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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204069

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204069

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une ordonnance n° 2203084 du 20 mai 2022 le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le requête n° 2204069 présentée par Mme B A.

Par cette requête, enregistrée sous le n° 2204069 le 28 mars 2022, Mme A, représentée par Me Trennec, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés n°2021-164 et n° 2021-165 du 7 novembre 2021 par lesquels le maire de la commune de Milly-la-Forêt a mis fin au versement respectivement de la bonification indiciaire de 25 points et de l'indemnité de fonction, de sujétions et d'expertise (IFSE) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Milly-la-Forêt une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit à défaut pour la délibération instaurant le régime indemnitaire d'autoriser la suppression de la bonification indiciaire et de l'IFSE ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux appréciations élogieuses dont elle a fait l'objet à l'occasion de sa dernière évaluation professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la commune de Milly-la-Forêt, représentée par Me Tabone, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est tardive et qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2205422 le 13 juillet 2022 et le 12 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Trennec, demande au Tribunal :

1°) de condamner la commune de Milly-la-Forêt à lui verser la somme de 30 000 euros, avec intérêts et capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Milly-la-Forêt une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision l'affectant à la maison France Services est illégale en raison de son défaut de motivation, au motif également qu'elle n'a pas été mise en mesure de prendre connaissance de son dossier, en raison de l'erreur manifeste d'appréciation qui l'entache en ce que rien ne vient justifier ce changement soudain d'affectation et en ce qu'elle constitue une sanction déguisée et est ainsi entachée d'un détournement de pouvoir ;

- la responsabilité de la commune est engagée à son égard à raison de l'illégalité fautive de cette décision ;

- son préjudice peut être évalué à la somme de 30 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 mai et 14 octobre 2024, la commune de Milly-la-Forêt, représentée par Me Tabone, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, attachée territoriale, a été recrutée par la commune de Milly-la-Forêt à compter du 1er septembre 2020 en qualité de responsable du service des affaires générales. Par une décision du 7 octobre 2021, le maire de Milly-la-Forêt l'a informée qu'elle n'occuperait plus ces fonctions à compter du 11 octobre 2021, et qu'elle serait en charge de la maison France Services à compter de cette date. Par deux arrêtés n°2021-164 et n° 2021-165 du 7 novembre 2021 le maire de la commune de Milly-la-Forêt a également mis fin au versement respectivement de la bonification indiciaire de 25 points et de l'indemnité de fonction, de sujétions et d'expertise (IFSE) attachées aux fonctions que Mme A exerçait en qualité de responsable du service des affaires générales. Mme A demande au Tribunal, dans sa requête n° 2204069, d'annuler ces deux arrêtés, et dans sa requête n° 2205422, de condamner la commune de Milly-la-Forêt à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle indique avoir subis à raison de l'illégalité fautive de la décision susvisée du 7 octobre 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2204069 et 2205422 concernent le même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul et même jugement.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des arrêtés n°2021-164 et n°2021-165 du 7 novembre 2021 :

3. D'une part, les moyens tirés du défaut de motivation des arrêtés en litige et de l'erreur de droit dont ils seraient entachés au regard de la délibération, qui n'est au demeurant pas produite, instaurant le régime indemnitaire, ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent, par suite, être écartés.

4. D'autre part, alors que les décisions litigieuses sont motivées par le fait que Mme A n'a plus occupé les fonctions de responsable du service des affaires générales à compter du 11 octobre 2021, c'est de manière inopérante que l'intéressée, qui se borne du reste à produire son compte-rendu d'évaluation d'entretien professionnel pour l'année 2020, alors qu'elle n'a débuté ses fonctions de responsable du service des affaires générales qu'au 1er septembre 2020, fait valoir que les arrêtés litigieux seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu des appréciations élogieuses dont elle faisait l'objet.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, Mme A n'est pas fondée, par les seuls moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation des arrêtés litigieux.

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

6. Mme A soutient que l'illégalité de la décision du 7 octobre 2021 l'affectant à la maison France Services est de nature à engager la responsabilité de la commune de Milly-la-Forêt et sollicite, à ce titre, la condamnation de ladite commune à lui verser la somme de 30 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.

7. D'une part, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse n'est assorti d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.

8. D'autre part, en vertu de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même d'obtenir communication de son dossier. Il résulte de l'instruction, que Mme A a été convoquée à un entretien préalable fixé au 22 septembre 2021 par un courrier du 17 septembre 2021 qui l'informait de l'intention du maire de la commune de ne plus la maintenir au poste de responsable des affaires générales et de lui confier de nouvelles missions. Par suite, elle doit être regardée comme ayant été mise à même de solliciter la communication de son dossier.

9. Enfin, il est constant que Mme A a rencontré des difficultés dans le cadre de ses nouvelles responsabilités et s'est elle-même plainte à compter d'avril 2021 de sa charge de travail. Il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du témoignage de l'agent auquel elle a succédé, que ces difficultés seraient imputables à la commune défenderesse. Par suite, alors que son changement d'affectation répond à l'intérêt du service, elle n'est pas fondée à soutenir qu'il serait constitutif d'une sanction déguisée et serait entaché d'un détournement de pouvoir.

10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité fautive, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Milly-la-Forêt à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de son changement d'affectation.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Milly-la-Forêt présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Milly-la-Forêt.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Jauffret, premier conseiller,

M. Maitre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

E. JauffretLa greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2204069, 2205422

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