lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | COLMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2022 et 16 mars 2024, Mme C A B, représentée par Me Colmant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2021 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de l'Essonne a mis fin à son contrat à durée indéterminée en qualité d'accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) à compter du 31 décembre 2021 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 9 231,95 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, en réparation des préjudices financier et moral subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que son contrat de travail ne prévoyait aucune période d'essai en application de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 et qu'ainsi, il ne pouvait être mis fin à ce contrat au terme d'une période d'essai non prévue ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure, dès lors que la conclusion d'un nouveau contrat de travail et non d'un avenant à son précédent contrat est motivée par un choix purement budgétaire, alors que ce contrat ne peut être qualifié, en réalité, de nouveau contrat de travail, dès lors qu'elle exerçait les mêmes fonctions depuis plus de six ans dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée ;
- elle méconnaît l'obligation de reclassement pour les agents atteints d'une inaptitude physique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme A B.
Ella fait valoir que la demande de la requérante a été satisfaite, dès lors que l'intéressée a été réintégrée dans son ancien emploi.
Par une lettre du 22 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme A B, en l'absence de décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle, conformément aux dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
Le recteur de l'académie de Versailles a présenté ses observations sur le moyen relevé d'office le 23 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bélot,
- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Colmant, représentant Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A B a été recrutée, à compter du 1er novembre 2013 par un contrat universel d'insertion de droit privé, puis par un contrat à durée déterminée, en qualité d'accompagnante des élèves en situation de handicap à compter du 1er décembre 2015 dans le cadre du dispositif d'aide mutualisée à l'inclusion sociale des établissements du premier ou du second degré. Son engagement a été renouvelé, en dernier lieu, par un contrat à durée déterminée conclu le 10 juillet 2019 avec le lycée Doisneau pour une durée de trois ans du 1er septembre 2019 au 31 août 2022. Le 7 octobre 2021, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Essonne a proposé à Mme A B de transformer son contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée. Un contrat a été conclu entre Mme A B et le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Essonne, le 16 novembre 2021 et modifié le 29 novembre suivant, pour l'accompagnement des élèves en situation de handicap à compter du 1er décembre 2021. Par une décision du 14 décembre 2021, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Essonne a mis fin à ce contrat à compter du 31 décembre 2021, au terme de la période d'essai, en raison de l'inaptitude physique de Mme A B à exercer cet emploi, et ne lui a pas accordé d'indemnité de licenciement. Mme A B demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à lui payer la somme de 9 231,95 euros en réparation des préjudices financier et moral subis.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Si Mme A B a, dans le cadre de l'exécution de son contrat à durée indéterminée, été affectée à compter du 27 juin 2022 en qualité d'accompagnante des élèves en situation de handicap au collège Jean-Lurçat à Ris-Orangis, cette décision d'affectation n'est intervenue que pour l'exécution de l'ordonnance n° 2204934 du 14 juin 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles, qui a suspendu l'exécution de la décision en litige. Une telle décision, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions de Mme A B tendant à l'annulation de la décision du 14 décembre 2021. L'exception de non-lieu à statuer opposée par la rectrice de l'académie de Versailles doit, dès lors, être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 décembre 2021 :
3. Aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap peuvent être recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. Ils sont recrutés par l'Etat, par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV de la deuxième partie ou par les établissements mentionnés à l'article L. 442-1. Lorsqu'ils sont recrutés par ces établissements, leur recrutement intervient après accord du directeur académique des services de l'éducation nationale () / Ils sont recrutés par contrat d'une durée de trois ans, renouvelable une fois. Lorsque l'Etat conclut un nouveau contrat avec une personne ayant exercé pendant six ans en qualité d'accompagnant des élèves en situation de handicap en vue de poursuivre ces missions le contrat est à durée indéterminée. Pour l'appréciation de la durée des six ans, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à des services à temps complet. Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions n'excède pas quatre mois. / Les services accomplis en qualité d'assistant d'éducation pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap sont assimilés à des services accomplis en qualité d'accompagnant des élèves en situation de handicap. / Les accompagnants des élèves en situation de handicap sont régis par les dispositions réglementaires générales applicables aux agents contractuels de l'Etat prises pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, sous réserve de dérogations prévues par le décret mentionné au dernier alinéa du présent article () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 27 juin 2014 relatif aux conditions de recrutement et d'emploi des accompagnants des élèves en situation de handicap : " Le contrat à durée indéterminée prévu au sixième alinéa de l'article L. 917-1 est conclu par le recteur d'académie ".
4. Aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 susvisé : " Le contrat ou l'engagement peut comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. / Toutefois, aucune période d'essai ne peut être prévue lorsqu'un nouveau contrat est conclu ou renouvelé par une même autorité administrative avec un même agent pour exercer les mêmes fonctions que celles prévues par le précédent contrat, ou pour occuper le même emploi que celui précédemment occupé () / La période d'essai et la possibilité de la renouveler sont expressément stipulées dans le contrat ou l'engagement () / Le licenciement au cours ou à l'expiration d'une période d'essai ne donne pas lieu au versement de l'indemnité prévue au titre XII. ".
5. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, Mme A B exerce les fonctions d'accompagnante des élèves en situation de handicap depuis le 1er novembre 2013 et, depuis le 1er décembre 2015, sous plusieurs contrats à durée déterminée de droit public successifs. Alors même qu'un contrat à durée indéterminée lui a été proposé, eu égard à la durée d'exercice de ses fonctions, par le directeur des services de l'éducation nationale de l'Essonne, en application de l'article L. 917-1 du code de l'éducation et de l'article 6 du décret du 27 juin 2014, ce contrat, par lequel Mme A B occupait le même emploi que celui précédemment occupé, ne pouvait donner lieu à aucune période d'essai. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que le contrat à durée indéterminée conclu par Mme A B ne prévoit aucune période d'essai. Ainsi, il ne pouvait être mis fin à ce contrat à l'issue d'une telle période. Par suite, Mme A B est fondée à soutenir qu'en mettant un terme à son contrat à l'issue d'une période d'essai, le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de l'Essonne a entaché sa décision du 14 décembre 2021 d'une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 14 décembre 2021 du directeur des services départementaux de l'éducation nationale de l'Essonne doit être annulée.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
8. En l'espèce, Mme A B n'établit pas avoir préalablement adressé à l'administration une demande tendant à la réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision en litige. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A B doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A B et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 décembre 2021 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale de l'Essonne a mis fin au contrat à durée indéterminée de Mme A B en qualité d'accompagnante d'élèves en situation de handicap à compter du 31 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
M. Bélot, premier conseiller,
M. Perez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
S. BélotLe président,
signé
C. GosselinLa greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026