantes non remises en cause par des éléments produits par M. B, la notification est ainsi réputée avoir été régulièrement accomplie à la date du 27 janvier 2022. La seule circonstance que le pli ne mentionne pas le délai imparti à son destinataire pour retirer le pli et l'adresse du bureau de poste n'est pas de nature à faire obstacle à ce que la décision contestée puisse être regardé, en l'espèce, comme ayant été régulièrement notifiée à cette date. Dès lors, sa demande, enregistrée au greffe du tribunal administratif le 20 mai 2022, soit après l'expiration du délai de recours de deux mois qui lui était imparti et qui n'a pu être conservé par l'exercice d'un recours gracieux lui-même tardif, est tardive et par suite irrecevable.

6. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le préfet, que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. C La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203958

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