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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203963

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203963

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET PORTELLI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mai 2022 et le 21 juillet 2022, M. A B, accompagné par le syndicat départemental CFTC des Yvelines en tant qu'intervenant volontaire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 novembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Coignières a approuvé un accord de médiation avec M. C, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Coignières de produire l'accord de médiation dans l'hypothèse où il aurait été signé ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coignières une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération ne pouvait légalement autoriser le maire à retirer son arrêté de constatation d'un service non fait, pris en situation de compétence liée et alors que le fait d'autoriser un agent à rester à son domicile sans travail effectif et sans opérer de retenue sur son traitement peut être qualifié de détournement de fonds publics ; la convention conclue à ce titre entre la commune et son ancien agent contrevient à des dispositions d'ordre public ;

- le conseil municipal a été induit en erreur et a méconnu l'étendue de sa compétence, en ne se prononçant pas sur tous les éléments essentiels de la transaction à intervenir ;

- l'accord de médiation est illicite, constitue une libéralité de la part de la collectivité et méconnait d'autres règles d'ordre public ;

- l'accord n'a pas pour effet d'engager l'agent à se désister de ses actions en cours et n'a donc pas pour effet de terminer une contestation au sens de l'article 2044 du code civil ;

- à titre subsidiaire, la délibération a été irrégulièrement adoptée dès lors que le maire, intéressé à titre personnel, était en situation de conflit d'intérêt et ne pouvait donc participer au vote.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, la commune de Coignières, représentée par Me Portelli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2024.

Par courrier du 8 octobre 2024, le tribunal a invité M. B à régulariser sa requête en justifiant de son intérêt pour agir dans un délai de dix jours et l'a informé, qu'à défaut, sa requête pourrait être rejetée comme irrecevable, ce courrier tenant lieu de l'information prévue par les dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

Un mémoire a été présenté pour M. B le 12 novembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me de Vallombreuse, représentant M. B,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Portelli, représentant la commune de Coignières.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ancien directeur des ressours humaines de la commune de Coignières, a engagé quatre procédures juridictionnelles à l'encontre de la commune au cours de l'année 2020. Ces procédures ont donné lieu à l'engagement d'une médiation, laquelle a débouché sur un accord conclu entre les parties le 20 octobre 2021. Par une délibération du 16 novembre 2021 dont M. B demande l'annulation, le conseil municipal de la commune de Coignières a autorisé son maire à signer cet accord et approuvé le versement à M. C de la somme de 20 000 euros ainsi que l'annulation d'un titre de recette émis à son encontre pour un montant de 12 085,23 euros.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, il est constant que seuls M. C et la commune de Coignières sont parties aux procédures juridictionnelles auxquelles l'accord de médiation en litige a vocation à mettre fin tandis que cet accord n'engage que ces parties. Par suite, quand bien même M. B occupait les fonctions de directeur général des services de la commune de Coignières à la date de la délibération attaquée, et qu'il avait initié certains actes administratifs à l'origine du litige entre M. C et la commune, il n'est pas fondé à soutenir qu'il serait personnellement concerné par l'accord de médiation ou par la délibération du conseil municipal autorisant le maire à le signer.

3. En deuxième lieu, lorsque la délibération d'un conseil municipal emporte une perte de recettes ou des dépenses supplémentaires, le contribuable de cette commune n'est recevable à en demander l'annulation pour excès de pouvoir que si les conséquences directes de cette délibération sur les finances communales sont d'une importance suffisante pour lui conférer un intérêt pour agir.

4. En l'espèce, si M. B se prévaut également de sa qualité d'habitant et contribuable de la commune de Coignières, il ressort des pièces du dossier que la délibération en litige approuve pour cette commune une perte de recette potentielle de 12 085,23 euros et une dépense supplémentaire de 20 000 euros soit un montant total représentant environ 0,16 % du budget primitif 2021 de la commune, consultable librement sur son site Internet, et s'établissant à la somme totale de 19 362 615,26 euros. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que les conséquences directes de la délibération litigieuse sur les finances communales seraient d'une importance suffisante pour lui conférer un intérêt à agir en sa qualité de contribuable local.

5. Il résulte de ce qui précède, et alors que M. B n'a pas apporté d'élément complémentaire de nature à justifier de cet intérêt à la suite de la demande de régularisation faite par le tribunal le 8 octobre 2024, que les conclusions à fin d'annulation qu'il présente doivent être rejetées comme étant irrecevables en raison de l'absence de qualité lui donnant intérêt pour agir contre la délibération du 16 novembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur la recevabilité de l'intervention du syndicat départemental CFTC des Yvelines :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct () ". L'intervention du syndicat départemental CFTC des Yvelines a été présentée, non par mémoire distinct, mais dans la requête présentée par M. B.

7. D'autre part, une intervention présentée à l'appui d'une requête irrecevable est, par voie de conséquence, elle-même irrecevable.

8. Dès lors, l'intervention du syndicat départemental CFTC des Yvelines n'est pas recevable.

9. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention volontaire du syndicat départemental CFTC des Yvelines n'est pas admise.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Coignières au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au syndicat départemental CFTC des Yvelines et à la commune de Coignières.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Jauffret, premier conseiller,

M. Maitre, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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