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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204009

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204009

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun et transmise au greffe du tribunal administratif de Versailles par une ordonnance du magistrat désigné en date du 16 mai 2022, et un mémoire du 11 juillet 2022, Mme E C, représentée par Me Weinberg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Essonne du 4 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", au titre des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ou des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation au regard de ses attaches familiales, de son parcours universitaire et de son insertion sociale et professionnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée de deux erreurs de fait en ce que le préfet a considéré qu'elle ne présentait pas de document de voyage en cours de validité et qu'elle porterait atteinte à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C, de nationalité algérienne, née le 20 octobre 1986, est entrée en France en août 2010 sous couvert d'un visa de long séjour en vue de poursuivre des études de droit. Après refus de renouvellement de son titre de séjour, elle a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français prises par le préfet de l'Essonne le 18 mars 2014 et le 2 mai 2017. Elle s'est néanmoins maintenue sur le territoire français. Le 4 mai 2022, elle a été interpellée par les services de la compagnie autoroutière sud Ile-de-France de Chilly-Mazarin pour défaut de permis de conduire et d'assurance et placée en garde à vue. Par l'arrêté du même jour, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 17 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Essonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme B D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. Cette décision mentionne, par ailleurs, avec suffisamment de précision les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde pour permettre à Mme C d'en contester la légalité et le juge d'exercer son contrôle. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet ne se serait pas livré à un examen individuel et approfondi de la situation personnelle de Mme C.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, Mme C a été entendu sur sa situation au regard du droit au séjour lors de son audition le 4 mai 2022, pendant sa garde à vue, par l'officier de police judiciaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

8. En cinquième lieu, Mme C n'est pas fondée à reprocher au préfet de l'Essonne d'avoir commis une erreur de fait, dès lors que, contrairement à ce que prétend la requérante, la décision contestée ne mentionne pas qu'elle aurait fait l'objet de condamnations pénales.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si Mme C fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire national au cours du mois d'août 2010, qu'elle a bénéficié depuis cette date de plusieurs titres de séjour en qualité d'étudiante, qu'elle est hébergée chez sa mère et son frère à Arpajon et qu'elle a exercé différents emplois entre 2011 et 2022 en vertu de contrats à durée déterminée ou indéterminée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mère et le frère de la requérante seraient titulaires d'un titre de séjour et résideraient régulièrement en France, ni qu'elle serait elle-même dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécue jusqu'à l'âge de 24 ans. Mme C ne se prévaut, par ailleurs, d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce qu'elle puisse exercer une activité professionnelle en Algérie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été interpellée, le 4 mai 2022, sur l'autoroute en excès de vitesse, sans être titulaire d'un permis de conduire ni d'une assurance pour son véhicule et qu'elle avait déjà fait l'objet, en 2012, d'un signalement pour escroquerie et abus de confiance. Ainsi, eu égard tant aux conditions de séjour en France de l'intéressée qu'aux manquements qui lui ont été reprochés, le préfet de l'Essonne, en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte qui serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise. Il n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision attaquée devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

13. La décision contestée, qui mentionne les articles L. 612-2 et L. 612-3 précités, et précise que Mme C s'est soustraite à deux précédentes mesures d'éloignement, ne présente aucune garantie de représentation et s'est maintenue sur le territoire français en situation irrégulière, est suffisamment motivée.

14. En troisième lieu, il résulte également de ce qui a été dit au point précédent que le refus d'un délai de départ volontaire n'est pas entaché d'un défaut d'examen de la situation de Mme C.

15. En quatrième lieu, Mme C ne produit pas de document de voyage en cours de validité. Si elle fait valoir qu'elle ne porte pas atteinte à l'ordre public, elle ne conteste pas avoir été arrêtée le 4 mai 2022 pour excès de vitesse et conduite sans permis et avoir fait l'objet d'un signalement en 2012 pour escroquerie et abus de confiance. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

16. En cinquième lieu, il résulte de tout ce qui précède et notamment de ce qui a été dit au point 10 que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste en refusant à Mme C un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. Il résulte également de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision attaquée devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision attaquée devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

21. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

22. Eu égard aux circonstances indiquées au point 10 du présent jugement, Mme C qui s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français en dépit de deux obligations de quitter le territoire français prises à son encontre, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière et a fait l'objet d'une interpellation pour excès de vitesse et conduite sans permis, ne justifie pas de l'existence de circonstances humanitaires qui seraient de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre. En prenant une telle mesure pour une durée de trois ans, le préfet de l'Essonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

F. A Le président,

signé

Ph. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2204009

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