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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203965

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203965

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mai 2022 et 12 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Gestion 2 Immobilier, représentée par Me Taron, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision du 14 avril 2022 par laquelle le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) a refusé de procéder à l'abrogation partielle du plan local intercommunal (PLUi) approuvé le 16 janvier 2020 et, d'autre part, le PLUi en tant qu'il a classé en espace boisé classé sa propriété et instauré sur cette dernière une bande de protection des massifs forestiers ;

2°) de mettre à la charge de la communauté urbaine GPSEO une somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le classement d'une partie de sa parcelle en espace boisé classé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'incohérence avec le rapport de présentation ;

- l'inclusion d'une partie de sa parcelle dans la bande de 50 mètres de protection des lisières des massifs forestiers est illégale dès lors qu'elle est située dans un site urbain constitué (SUC).

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 août 2022 et 8 février 2023, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête ou, à tout le moins, des conclusions tendant à l'annulation partielle du PLUi, et à ce que soit mise à la charge de la SCI Gestion 2 Immobilier la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que, à titre principal, les conclusions tendant à l'annulation du PLUi en ce qu'il a classé la propriété de la société requérante en espace boisé classé et mis en place une bande de protection des massifs de 50 mètres sur ladite propriété sont irrecevables et, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.

L'instruction a été close, en dernier lieu, au 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- les observations de Me Taron, représentant la société requérante, et celles de Me Vielh, représentant la communauté urbaine GPSEO.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier réceptionné le 9 mars 2022, la SCI Gestion 2 Immobilier a demandé au président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) de procéder à l'abrogation du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) approuvé le 16 janvier 2020 en tant que celui-ci a, d'une part, classé en espace boisé classé (EBC) la parcelle cadastrée section ZF n° 320 sur le territoire de la commune de Guerville et, d'autre part, instauré sur cette parcelle une bande de 50 mètres de protection des lisières des massifs forestiers de plus de 100 hectares. Elle demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 14 avril 2022 par laquelle le président de la communauté urbaine a rejeté sa demande et d'annuler le PLUi en tant qu'il a d'une part, classé en espace boisé classé (EBC) la parcelle en cause et, d'autre part, instauré sur cette parcelle une bande de 50 mètres visant à protéger les lisières des massifs forestiers de plus de 100 hectares.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Enfin, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

3. D'une part, il ressort notamment du plan cadastral et du document graphique du règlement du PLUi, applicable sur le territoire de la commune de Guerville, que l'EBC identifié sur la parcelle en litige correspond à la partie boisée du terrain, laquelle est située à l'intérieur de la délimitation du massif boisé identifié sur ce secteur, dont la superficie, de 100 hectares, n'est pas contestée, seule la partie du terrain située au-delà de cet EBC, non boisée, étant incluse dans la bande dite des 50 mètres à compter de la lisière du massif boisé. Dès lors, contrairement à ce que soutient la société requérante, le classement en EBC de cette partie de la parcelle n'est pas incohérente avec le rapport de présentation du PLUi, qui mentionne le principe, retenu par les auteurs du plan, d'inscrire parmi les espaces boisés classés (EBC) ceux situés en zone naturelle, ainsi que ceux localisés en milieu urbain s'ils sont constitutifs d'un massif boisé de plus de 100 hectares, ce rapport n'ayant pas à justifier le parti d'urbanisme adopté pour chaque parcelle.

4. D'autre part, au regard de la composition du terrain, et de sa situation par rapport au massif boisé situé sur le secteur, son classement en EBC n'est pas contraire aux dispositions précitées de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme, dont il résulte, au demeurant, qu'un terrain même non boisé, ou partiellement boisé, peut être classé en EBC.

5. Enfin, en faisant valoir que la parcelle est classée en zone urbaine UDb, laquelle correspond d'ailleurs aux " espaces, situés à la périphérie des tissus urbains, regroupant un ensemble de constructions à dominante d'habitat individuel " avec des " constructions implantées sur des terrains de configuration et de taille variables, desservis par des voies secondaires, [qui] engendrent, en général, un tissu hétérogène et peu dense " et qu'elle n'est pas identifiée par l'orientation d'aménagement et de programmation du PLUi consacrée à la " trame verte et bleue ", la société ne démontre pas, au regard du parti d'aménagement retenu, l'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement de cette parcelle en EBC. Elle n'établit pas davantage l'incohérence entachant ce classement au regard des autres dispositions du règlement du PLUi, ce classement, d'ailleurs, ne faisant pas obstacle à l'entretien du bois et notamment à l'abattage d'arbres malades ou dangereux. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'incohérence de ce classement au regard des autres éléments du PLUi doivent donc être écartés.

6. En second lieu, après avoir rappelé, d'une part, que la protection des espaces boisés de plus de 100 hectares fait l'objet d'une orientation règlementaire définie par le schéma directeur de la région Ile-de-France, lequel impose de faire figurer au plan de zonage cette bande de 50 mètres, et, d'autre part, que cette protection s'applique, d'après le SDRIF, en dehors des sites urbains constitués, l'article 3.2.2 des définitions et dispositions communes du règlement du PLUI relatif à la bande de 50 mètres de protection des lisières des massifs de plus de 100 hectares fixe les critères d'identification des sites urbains constitués (SUC), ainsi que les conditions encadrant la constructibilité au sein de ces SUC.

7. En l'espèce, s'il figure la lisière du massif boisé dans lequel se trouve en partie la parcelle en litige, ainsi que la limite de la bande de 50 mètres à compter de cette limite, le document graphique du règlement du PLUi ne délimite ni site urbain constitué, ni périmètre situé en-dehors d'un tel site, ce que ne critique pas la société requérante. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article 3.2.2 des dispositions communes du règlement du PLUi que, par son objet-même, un SUC est nécessairement situé au sein de la bande de 50 mètres de protection des lisières des massifs forestiers. Ainsi, en faisant valoir que la parcelle en litige serait incluse dans un SUC, la société ne démontre pas l'illégalité entachant la délimitation, par le PLUi, de la bande de 50 mètres en lisière des massifs forestiers. Si l'identification d'un SUC peut, au contraire, influer sur les possibilités de construction au sein de la parcelle, cette circonstance, qui intéresse la délivrance d'une éventuelle autorisation d'urbanisme, ne saurait affecter la légalité du PLUi, qui ne délimite pas le périmètre des SUC. Enfin, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, la restriction au droit de construction qui découle de l'identification, sur sa parcelle, d'une bande de protection de la lisière du massif forestier n'est pas incohérente avec le classement de la parcelle en zone UDb, ce classement et l'instauration de la protection au titre des lisières de massifs forestiers poursuivant des objectifs distincts. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la délimitation de cette protection sur la parcelle en litige doit donc être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la SCI Gestion 2 Immobilier doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Gestion 2 Immobilier la somme de 1 800 euros à verser à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la société sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Gestion 2 Immobilier est rejetée.

Article 2 : La SCI Gestion 2 Immobilier versera à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Gestion 2 Immobilier et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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