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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204036

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204036

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET LEVY - DRUON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2022, M. A B, représenté par Me Levy-Druon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté son recours gracieux formé le 3 janvier 2022 contre l'arrêté préfectoral du 4 novembre 2021 par lequel le préfet des Yvelines a déclaré insalubre le logement situé au X ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 4 novembre 2021 du préfet des Yvelines ;

3°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de la santé a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 3 janvier 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 4 novembre 2021 du préfet des Yvelines est entaché d'une erreur de fait concernant la surface habitable du logement ;

- le préfet des Yvelines a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que l'éclairement naturel au centre de la pièce principale était insuffisant ;

- outre la circonstance que l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, qui imposait une surface habitable au moins égale à seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou pour deux personnes, a été abrogé depuis le 25 juillet 2019, le caractère abusif de l'occupation et le danger qu'elle représente ne sont pas rapportés ;

- quand bien même la superficie de l'appartement ne correspondrait pas aux prescriptions légales, il ne pouvait pas légalement résilier le bail d'habitation, conclu par le précédent propriétaire, sur ce fondement sans méconnaître le droit à la vie privée et familiale de sa locataire, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et constitue une mesure disproportionnée sur le fondement de l'article L. 511-11 du code de la construction dès lors que le simple dysfonctionnement du système de ventilation ne saurait suffire à fonder un arrêté d'insalubrité enjoignant au propriétaire de supprimer la mise à disposition de l'appartement et le relogement du locataire.

Une mise en demeure a été adressée le 1er juillet 2024 au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitat ;

- le code de la santé publique ;

- la décision du Conseil d'Etat du 29 août 2024 n°488640 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a acquis le 9 janvier 2020 un local affecté à l'habitation et occupé sous couvert d'un bail ayant pris effet au 1er janvier 2019, situé X dans le département des Yvelines. Par courrier du 3 août 2021, le préfet des Yvelines l'a informé que la délégation départementale des Yvelines de l'agence régionale de santé Île de France avait réalisé une enquête concernant l'état sanitaire du logement, qu'un arrêté de traitement d'insalubrité était envisagé et l'a invité à présenter ses observations. Par courriers des 6 et 10 septembre 2021, M. B a fait part de son étonnement concernant l'état du bien et s'est engagé à réaliser immédiatement les travaux requis. Par un arrêté du 4 novembre 2021, le préfet des Yvelines a déclaré ce logement insalubre. Par deux courriers du 3 janvier 2022, M. B a formé un recours gracieux devant le préfet des Yvelines et un recours hiérarchique devant le ministre de la santé contre cet arrêté. Le 22 mars 2022, le préfet des Yvelines a rejeté son recours gracieux. M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 4 novembre 2021, ensemble les décisions de rejet des recours gracieux et hiérarchiques formés par M. B contre cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitat : " La police [de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations] mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 511-8 du même code : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé () remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité. () ". Aux termes de l'article L. 511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : () 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. / () Les décrets pris en application de l'article L. 1311-1 et, le cas échéant, les arrêtés pris en application de l'article L. 1311-2 précisent la définition des situations d'insalubrité. ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ".

4. Par une décision n° 488640 du 29 août 2024 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a annulé la sous-section 2 " Caractéristiques des locaux propres à l'habitation " de la section 3 du chapitre Ier du titre III du livre III de la première partie de la partie réglementaire du code de la santé publique, dans sa rédaction résultant du décret n° 2023-695 du 29 juillet 2023, et composée des articles R. 1331-17 à R. 1331-23.

5. Le juge administratif, saisi d'un recours de plein contentieux contre un arrêté d'insalubrité, doit tenir compte de la situation existant à la date à laquelle il se prononce et peut, au besoin, modifier les mesures ordonnées par l'autorité administrative.

