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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204008

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204008

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL MIALOT AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mai 2022 et le 2 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Ehrenfeld et Me Margelidon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de la Seine a décidé d'exercer le droit de préemption sur les parcelles cadastrées BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 situées sur la commune de Carrières-sur-Seine ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de Seine une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de préemption est tardive ;

- elle n'a pas été transmise au représentant de l'Etat dans le département et n'est ainsi pas exécutoire à défaut de mention de sa transmission dans le délai prévu par l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la commune ne démontre pas la réalité du projet d'aménagement ;

- la décision de préemption ne justifie pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement poursuivant un but d'intérêt général suffisant à sa date d'édiction ;

- cette décision n'est pas utile pour atteindre les objectifs de création de logements prévus par l'acte créant la zone d'aménagement différé ;

- elle méconnaît le droit au respect des biens, tel qu'il résulte de l'article premier du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juin 2022, le 13 septembre 2022 et le 12 janvier 2023, la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de Seine, représentée par l'association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle (AARPI) Richer et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés. .

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feral,

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.

- les observations de Me Aubisse, représentant Mme A.

- et les observations de Me Richer, représentant la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de la Seine.

La communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de Seine, représentée par l'AARPI Richer et Associés a présenté une note en délibéré enregistrée le 24 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté préfectoral du 27 mai 2016, le préfet des Yvelines a créé une zone d'aménagement différé sur le territoire de la commune de Carrières sur Seine, et a désigné la communauté d'agglomération de Saint-Germain Boucles de Seine (CASGBS) comme titulaire du droit de préemption sur cette zone. A la suite d'un appel d'offres initié par la direction nationale d'intervention domaniale (DNID), Mme A s'est portée acquéreuse de six parcelles cadastrées BI18, BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 situées la commune de Carrière sur Seine. Destinataire de six déclarations d'intention d'aliéner en date du 24 janvier, la CASGBS a, par une décision du 22 mars 2022, décidé d'exercer son droit de préemption sur les parcelles BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 situées sur la zone d'aménagement différé de la commune de Carrière sur Seine. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée ou, en cas d'adjudication, l'estimation du bien ou sa mise à prix, ainsi que les informations dues au titre de l'article L. 514-20 du code de l'environnement. () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption () ".

3. D'une part, une unité foncière est un îlot de propriété d'un seul tenant, composé d'une parcelle ou d'un ensemble de parcelles appartenant à un même propriétaire ou à la même indivision. En l'espèce, les parcelles cadastrées BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 situées sur la commune de Carrière sur Seine ne sont pas contigües et, compte tenu de leur situation géographique, constituent cinq unités foncières distinctes.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la DNID a déposé par l'intermédiaire d'un notaire une première déclaration d'intention d'aliéner devant la CASGBS le 11 octobre 2021, afin de céder les parcelles cadastrées BI18, BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 situées sur la commune de Carrière sur Seine à Mme A. Par un courrier en date du 12 novembre 2021, la CASGBS a indiqué que cette déclaration d'intention d'aliéner n'était pas recevable dès lors qu'elle ne la mettait pas à même d'exercer son droit de préemption par parcelle, cette déclaration globale ne mentionnant pas les références cadastrales, la localisation, la superficie et le prix de vente de chacune des parcelles visées alors même que celles-ci constituent six unités foncières distinctes. La DNID a alors déposé une nouvelle déclaration d'intention d'aliéner unique, reçue le 7 décembre 2021 par la CASGBS, mentionnant son intention d'aliéner les six biens immobiliers précités en précisant le prix proposé pour chacune des parcelles visées. La collectivité titulaire du droit de préemption a de nouveau estimé cette déclaration irrecevable, considérant que chacune des unités foncières devait faire l'objet d'une déclaration d'intention d'aliéner individuelle, celles-ci formant six unités foncières propres.

5. Si dans le cas où un même propriétaire met en vente simultanément plusieurs unités foncières distinctes, il est en principe tenu de souscrire autant de déclarations d'intention d'aliéner que d'unités foncière mises en vente, il peut toutefois, par exception, décider de ne notifier qu'une seule déclaration d'intention d'aliéner à la collectivité titulaire du droit de préemption, dès lors que cette déclaration mentionne clairement l'identité du vendeur, la localisation et l'identification précise de chacune des parcelles dont l'aliénation est envisagée et le prix d'achat individualisé pour chacune d'elles. Or, en l'espèce, il n'est pas contesté en défense que la déclaration d'intention d'aliéner unique du 7 décembre 2021 mentionnait l'ensemble de ces informations. Par suite, la CASGBS doit être regardée comme ayant été suffisamment informée et ainsi mise à même d'exercer utilement son droit de préemption. Elle disposait alors de deux mois, à compter du 7 décembre 2021 pour exercer ce droit. Mme A est ainsi fondée à soutenir que la décision du 22 mars 2022 par laquelle la CASGBS a décidé de préempter les parcelles cadastrés BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 sur la commune de Carrière sur Seine est tardive.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2022 par laquelle la CASGBS a mis en œuvre son droit de préemption.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision en litige.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances du litige, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Saint-Germain Boucles de Seine une somme de 1 500 euros à verser à la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la communauté d'agglomération de Saint-Germain Boucles de Seine la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 mars 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de la Seine a décidé d'exercer le droit de préemption sur les parcelles cadastrées BV304, BV327, BV246, BX77 et BY27 situées sur la commune de Carrières-sur-Seine est annulée.

Article 2 : La communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de la Seine versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de la Seine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la communauté d'agglomération Saint-Germain Boucles de Seine.

Copie en sera adressée à la commune de Carrières sur Seine et à la direction nationale d'intervention domaniales.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024

Le Président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau

Signé

A. BartnickiLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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