6. Pour prendre l'arrêté attaqué sur le fondement de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitat, le préfet des Yvelines s'est fondé sur le rapport de la délégation départementale des Yvelines de l'agence régionale de santé Île de France du 21 juillet 2021 et a retenu que le local mis à disposition aux fins d'habitation par M. B était impropre à l'habitation du fait de sa nature et de sa configuration, en relevant une surface habitable inférieure à 9 mètres carrés pour une hauteur sous plafond d'au moins 2,20 mètres, une suroccupation manifeste, le caractère insuffisant de l'éclairement, le caractère insuffisant de la surface ouvrante de la fenêtre, la présence d'humidité et de moisissures et enfin un dispositif de ventilation non réglementaire. Il a considéré que ces désordres sont susceptibles d'engendrer des risques sanitaires d'atteintes à la santé mentale, d'altération de la vue, de douleurs oculaires, de stress, de pathologiques dépressives, et de survenue ou d'aggravations de pathologies notamment de maladies cardiovasculaires, broncho-pulmonaires et allergies.

7. En premier lieu, M. B conteste la surface habitable de la pièce principale retenue par l'arrêté attaqué, en versant au dossier d'une part, le certificat de mesurage établi le 29 mai 2018 par la société Analyses Bâtiments Sarthois avec l'utilisation d'un laser-mètre, à la demande du vendeur de ce bien et sur le fondement duquel a été dressé l'acte notarié de vente du 9 janvier 2020 et d'autre part, l'attestation d'un géomètre-expert de la société Goudard et Associés, établie le 29 novembre 2021. Le certificat de mesurage du 29 mai 2018 relève une superficie " Carrez " de la pièce principale unique de 12,43 mètres carrés, sans l'emprise du chauffe-eau, et une superficie " Carrez " de la salle d'eau de 1,97 mètres carrés, soit une superficie totale de 14,40 mètres carrés. En se fondant sur le règlement sanitaire départemental des Yvelines et le décret n°2002-120 du 30 janvier 2022, l'attestation du géomètre-expert du 29 novembre 2021 fait état d'une superficie de 12,57 mètres carrés de la pièce principale, d'une hauteur sous plafond allant de 2,62 mètres à 2,39 mètres et d'un volume de 37,7 mètres cube. En revanche, le rapport de la délégation départementale des Yvelines de l'agence régionale de santé Île de France du 21 juillet 2021 a mesuré, par laser mètre, lors de la visite sur place le 16 juillet 2021, une surface habitable de la pièce principale de 7,77 mètres carrés pour une hauteur sous plafond de 2,60 mètres. Ce rapport représente un plan non côté de ce local sans y apporter les mesures relevées lors de cette visite, et ne précise pas la méthodologie retenue pour calculer la surface habitable de la pièce principale, aboutissant à une différence de près de 5 mètres carrés avec le mesurage effectué dans le cadre de la vente de ce bien. Or, une telle différence de mesurage pour une surface inférieure à 13 mètres carrés ne peut s'expliquer uniquement par les différentes méthodologies de calcul d'une surface juridiquement applicables. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait relative à la surface habitable de la pièce principale du local en litige.

8. Toutefois, aux termes de l'article R. 1331-37 du code de la santé publique : " I.-Un local d'habitation est utilisé dans des conditions qui conduisent manifestement à sa sur-occupation conformément à l'article L. 1331-23 et est en conséquence insalubre au sens de l'article L. 1331-22 : -lorsqu'il est occupé par plus de deux personnes par pièce de vie ; -ou lorsqu'il ne respecte pas les conditions prévues par l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation pour ouvrir droit à l'aide personnelle au logement. () ". A cet égard, l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

9. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la locataire de l'appartement en litige y réside avec sa fille, ce qui est prévu par le bail qui stipule que " le preneur occupera les lieux personnellement avec sa famille ". Si la surface du local dont M. B est propriétaire n'est pas établie, il n'est pas contesté qu'il présente une surface habitable inférieure à seize mètres carrés pour deux personnes. Dès lors, le local en litige est utilisé dans des conditions qui conduisent manifestement à sa suroccupation au sens de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. M. B n'est par suite pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait tiré de l'absence de suroccupation manifeste. A cet égard, M. B ne peut utilement soutenir que le rapport de la délégation départementale des Yvelines de l'agence régionale de santé Île de France du 21 juillet 2021 cite l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale relatif au doit à l'allocation de logement alors que ces dispositions ont été abrogées depuis le 1er septembre 2019, un tel fondement juridique n'étant pas repris par l'arrêté attaqué.

10. En outre, le règlement sanitaire départemental des Yvelines prévoit en son article 40.2 que " l'éclairement naturel au centre des pièces principales ou des chambres isolées doit être suffisant pour permettre, par temps clair, l'exercice des activités normales de l'habitation sans le secours de la lumière artificielle ".

11. Le rapport de la délégation départementale des Yvelines de l'agence régionale de santé Île de France du 21 juillet 2021 indique que le local d'habitation en litige est équipé d'une fenêtre située en partie haute de la porte d'entrée ainsi que d'un ouvrant de taille réduite dans la pièce principale donnant sur un porche, constituant un masque à l'entrée de la lumière, de sorte que l'éclairement naturel au centre de la pièce principale est insuffisant, ne permettant pas des activités normales sans le secours de la lumière artificielle et relève au vu de l'opacité des fenêtres que le local ne bénéficie d'aucune vue horizontale vers l'extérieur. Si M. B soutient que tant la pièce principale que la salle d'eau bénéficient toutes deux d'une ouverture sur l'extérieur offrant un éclairage naturel suffisant de la pièce principale, il résulte de l'attestation du géomètre-expert de la société Goudard et Associés du 29 novembre 2021, sur laquelle il s'appuie, que si la fenêtre située dans la pièce principale est une porte vitrée, elle " ouvre sur un mur comportant des pavés de verre permettant l'éclairage mais pas l'aération de la pièce ". De telles constatations ne remettent pas sérieusement en cause les constatations du rapport établi par l'administration et cette attestation corrobore le fait que l'éclairage naturel de la pièce principale est entravé. En outre, le rapport du 21 juillet 2021 a été versé au débat par M. B tronqué de sa planche photographique annoncé en annexe de ce rapport, ne permettant ainsi pas au juge, à défaut également de production en défense, de se représenter la configuration du local et de confirmer la matérialité de ses allégations. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une erreur d'appréciation entachant la décision attaquée concernant le caractère insuffisant de l'éclairement naturel au centre de la pièce principale.

12. Eu égard à l'insuffisance de l'éclairement naturel de la pièce de vie, à la sur-occupation manifeste et aux motifs non contestés tenant à l'insuffisance du dispositif de ventilation et à la présence d'humidité et de moisissures constatées dans le rapport de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les caractéristiques de ce logement présentaient un danger pour la santé de ses occupants. Il résulte de l'instruction que le préfet des Yvelines aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ces seuls motifs.

13. Par ailleurs, M. B ne peut pas davantage utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'au demeurant, le contrat de bail a été conclu pour une durée d'un an à compter du 1er janvier 2019, renouvelable par tacite reconduction et que le bailleur pouvait s'opposer au renouvellement trois mois avant l'échéance du bail pour notamment un motif légitime et sérieux.

14. Enfin, M. B n'est pas fondé à soutenir que la mesure lui ordonnant de faire cesser la mise à disposition du local aux fins d'habitation et de procéder au relogement de l'occupante dans un délai de deux mois serait disproportionnée au motif que le dysfonctionnement du système de ventilation ne constituerait pas un motif suffisant dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur ce seul élément mais sur l'ensemble de ceux rappelés précédemment.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 4 novembre 2021, ensemble les décisions de rejet des recours gracieux et hiérarchique formés par M. B contre cet arrêté, doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.

Copie en sera adressée à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Corthier

La présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204036

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